mardi 2 avril 2019

Kandy et retour à Colombo

Lundi 6 août

Hello !

Ce matin-là, on a déjeuné tranquillement sur la terrasse de l’auberge, en discutant avec un couple de Belges fraichement arrivés au Sri Lanka. Les singes, qui sautaient avec ardeur entre les arbres, formaient la trame de fond!

Une fois prêts, on est partis explorer un peu plus en profondeur Kandy. Près du lac, devinez qui on a revu? Eh oui : le gars de la veille, qui avait essayé de nous emmener à un hôtel et qui nous avait fait sentir mal ensuite en nous disant « qu’il voulait juste nous aider » quand on avait refusé de le suivre. Il était cette fois bien occupé à demander à d’autres touristes « Hello, are you looking for a hotel? » et ne nous a même pas reconnus quand on est passé près de lui. On avait donc eu raison de se méfier : c’était donc vraiment un rabatteur! Et dire qu’on s’était sentis mal la veille!

On a visité les dédales du coloré marché public, où Marie-Pascale s’est acheté un avocat et où on a marchandé des épices à curry qui sentaient délicieusement bon. Puis, on a traversé la rue vers la gare de bus locaux. On s’est fait suivre trop longtemps pour que ce soit agréable par un gars vraiment bizarre avec des yeux fous, puis on a heureusement trouvé le bon véhicule. Ouf! Direction le jardin botanique de Kandy! Ce must d’une visite dans la région n’est situé qu’à quelques kilomètres en banlieue de la ville, en suivant la route principale. C’était sans compter la circulation infernale qui y régnait! On a dû mettre 30 minutes pour faire même pas 7-8 kilomètres haha!

Le magnifique jardin botanique royal de Kandy est un endroit paisible et très plaisant, initialement créé par les Britanniques au début des années 1800. On y trouve une palmeraie, de grands arbres, de nombreuses serres, du bambou… et un amusant « jardin de gazons ». Vous pensiez que la pelouse était uniforme? Détrompez-vous haha! Cela dit, le clou de la visite de cet endroit n’appartient pas à l’ordre des végétaux. Les grands palmiers sont en effet un endroit idéal pour... les chauves-souris géantes. D’immenses colonies de ces mammifères frugivores nichent en effet au sommet de ces arbres de jour, d’où ils quittent la nuit pour se nourrir. Et leur taille est impressionnante : c’est l’une des espèces de chauves-souris les plus grandes au monde! Ailes déployées, elles peuvent atteindre un mètre d’envergure!

Outre les chauves-souris, le jardin botanique accueille aussi plein de singes pas du tout  craintifs, qui arpentent la pelouse à la recherche de quelque chose à manger. Les enfants s’en donnaient à cœur joie en pourchassant inconsciemment les singes, qui, heureusement, ne semblaient pas trop s’en formaliser!

Un mot enfin sur une tactique originale pour obtenir de l’argent des touristes! Alors qu’on marchait dans une allée, un employé nous a fait signe et nous a montré un bébé chauve-souris qui nichait dans un petit arbre tout près. Tout seul loin de ses congénères, ce petit animal visiblement désorienté avait tout l’air d’avoir été mis là juste pour les touristes… Évidemment, le gars nous a vite demandé en souriant, mi-sérieux, de lui donner de l’argent pour nous avoir pointé ce spécimen. Tandis qu’on refusait poliment, il a changé de tactique : « Do you have Canadian money? For my collection? » Euh… quoi? Haha alors celle-là, c’était la première fois qu’on nous la servait!

On a ensuite repris le bus public vers le centre-ville, pour un trajet cette fois un peu plus rapide que l’aller. On a récupéré nos gros sacs à l’auberge, dit au revoir aux singes qui sautaient toujours de plus belle (et au chien-moppe qui jappait de tout son soûl contre eux) et on est partis. On avait juste le temps de manger. Malheureusement, pas de chance, on est tombés sur un genre de cafétéria pas très bonne, où les plats étaient froids et vraiment trop épicés pour Mémé. Il fallait bien qu’on tombe sur un citron au moins une fois lors de notre séjour! On a compensé en achetant quelques collations dans une boutique, avant de se diriger vers la gare. Sur le quai, le moral de Marie-Pascale ne s’est pas amélioré quand elle s’est rendue compte que son avocat avait vraiment mauvais goût. Décidément, ça n’allait pas côté bouffe! Remarquez, c’est peut-être pour ça qu’on ne mange jamais d’avocats produits au Sri Lanka!

Notre dernier trajet en train nous ramènerait à Colombo en quelques heures. Évidemment, les wagons étaient encore et toujours bondés, mais on a à nouveau réussi à se trouver des places pas trop loin des portes afin d’admirer le paysage. Ce fût l’occasion de dire adieu aux collines, champs de thé et forêts de la magnifique région des Central Highlands, alors que le trajet à flanc de montagne nous donnait une dernière fois l’opportunité de réaliser à quel point cette partie du monde est superbe. Dans le train, on a sympathisé avec quelques passagers avant d’arriver finalement à la gare de Colombo Fort en début de soirée.

De retour dans l’animation anarchique de Pettah, on a fait notre chemin à travers les vendeurs de breloques sur le trottoir pour aboutir dans un boui-boui recommandé par le Lonely Planet. Le délicieux rice and curry qu’on y a mangé a compensé largement pour notre décevant dîner, et les Elephant Ginger Beer étaient bien désaltérantes dans la chaleur torride de la ville. Quand Marie-Pascale a demandé au patron si elle pouvait  garder l’une des jolies bouteilles vides, le proprio a pris le temps de prendre cette cause inusitée en délibéré avant de lui annoncer en souriant que ça lui convenait à titre de souvenir du Sri Lanka. Haha! (MP : yééé!)

Notre avion partait à minuit, et il nous restait quelques heures à tuer. On en a donc profité pour retourner prendre un thé chez Dilmah! Cette adresse agréable, dans la partie coloniale de Colombo, a décidément été un coup de cœur de notre séjour dans la capitale! Toute bonne chose ayant une fin, on a quitté en tuk-tuk vers l’arrêt des bus pour l’aéroport dans le quartier de Pettah. On nous avait dit que ça prenait environ une heure se rendre au terminal : parfait, on avait 3h devant nous. On serait là 2h d’avance! Eh boy. D’abord, on a attendu vraiiiiment longtemps que le bus parte : il attendait d’être un peu plus plein et les passagers entraient au compte-goutte. Au bout d’un long moment, le véhicule s’est enfin ébranlé. Rapidement, par contre, c’est devenu hyper-méga-bondé! On était très heureux d’avoir des places assises! Par contre, on n’échapperait pas à la longue et monotone plainte déprimante qui faisait office de musique diffusée dans le bus. Le vidéo clip qui l’accompagnait était à l’avenant et tout aussi mauvais. Pire musique haha!

Il y a une autoroute toute neuve qui se rend à l’aéroport, mais évidemment le bus ne l’empruntait pas. Au contraire, il roulait sur la vieille route côtière encombrée, en s’arrêtant sans arrêt. L’apothéose de ce très lent voyage fut quand l’autobus s’est arrêté à la station service pour mettre de l’essence! Enfin, après ce qui a semblé être une éternité, on est arrivés à l’aéroport. Enfin, pas tout à fait : l’autobus nous déposait à l’entrée de la route d’accès à l’aéroport, et pas au terminal! Sérieusement?!?! On a donc dû marcher dans le noir, en bordure de la route passante, vers ce qu’on estimait être la section des départs. Heureusement, un militaire qui gardait un hangar tout près a eu l’amabilité de nous indiquer le bon chemin! Il devait bien se demander ce qu’on faisait là en pleine nuit! Bref, ce qui aurait dû nous prendre 1h en a finalement pris le double!

On a fini par se rendre aux départs, où il y avait bien sûr tout plein de monde! Rendus là,  on était vraiment flush : plus de temps à perdre! Heureusement, notre passage aux douanes fût rapide. Bizarrement, ici, il fallait d’abord passer les douanes puis un premier contrôle de sécurité avant d’aller s’enregistrer pour avoir nos billets. Un écriteau nous indiquait par ailleurs qu’il fallait changer notre argent avant de passer cette première sécurité. Pour notre plus grand plaisir, il fallait malheureusement qu’on s’acquitte de cette formalité car il nous restait une somme conséquente de roupies. Marie-Pascale est alors partie à la course changer le tout et on a enfin passé la sécurité en coup de vent. Il restait maintenant un peu moins d’une heure avant le départ de notre avion quand on s’est présentés au comptoir pour nous enregistrer. Le commis nous a regardé, dubitatif : « Oh, vous êtes vraiment juste! Je fermais l’enregistrement pour le vol… Si vous étiez arrivés 5 minutes plus tard vous n’auriez pas pu embarquer… »

Le fun n’était pas fini, car il fallait maintenant marcher très longtemps dans les couloirs pour enfin arriver à notre porte d’embarquement. Autre procédure étrange, nous devions alors faire une longue file, passer encore la sécurité pour enfin entrer dans une salle d’attente d’où nous ne pouvions pas sortir. Drôle de concept… On a mangé nos émotions en grignotant des collations, et notre appétit n’a même pas faibli à la vue d’un passager chinois qui vidait copieusement ses narines sur le tapis. Soupir…

Enfin, on est entré dans l’avion. Ouf! On était super crasseux du train, mais tellement soulagés d’avoir attrapé notre vol! Encore une fois, une victoire à l’arrachée! Cela dit, Marie-Pascale et moi nous maudissions d’avoir si mal estimé notre temps de déplacement depuis le centre-ville! On avait failli rester cloués au sol!

Le vol de nuit vers Hong Kong fut aussi agréable que possible dans les circonstances : la bouffe de Cathay Pacific était toujours aussi bonne! Par contre, on n’a pas beaucoup dormi et c’est en mode zombie qu’on a attendu notre vol pour Shanghai dans le terminal de Hong Kong. Un vol sans histoire nous a ensuite ramenés à la métropole chinoise, d’où on a poursuivi notre chemin en bus jusque chez moi. Sales et fatigués, voilà qu’on est tombés par hasard, en descendant du bus qui nous ramenait de l’aéroport de Pudong, sur l’une de mes collègues de travail! Dans une ville de 25 millions d’habitants, quelles sont les chances que ça arrive???

Ainsi s’est terminé notre escapade dans ce bien joli coin d’Asie qu’est le Sri Lanka! On espère que vous avez eu autant de plaisir à lire ce blogue que j’en ai eu à l’écrire! Merci encore pour vos commentaires, on adore vous lire! (MP : Merci François!!!)
À très bientôt j’espère!

dimanche 24 février 2019

Horton Plains


Dimanche 5 août

Salut tout le monde! C’est François!

« Peu de choses au monde valent la peine de se lever à 4h du matin » : j’avais évoqué cette citation parfaitement vraie quand on s’était levés à une heure pas possible pour aller voir les éléphants à Uda Walawe. Eh bien, il faut croire qu’en voyage il y en a plus souvent qu’à l’habitude, des choses qui en valent la peine, car voilà qu’on remettait ça ce matin-là pour se rendre au parc national Horton Plains!

Dans la nuit noire, le froid et le vent, les yeux dans le même trou, on a quitté en minibus le bed and breakfast… avant que je ne me rappelle que j’avais encore la clé de la chambre dans mes poches. Demi-tour!! Heureusement, nous n’étions pas bien loin… Après ce faux-départ, on est partis sur la route, nous et les Français qui avaient accepté de partager cette aventure avec nous. Il n’y avait quasiment personne sur les routes, hormis d’autres minifourgonnettes qui se rendaient elles aussi à Hortons Plains : nous ne serions pas seuls!

On a somnolé rapidement sur le chemin, où flottait un brouillard un peu fantomatique qui donnait aux forêts et aux champs qu’on traversait une allure mystérieuse. C’est en arrivant dans une grande forêt de pins que je me suis réveillé, suivi progressivement par les autres passagers alors qu’on grimpait en lacets sur une voie étroite à travers les arbres. Finalement, un peu avant 6h du matin, on débouchait au sommet de la montagne. On avait devant nous une étendue vallonneuse où broutaient quelques cerfs : nous étions rendus à Hortons Plains!

Il est vite devenu évident, au vu du tas de camionnettes qui attendaient à la barrière du parc, que le système pour acheter les billets d’entrée n’était pas plus brillant ici qu’à Uda Walawe. Seule différence : cette fois, c’était nous qui devions aller faire la file avec tout le monde pour acheter lesdits billets, et non les chauffeurs! Alors voilà : on devait attendre dehors, dans le vent, le froid et l’humidité, dans un brouillard à couper au couteau, qu’un garde-chasse bien au chaud dans une cabane veuille bien nous donner un bout de papier pour accéder au saint Graal. Et malgré nos combines et nos coupes-vent (ainsi que, dans le cas de Mémé, sa serviette de bain élégamment nouée autour de sa tête), il faisait super froid!!! Cela dit, d’autres touristes, visiblement tout juste débarqués des plaines étouffantes et quelque peu interloqués par cette nouvelle réalité climatique, étaient visiblement bien moins lotis et grelotaient en shorts et t-shirts!

Que faisait-on ici, grands dieux, dès potron-minet, à souffrir comme ça avec nos compagnons d’infortune? Question légitime. En fait, l’objectif de tout visiteur à Horton Plains est de pouvoir bénéficier de la vue époustouflante sur la vallée. Or, le climat étant ce qu’il est en montagne, Horton Plains est perpétuellement noyé dans les brumes et la vue est donc obstruée – sauf entre 6h et 9h du matin. Évidemment!

Après un bon 20 minutes d’attente, victoire, on avait nos billets! De retour dans la minifourgonette, on a avalé les sandwichs que nos gentils hôtes du bed and breakfast nous avaient préparé et on a franchi les derniers kilomètres qui nous séparaient du centre d’accueil alors que le ciel se dégageait finalement.

De là, on est partis explorer le parc à pied avec les Français, alors que le soleil nous réchauffait progressivement. Après avoir traversé une belle plaine herbeuse, le large sentier s’enfonçait dans un sous-bois… pour soudainement déboucher sur une falaise à pic! Deux fois plutôt qu’une, les points de vue offerts par Little World’s End puis Big World’s End présentaient un magnifique panorama sur la vallée et sur le sud du Sri Lanka. Du haut de notre perchoir, on pouvait facilement distinguer le parc national d’Uda Walawe où nous étions à peine quelques jours plus tôt, et on devinait l’océan pas trop loin au sud. Disons que, vue d’ici, l’île ne semblait pas bien grande! Évidemment, les touristes s’amusaient à prendre des photos témoignant de leur témérité face à l’abîme… tout en faisant tout de même attention à ne pas tomber dans la vallée, quelques centaines de mètres plus bas!

On a ensuite continué notre marche à travers de jolis paysages d’altitude traversés par une rivière, tout en jasant de choses et d’autres avec les Français, par ailleurs toujours aussi sympathiques. Peu de temps après un arrêt pour admirer une cascade gargouillante, le sentier nous a ramené au centre d’accueil, ce qui a mis fin à cette agréable balade matinale. On a profité de notre passage au petit musée de l’accueil pour admirer ce qui étaient probablement les pires animaux empaillés qui soient! Spécimens abîmés, positions grotesques, ajout d’yeux en plastique et rapiéçage à la va-vite… Pauvres bêtes! On se sentait presque mal pour eux de trouver ça drôle haha!

De retour dans la camionnette, on a vite réalisé que certains des cerfs qui pullulaient dans les environs avaient bien compris quel genre de manne les touristes pouvaient représenter. On a ainsi vu un cerf engouffrer sa tête par la vitre ouverte de la voiture devant nous pour tenter de trouver de la nourriture! Si c’était amusant à regarder, ça nous a fait aussi réfléchir sur l’impact de l’activité humaine sur les animaux sauvages…

Le chauffeur nous a laissé à la gare toute proche de Pattipola, une station perdue au milieu de nulle part sur la voie Ella-Colombo, et on a dit adieu aux Français qui continuaient leur route. Curieux, je suis entré par erreur dans le bureau du contrôleur pour observer de vieux instruments de trafic ferroviaire, que je pensais être des pièces exposées en souvenir… avant de me rendre compte qu’elles étaient encore en fonction! C’est incroyable que ces vieux trucs, qui semblaient dater des années 50, servent encore! Heureusement, le contrôleur n’avait pas l’air le moins du monde dérangé par mon intrusion haha!

Le train est enfin arrivé et, miracle, cette fois on avait des places assises! Heureusement, car ça nous a pris 5h pour nous rendre jusqu’à Kandy, notre destination du jour. On ne peut pas se plaindre par contre, car les magnifiques paysages ont rendu ce trajet particulièrement agréable. Enfin, on est arrivés fin PM en ville, alors que le train était rendu plein à craquer de passagers. On ne regrettait pas nos places assises rendu là!

La bizarrement nommée Kandy (personne ne trouve que ça rappelle soit des sucreries, soit le nom de scène d’une effeuilleuse?) est la plus grosse ville des Central Highlands et la capitale culturelle du Sri Lanka. Il y faisait nettement plus chaud qu’ailleurs dans les montagnes (nous sommes moins haut en altitude ici) et ça nous étonnait un peu de se retrouver comme ça en pleine ville après avoir été dans de petits villages pendant plusieurs jours! Cela dit, nos narines ont peut-être été celles qui ont été les plus durement touchées par ce changement! Alors qu’on empruntait une rue derrière le marché public pour rejoindre notre auberge, une horrible odeur de poubelles en putréfaction nous a assailli. C’était dégueulasse au point de nous donner la nausée! On est partis de là le plus vite possible, seulement pour tomber de Charybde en Scylla et se faire aborder à un croisement de rue par un gars qui voulait beaucoup nous aider à trouver un hôtel. (MP : Je sais pas pour vous, mais je suis encore boguée à Charybde en Scylla, il sort ça d’où ces expressions-là mon chum?!) Il était gentil malgré son insistance, et pourtant il y avait quelque chose qui semblait clocher chez lui. Ce qui a déclenché notre alerte à weirdos. Alors qu’on refusait poliment mais fermement son offre, voilà qu’il est devenu frustré, pestant contre la mauvaise attitude de touristes comme nous alors qu’il ne cherchait qu’à aider… Bon, super… Était-on vraiment trop suspicieux, ou avions-nous raison de nous méfier? Les remises en question qui ont suivi ce désagréable épisode nous ont accompagné alors qu’on errait pour trouver notre auberge, nos gros sacs sur le dos, dans un coin un peu trash de la ville. Coudonc, est-ce qu’on allait finir par arriver? Ma relation avec Kandy commençait décidément sur de mauvaises bases, déjà qu’on avait été prévenus de faire attention dans cette ville apparemment un tantinet mal famée par endroits… On a finalement trouvé notre hébergement, sise dans un creux de colline près d’une rue, sans aucune indication. Soupir… Ma mauvaise humeur latente est finalement remontée à la surface quand, cerise sur le sundae, on s’est rendus compte qu’il y avait un gros chien jappeur pas attaché sur l’étroit escalier un peu ghetto qui menait à notre auberge. Je DÉTESTE les chiens : les gens ne peuvent pas les garder chez eux, bien attachés, plutôt que d’exposer les passants à leur imprévisibilité?? Heureusement, Marie-Pascale a eu tôt fait de me calmer!

Pour compenser ce mauvais karma, on avait une belle chambre avec une jolie vue sur les différents versants montagneux qui composent la périphérie de Kandy. De temps à autre, on entendait par contre des bruits sourds mais effrénés sur le toit de tôle. La petite chienne de l’hôtel, une moppe inoffensive celle-là (j’ignore comment elle pouvait voir tellement elle avait de poils lui tombant sur les yeux), devenait alors folle et courait sur les galeries de gauche à droite en aboyant à tout vent. Qu’est-ce qui se passait donc? Et c’est là qu’on a vu bondir, du toit vers les arbres et vice-versa… plein de petits singes! Sérieusement, il y en avait partout, et ils s’en donnaient à cœur joie! Haha!

Bon, c’est pas tout, ça : on avait un spectacle culturel à voir! En effet, le Lonely Planet disait que l’un des incontournables de Kandy était d’assister à un spectacle de danse traditionnelle. Justement, il y en avait un au centre musulman Mahanuware à deux pas de chez nous, dans 5 minutes!... On a donc couru pour arriver au petit théâtre sans prétention déjà presque plein à craquer. Un couple de jeunes Français qu’on avait salué à l’entrée nous a alors fait signe de les rejoindre, car ils nous avaient trouvé des places à côté d’eux, près de la scène. Super!

Alors, la danse traditionnelle kandyenne? Euh, ben c’est OK, mais ça ne nous a pas laissé une impression indélébile disons. Par contre, le pamphlet qui décrivait les danses était, lui, bien amusant. La traduction très approximative en français donnait des résultats boiteux hilarants, qui n’étaient pas sans rappeler ce qu’on avait lu dans les brochures du parc où on avait séjourné au Surinam! Des points pour l’effort, quand même! À la fin du spectacle, alors que les artistes saluaient au son de la musique, les touristes chinois qui composaient la moitié de la salle sont sortis en trombe. Soupir, bis… On a compris pourquoi par contre : ils voulaient avoir les meilleures places à l’extérieur pour regarder les acrobates marcher sur les braises (une spécialité locale, apparemment). La foule nous a cependant découragé d’y assister nous aussi, et le couple de Français nous a plutôt suggéré de les accompagner dans la visite de l’attraction principale de Kandy : le temple de la dent.

Bon, une autre affaire, un temple pour une dent, vous dites-vous probablement. Eh oui. Sachez que ce temple est l’un des lieux les plus sacrés du bouddhisme sri lankais et l’un des hauts lieux de l’identité nationale. Il contiendrait une relique, une dent qui aurait appartenu au Bouddha lui-même, cachée dans un écrin doré jalousement gardé. Nul ne sait avec certitude si la dent, apparemment longue de 18 cm (!!!), aurait vraiment appartenu au Bouddha, ni même si la dent est authentique. En effet, les colonisateurs portugais, désireux de propager le christianisme et d’éliminer les pratiques « païennes » locales, aurait détruit la dent lors d’une cérémonie publique. Or, la légende veut que la dent sur laquelle les Portugais avaient mis la main n’aurait été en réalité qu’une copie, un moine ayant emporté et caché au préalable la véritable relique. Bien plus tard, la dent soigneusement dissimulée pendant des décennies aurait été retrouvée et remise sur son autel dans le temple, au départ des Britanniques. Morale de l’histoire : on peut asservir le Sri Lanka, mais pas son honneur ni sa culture. En définitive, ce n’est pas tellement important si la dent est celle du Bouddha, si c’est la vraie ou pas, ou même si elle n’existe pas au final. Ce qui importe, comme toujours, c’est le symbole!

Et croyez-moi, c’est un symbole très révéré ici!

Quelques fleurs pour Kandy : la ville est située dans un très joli cadre. Au centre de Kandy se trouve un beau lac, et les quartiers sont construits au flanc des collines verdoyantes qui le ceinturent. Épicentre de la vie culturelle, le temple de la Dent est situé juste au bord du lac. Le quartier où se trouvait notre hôtel était, lui, sur la rive opposée. Se rendre au temple nous a donc permis de longer le lac et de se balader un peu dans les plus belles rues de la ville, qui jouxtent le site.

N’entre pas qui veut dans le temple! D’abord, pas de souliers : tout le monde se promène soit nus pied, soit en bas! Ensuite, vos vêtements doivent au moins couvrir toutes vos cuisses, jusqu’aux genoux. Et les gardes sont stricts là-dessus : ils ont bien vérifié la longueur de mes shorts!

Une fois à l’intérieur, il avait beau être près de 19h, c’était noir de monde, et tous les visiteurs se suivaient à la queue leu leu! Les lieux étaient superbes par contre. Les murs blanchis à la chaux étaient ornés de magnifiques peintures colorées et dorées. Au bout d’un couloir, on pénétrait dans la salle du rez-de-chaussée où des moines jouaient de la  musique nasillarde sur une genre de flûte. On a ensuite fait la file dans l’escalier pour monter au 2e étage, qui était archi-bondé. Normal : c’est là qu’est exposée la fameuse dent sacrée! Or, elle est généralement cachée et n’est exposée que pendant un temps limité, pour des raisons probablement complexes qui nous échappent. Au bout d’un moment, les gardes ont ouvert une porte pour montrer la sculpture en or qui contient la dent. C’était alors la folie : les gens se pressaient tous pour voir! Enfin, pas tous : une ligne spéciale avait visiblement été créée pour les groupes de touristes qui avaient le privilège de circuler plus près de l’objet en question sans bousculade. Ce qu’on a d’ailleurs trouvé un peu indécent : c’est le joyau et la fierté des Sri Lankais, mais les meilleures places pour l’admirer sont réservées à des étrangers en vacances qui n’ont aucun sentiment particulier pour cette relique sacrée. Je comprends la logique de bien traiter les visiteurs, mais quand même. En tout cas nous on préférait être dans la cohue avec les gens du coin, ça nous gênait moins…

On a enfin terminé notre tour du temple en visitant les salles attenantes et la cour extérieure, où se trouvait notamment une grande verrière pleine de chandelles allumées (probablement pour les prières).

En sortant, il se faisait tard et on n’avait pas encore mangé, alors on s’est dirigés avec le couple de Français vers un resto pas trop loin. Attablés autour d’un kottu rotti et d’une ginger beer, on a pris notre mal en patience… C’est que, rapidement, on s’est rendus compte qu’ils étaient assez lourds. Le gars avait une suffisance qui tombait vite sur les nerfs : il se trouvait visiblement beau et surtout faisait des généralisations à l’emporte-pièce appuyées au mieux sur des sophismes, des approximations ou des expériences anecdotiques. De son côté, sa blonde ne faisait guère mieux. Quand la conversation a dévié vers la politique puis la santé, disons simplement que leurs élucubrations étaient particulièrement pénibles à gérer. On a pris congé sans regrets après le souper. On en rencontre de toutes sortes en voyage, et parfois ça clique moins!

De retour à l’auberge, on a sombré dans les bras de Morphée alors que les singes s’étaient visiblement calmés : plus de vacarme sur le toit!

À bientôt!

samedi 9 février 2019

Nuwara Eliyah


Samedi 4 août

Allô! C’est toujours François au clavier!

Ce samedi-là, on était debout tôt parce qu’on devait aller prendre notre train pour Nuwara Eliyah. On a donc pris notre déjeuner pour emporter (merci à la gentille cuisinière de nous avoir fait ces doggy bags), on a dit au revoir à la famille de Québécois et on a chaleureusement remercié Rose, sans contredit l’âme de cette agréable auberge. Puis, on a repris la route avec nos sacs et on s’est rendus à la gare d’Ella à pied.

On se souvient que, sur ce tronçon qui est sans nul doute le plus populaire du Sri Lanka, il nous avait été impossible de réserver des billets d’avance. Arrivés une heure d’avance, nos billets de 2e classe fraîchement achetés en main, on s’est vite dit que ce serait quelque chose d’embarquer dans le train en constatant que le quai était déjà rempli de monde! L’affluence s’est empirée au cours de l’heure qui a suivi, jusqu’à l’arrivée du train. Évidemment, celui-ci était déjà plein à craquer! Ce fut donc la cohue et tout le monde est embarqué tant bien que mal. Par miracle, on s’est retrouvés debout juste devant l’ouverture de la porte entre 2 wagons, ce qui a fait en sorte qu’on pouvait à la fois voir dehors et s’asseoir sur le marchepied! So much win!!

Ce fut le début d’un décidément magnifique trajet en train à travers les collines : on n’a pas de misère à croire le Lonely Planet lorsqu’il affirme qu’il s’agit de l’un des plus beaux périples en train de la planète! La voie serpente à flanc de montagne tout le long, alors qu’on traverse des plantations de thé, de belles forêts de pins et d’eucalyptus, de nombreux tunnels, de petites cascades et des villages assoupis aux jolies gares vieillottes. On ne se lassait pas de la vue! En passant, ici le rituel veut que tous les enfants du train crient lorsqu’on passe des tunnels (et des enfants, il y en avait en masse dans le train, car ils avaient visiblement une sortie scolaire)! Comme il y a des tunnels sans cesse, on finit par avoir les oreilles bien débouchées! Le train gravissant lentement mais sûrement les montagnes (la voie culmine à 1800m près de Horton Plains, à 2 stations de Nuwara Eliyah), il commençait à faire pas mal plus frais. Nous étions loin de la chaleur tropicale des plaines! Propice à la contemplation, le long trajet nous m’a aussi permis de jaser avec une Chinoise et son fils, tous deux, de Shanghai qui venaient au Sri Lanka depuis plusieurs années.

Les enfants sont débarqués en trombe quelques stations avant Nuwara Eliyah, puis on a entamé dans la pluie froide un tronçon plutôt spectaculaire, qui nous permettait de voir deux superbes chutes d’eau au loin! Et enfin, un peu passé midi, on est arrivés à la gare de Nanu Oya. Comme celle-ci est située assez en retrait de la ville de Nuwara Eliyah,  on avait réservé le transport gratuit qui devait nous emmener à notre auberge. Là encore, comme à Colombo, c’était décidément peu clair. Un couple de jeunes Français visiblement aussi perdu que nous errait dans la rue, avant qu’un Sri Lankais ne vienne tous nous aborder : c’était bien lui qui nous emmènerait à notre hébergement! On a donc sympathisé avec les Français à l’occasion du court trajet en minivan. Le gars nous a raconté qu’il faisait un stage en biologie sur les tortues marines quelque part sur la côte est du pays, et qu’il avait beaucoup apprécié son expérience. C’est bien comme stage universitaire, quand même!

Après un dédale de petites allées, voilà que nous étions arrivés à notre bed and breakfast, situé dans la banlieue campagnarde de Nuwara Eliyah. On y a été accueillis en rois par nos hôtes, un couple de quinquagénaires très gentils, qui ont tenu à nous servir un thé et des biscuits! Le thé chaud était bien réconfortant par ce temps maussade et froid : il devait faire entre 10 et 15 degrés! Finis les shorts et les t-shirts : coupes-vent, pantalons et chandails chauds étaient désormais de rigueur! On avait une mignonne chambre avec balcon qui nous donnait une belle vue sur les collines (j’étais particulièrement excité par le balcon haha!)

L’avantage d’avoir choisi de se loger dans les environs de Nuwara Eliyah plutôt que dans la ville même était d’avoir un accès facile à deux attractions locales : Pedro Tea Estate et la chute de Lover’s Leap. On s’est d’abord rendus à pied à la première, en grignotant en passant des genres de samosas aux lentilles. La visite guidée de cette usine de thé, décidément moins ghetto que celle de la veille, a été bien agréable mais un peu moins intéressante que celle qu’on avait faite. Il faut dire qu’on commençait à être des experts en matière de fabrication du thé haha! La visite se terminait par une dégustation de thé dans les beaux locaux vitrés de l’entreprise, qui donnait sur les collines et un petit lac en contrebas. On a partagé notre table avec une gentille famille de Françaises : une mère et ses 2 filles en voyage ensemble au Sri Lanka. La discussion fut particulièrement intéressante pour Marie-Pascale, car les 2 filles travaillaient dans le domaine de la santé en France (elles étaient respectivement infirmière et psychologue). Comme Mémé avait fait un stage à Brest dans le cadre de sa formation de médecine, elle avait aussi pu constater sur place le fonctionnement du système de santé, ce qui a permis d’échanger sur les réalités différentes du Québec et de la France en la matière! Surtout, ça nous a rappelé à quel point les Français sont chanceux en matière de vacances : ils avaient 8 semaines de congé!!

Après cette agréable pause, on a laissé les Françaises pour partir en randonnée. Direction la chute de Lover’s Leap, à travers les plantations de thé! Ce fut une bien belle balade et la chute en tant que telle, haute de 30 mètres, valait le coup d’œil. La légende raconte qu’une histoire d’amour compliquée entre un prince et sa dulcinée s’y est jouée et, qu’au final, le couple, à qui on interdisait qu’ils se fréquentent, a mis un terme tragique à leur histoire en se jetant ensemble du haut de la chute. D’où « Lovers Leap »!

De retour à l’auberge, on s’est reposés un peu avant que je ne réalise en feuilletant le guide qu’il était en plein l’heure d’aller prendre le thé, British-style! On n’a fait ni une ni deux et on a sauté dans un bus public vers Nuwara Eliyah. Nuwara Eliyah est une incongruité toute britannique dans le paysage sri lankais. Les colons, en découvrant cet endroit au début du XIXe siècle, ont immédiatement adopté cette station de montagne dont le climat frais et pluvieux leur rappelait la Grande-Bretagne. C’était aussi l’une des seules régions au Sri Lanka où des légumes et fruits « anglais », tels que la laitue et les fraises, pouvaient être cultivés avec succès, ce qui n’était pas négligeable à l’époque! Nuwara Eliyah est donc devenu un lieu de villégiature prisé, et des villas ont commencé à pousser de part et d’autre de la vallée. Au centre, différents hôtels huppés ont été bâtis autour d’un lac pour accommoder les visiteurs de passage, en plus d’un golf, d’un court de polo et d’un joli parc public (le parc Victoria), l’un des mieux tenus de la colonie. Aujourd’hui encore, ce gros village étendu possède un charme tout britannique. Et quoi de mieux pour se mettre dans l’ambiance que d’aller prendre le  high tea au Grand Hotel?

Nous qui n’en avions jamais fait l’expérience, voilà que, pour un prix très raisonnable, nous étions attablés dans la chic salle à manger/terrasse de ce vieil hôtel devant deux thés délicieux et un assortiment élaboré de petits en-cas et gâteaux servis sur un élégant présentoir étagé! Quel luxe! On est restés au moins 2h à grignoter et à siroter nos thés (eau chaude à volonté!) en bavardant. On a recroisé les 3 Françaises venues visiter l’hôtel, ce qu’on a fait par la suite. Vous savez la scène au début de l’album Tintin au Tibet, où Tintin, le capitaine Haddock et le professeur Tournesol sont en vacances à l’hôtel dans les montagnes, et qu’ils passent leurs journées à lire, à grignoter et à se reposer avec les autres pensionnaires (avant de déranger tout le monde avec un « Tchang!!! » retentissant)? Eh bien ce genre de séjour de villégiature à l’ancienne est exactement l’impression qu’on avait en sirotant notre thé au Grand Hotel!

Toute bonne chose ayant une fin, on a éventuellement quitté à regret le bel hôtel. En sortant, il pleuvotait et il faisait déjà noir. Sans éclairage public, il fallait faire attention sur la sinueuse route qui ceinture le parc Victoria! On a marché un peu avant d’échouer au centre-ville, où on a partagé un genre de kottu aux saucisses dans une gargotte (eh oui, on avait encore faim!) Puis, il a bien fallu rentrer vers notre auberge. Après une bonne attente, on désespérait de trouver des bus qui nous ramèneraient en campagne. Au moment où on s’apprêtait à jeter la serviette et à affréter un tuk-tuk, miracle, un bus s’arrête! Notre arrivée dans cet autobus bondé a fait sensation : malgré une genre d’engueulade intense entre certains passagers weirds dans le bus, de vieux monsieurs super fins à l’avant étaient hyper heureux de nous demander, dans un anglais hésitant, d’où on venait et si on aimait le Sri Lanka! Évidemment, ils se sont aussi mis en quatre pour nous aider à débarquer au bon endroit. On aurait peut-être été un peu inquiets pour notre sécurité dans ce genre de situation (bus avec des individus louches, la nuit) dans d’autres pays mais pas ici, et certainement pas quand on est sous la protection de vénérables et respectés grands-pères haha!

On a dormi du sommeil du juste à notre arrivée à l’auberge, malgré l’heure relativement peu tardive. Il le fallait bien, car on serait debout aux aurores (encore!) le lendemain!

La fin du monde et des bonbons dans la prochaine entrée de blogue! Ne ratez pas ça! J

jeudi 24 janvier 2019

Ella


Vendredi 3 août

Salut, c’est Marie-Pascale!


Ben non, c’est pas vrai, c’est encore François! M-P néglige de plus en plus la rédaction des blogues, tssss… (MP : Oupsi! Coupable!)

Il faisait beau ce matin-là, mais ça n’allait pas compenser entièrement pour ma mauvaise nuit! En plus, j’étais enrhumé comme jamais, avec un mal de gorge carabiné en prime. Fun times!

Au déjeuner, on a eu la surprise de manger fruits et crêpes maison en compagnie de deux familles de Québécois bien sympathiques, en voyage au Sri Lanka avec tous leurs enfants. Ça faisait une belle marmaille et c’était un peu d’organisation pour les parents, mais quelle belle expérience! Disons que ça te donne une ouverture sur le monde de voir le Sri Lanka à 11 ans!

On est ensuite partis vers le croisement au centre du village question de prendre le bus pour Kumbawella Junction, pas trop loin d’Ella. On avait un changement à faire dans cet endroit perdu pour se rendre à notre objectif du matin : Uva Halpewaththa Tea Factory! Un minibus miraculeusement climatisé (ça existe ici??? on n’y croyait plus!) nous a déposé jusqu’à l’arrêt de la fabrique de thé, au bas d’une colline. De là, c’est dans un cadre enchanteur et verdoyant qu’on a gravi les 2 km de route de montagne qui serpentaient le long des champs de thé, afin de nous rendre à notre destination du jour.

De l’extérieur, notre usine de thé ressemblait à un gros baraquement en tôle ayant mal vieilli. Pas exactement l’endroit le plus invitant! À l’intérieur, c’était obscur et poussiéreux, avec de vieux planchers grinçants qui donnaient l’impression d’avoir 3000 ans d’existence. Euh… C’est bien ici qu’on produit certains des thés les plus réputés au monde?

Parenthèse : malgré sa petite taille, le Sri Lanka est l’un des principaux exportateurs de thé au monde. Par exemple, le thé Lipton, que vous connaissez tous, vient d’ici. L’industrie emploie aujourd’hui près d’un million de personnes et apporte une contribution importante à l’économie nationale. Ce sont les Britanniques qui sont à l’origine de ce succès. Même si leur domination coloniale du pays n’a pas été très appréciée, ils ont eu la main heureuse avec le thé : il faut bien leur donner ça! Après avoir volé des plants de thé en Chine au début du XIXe siècle, ils ont remarqué que le climat frais et humide de la région des Central Highlands se prêtait particulièrement bien à la culture de ce végétal. Ce fut un bouleversement majeur pour cette colonie qui, jusque là, rapportait bien peu à Sa Majesté : les cours de la cannelle s’était effondrés et les tentatives de cultiver du café avaient échoué misérablement. Dès lors, l’essentiel de l’activité sri lankaise s’est tournée vers cette nouvelle manne, qui a radicalement transformé le pays. Des champs de thé et des usines sont apparus partout dans les montagnes. Comme on manquait de main-d’œuvre pour y travailler, les autorités y ont « importé » des Tamouls venus d’Inde, modifiant à jamais la composition ethnique du pays. Et puisqu’il fallait bien faire sortir la production de l’intérieur de l’île vers l’Angleterre et le reste du monde, un chemin de fer, véritable prouesse technique, fut percé à travers les montagnes vers Colombo. Aujourd’hui encore, toute la région vit au gré des aléas de l’industrie du thé… et fait le bonheur des amateurs du monde entier!

Une fois dans le bâtiment, on a vite été rejoindre plusieurs touristes qui attendaient dans une salle, un peu décontenancés. Après un certain temps, un vieux Sri Lankais bourru mais attachant est venu nous faire une présentation sur le thé. C’était très intéressant! Vous saviez par exemple que le thé est encore aujourd’hui toujours cueilli à la main, et qu’on ne récolte que 3 feuilles sur chaque nouvelle pousse de l’arbuste? Le vieux monsieur, qui imposait naturellement le respect avec son air sévère et sa voix puissante, prenait un plaisir évident à ponctuer son exposé de moments où il intimait fortement à certains membres du groupe de poser différentes actions : « Regarde ces feuilles de thé séchées! » « Sens le thé! » « Toi, passe la boite à ton voisin! » Haha! Il me faisait penser à l’un de mes profs de maths au secondaire, un vieil Arménien tonitruant qui enseignait à l’ancienne et qui envoyait allègrement valser la pédagogie moderne. Ses méthodes peu orthodoxes mais furieusement efficaces incluaient tout un arsenal de moqueries, de blagues non politiquement correctes et de remontrances à moitié sérieuses envers les étudiants, en particulier vis-à-vis de ceux qui étaient peu habiles avec les chiffres (comme votre serviteur, qui en a fait les frais à maintes reprises!). Eh bien, croyez-le ou non, c’était unanimement le professeur le plus apprécié et le plus respecté de l’école (et je m’inclus là-dedans). Pas un mince exploit face à des ados de secondaire 4 et 5! Notre guide sri lankais sortait exactement du même moule et était animé par la même passion profonde pour son métier. C’est probablement pour ça qu’on l’a tout de suite trouvé sympathique!

On a suivi ensuite notre nouvel ami pour une visite en profondeur de l’usine. La plupart des employés étaient déjà partis : ici, les quarts de travail commencent et finissent très tôt le matin, au moment où la chaleur est moins écrasante. En cette fin d’avant-midi, l’usine était presque déserte! Curieusement, les machines utilisées pour trier, sécher, filtrer et broyer les feuilles de thé étaient loin d’être des merveilles technologiques! En fait, beaucoup d’entre elles semblaient dater de la révolution industrielle… Apparemment, ce n’est pas par manque d’innovation dans l’industrie, c’est juste que ces machines répondent parfaitement et efficacement à ce qu’on attend d’eux, malgré leur allure vétuste! Vers la fin, les machines soulevaient énormément de poussière, et je devais faire des efforts surhumains pour éviter de contaminer les stocks de thé par mes éternuements!

Le tour finissait avec des dégustations de thé, versé sans ménagement par notre guide à l’air maussade. « C’est celui-là, le Earl Grey! Goûte!! » Haha! On a acheté quelques cadeaux puis on a admiré la vue depuis le balcon de l’usine. Un magnifique panorama de collines parsemées de champs de thé s’offrait à nous. Il y a décidément pire endroit pour vivre (et travailler)! Dans la file pour la caisse, on a fait la connaissance d’un jeune couple de Suisses francophones bien gentils. Puisqu’ils revenaient à Ella dans un minivan qu’ils avaient loué, ils nous ont offert de monter à bord. Ça ne se refuse pas! La fille nous a raconté qu’elle s’occupait de l’intégration des immigrants dans sa ville de Suisse, parmi lesquels figuraient de nombreux Sri lankais. Ce voyage était donc super intéressant pour elle, car ça lui permettait de mieux comprendre d’où venaient les nouveaux arrivants qu’elle accueillait toute l’année chez elle! On aurait bien passé un plus long moment avec eux, mais on les a quittés au croisement à Ella, sachant qu’ils poursuivaient leur route vers le sud du pays ce jour-là. Dommage! En tout cas, une bien belle rencontre!

Le temps d’avaler un Kottu Roti sur une terrasse et on était repartis pour faire un peu de randonnée. On a marché le long de la route pour atteindre le sentier de Little Adam’s Peak. Ça s’est révélé être une bien agréable excursion à travers les plantations de thé jusqu’au sommet d’une montagne dénudée. De là, on avait une vue superbe sur la route qui descendait vers Wallawaya ainsi que sur les collines, les forêts et les fabriques de thé. Rien de bien méchant!

En redescendant, on a discuté avec une famille française avant de quitter le sentier pour obliquer vers le luxueux 98 Acres Resort. Une publicité vantant le petit café de l’endroit avait attiré notre attention sur le sentier, et on avait décidément besoin de se rafraîchir dans la moiteur de cet après-midi. Bien attablés sur la terrasse, un serveur en uniforme est venu nous apporter nos Elephant Ginger Beers, alors qu’on admirait la vue sur Little Adam’s Peak. Bel endroit pour dormir à Ella en tout cas : les chics bungalows à flanc de montagne bénéficiaient tous d’une vue sur la vallée, et le resort possédait une piscine! En passant, vous aviez déjà bu des ginger beers? C’est mon patron qui m’avait fait découvrir ça il y a quelques mois dans un café de Beijing : d’origine anglaise, cette boisson pétillante non-alcoolisée au gingembre, à ne pas confondre avec le ginger ale, était apparemment commune auparavant au Canada. La version sri lankaise, bien désaltérante, a en tout cas conquis Marie-Pascale!

Après cette pause bien méritée, on est revenus vers la route où on a demandé notre chemin pour se rendre à la voie ferrée, via une petite allée dans les collines. Ce ne fût pas évident mais, quelque temps plus tard, voilà que nous marchions directement sur la track! Bon, on a déjà vu des comportements plus sécuritaires sur une voie ferrée, mais il faut savoir que c’est assez commun d’utiliser le chemin de fer comme route ici et les trains circulent très lentement! Et puis, on voulait aller contempler le fameux Nine Arches Bridge! Ce magnifique viaduc en pierre est sans contredit la plus belle réalisation que les ingénieurs coloniaux ont construit sur la voie ferrée qui va vers Colombo. Courbé, il enjambe une rivière à une bonne hauteur dans une gorge étroite à la végétation luxuriante, tout juste après un tunnel. Ça vaut le coup d’œil! La zone était évidemment remplie de touristes qui chillaient sur le pont en attendant de prendre la photo parfaite avec le train (qui s’en venait bientôt apparemment). Parmi le lot, assise sur le parapet du pont, il y avait l’inévitable nymphette au chandail très bedaine, au décolleté plongeant et aux fesses bombées, mitraillée de photos par ses amies dans une pose à la fois aguichante et faussement pensive. On imagine le tout destiné à une publication Instagram sulfureuse, ornée d’un slogan simili-profond en anglais (genre : « Sometimes you need to reconnect with nature to find your true self ») et suivie d’une trâlée de hashtags bidon (#NeverStopTraveling #Sunset #LivingTheDream #Namaste). Une belle mise en scène qui camoufle mal son désir de se montrer pour obtenir des likes! (MP : Hahaha wow, belle description François!)

Question de rendre l’utile à l’agréable, on est ensuite revenus en ville via la voie ferrée. Ce fut une très belle balade dans la jungle, avec de jolis points de vue sur la vallée. On cochait par contre sans vergogne toutes les cases de la fiche « vous êtes épais de vous promener sur le chemin de fer » : la voie était étroite, on passait par moments des tunnels et des ponts sans accotements, les tournants ne permettaient pas de voir à plus de 100 m si un train s’en venait, et on savait pertinemment que le train de la fin de la journée ne tarderait pas à passer. Mais tsé, pays en voie de développement = yolo côté sécurité, et c’est sous les regards indifférents des passagers qu’on a regardé passer le petit train en provenance de Colombo depuis un petit talus en bord de voie! (MP : Oui maman on était loin de la voie quand il est passé haha) On a profité de cet arrêt pour discuter avec un monsieur bien gentil qui voulait absolument nous montrer son jardin de légumes juste à côté (il était bien entretenu ce potager en tout cas, à défaut d’être réellement intéressant!)

De retour sans encombres à la gare d’Ella, on a salué les policiers (« Bonjour la police! ») qui nous ont répondu par un grand sourire. Quoi de plus normal que d’arriver à pied à la gare par la voie ferrée? On s’est ensuite perdus dans les petites routes de montagne d’Ella en tentant de trouver un raccourci. La nuit tombant, on a été souper aux chandelles sur la terrasse d’un mignon resto recommandé par l’ineffable Rose. Lequel a d’ailleurs fait une apparition surprise, en guidant d’autres touristes à cet endroit! Quel ne fut pas son plaisir de nous y voir attablés aussi haha!

Notre journée n’était pas terminée pour autant : après une brève douche à l’auberge, on repartait pour le « centre-ville » d’Ella. On se souvient en effet qu’on avait réservé un massage ayurvédique! Bon, ok, l’ayurvédisme est un concept de santé holistique hindou qui n’est pas vraiment natif du Sri Lanka, mais l’Inde n’est pas loin alors pourquoi pas? Première étape : choisir une huile essentielle parmi la panoplie offerte, toutes censées avoir des propriétés curatives. Euh… Celle-là? Ensuite, direction un petit local sans prétention avec deux tables couvertes d’une serviettes. Arrivent 2 femmes d’un certain âge, souriantes er baragouinant l’anglais, qui nous demandent de tout enlever sauf les sous-vêtements et partent la musique relaxante. Puis, on s’est étendus sur le ventre, côte à côte sur les tables dures, pendant que les 2 dames nous enduisaient généreusement d’huile partout – littéralement du cuir chevelu jusqu’à la plante des pieds. Je ne sais pas quel effet libérateur ce massage m’a fait mais, à mon grand déplaisir, je morvais comme un déchaîné dans la serviette! Au point où j’ai dû interrompre 2 fois le massage pour me moucher, sous les airs amusés des deux dames! Cela dit, l’huile d’eucalyptus qu’ils m’ont ensuite mis sur les pommettes et le massage subséquent du visage ont fait un très grand bien à mes sinus enrhumés!

« Finish! » ont éventuellement dit les deux madames, après près de deux heures à ramollir nos muscles de leurs mains expertes! « Don’t shower, wait tomorrow! » Ah bon? Ok! C’est donc détendus mais tout huileux – cheveux inclus – qu’on est revenus à l’auberge. Verdict? Agréable, mais un brin trop visqueux à mon goût!

À bientôt!

lundi 21 janvier 2019

Un safari à Uda Walawe


Jeudi 2 août

Salut! C’est encore et toujours François, qui vous guidera dans nos péripéties dans la savane! (MP : Un gros merci à mon merveilleux copain pour sa mémoire exceptionnelle de nos voyages et pour son dévouement pour le blog haha)

À 5h du matin, les yeux bouffis de sommeil, c’est dans une ambiance pâteuse qu’on a pris le thé et quelques gâteaux avec le couple de backpackers qui nous accompagnerait pour ce safari matinal. On ne faisait que grignoter dans la pénombre sachant qu’on allait déjeuner au retour de notre exploration du parc national, vers 10h. Pourquoi diantre fallait-il se lever si tôt pour cette activité? Parce que c’est le matin qui est le moment où les animaux sont le plus actifs, et qu’on aurait le plus de chances de les croiser. Évidemment, on aurait apprécié qu’ils soient le plus actifs vers 10-11h, mais que voulez-vous! Un touriste anonyme, croisé à San Pedro de Atacama lors de notre voyage au Chili en 2013, avait eu ces mots philosophiques en observant une publicité pour un tour guidé dans les environs pour lequel il était nécessaire de se lever aux aurores : « Peu de choses au monde valent la peine de se lever à 4h du matin ». Eh bien, disons que la promesse de voir de très près des éléphants faisait partie de ces peu de choses au monde!

On est rapidement partis dans la jeep et on a roulé à travers le village endormi vers le parc national d’Uda Walawe, alors qu’apparaissaient lentement de pâles rayons de soleil. Seuls les pauvres soldats qui gardaient le camp militaire (qui par ailleurs ressemblait davantage à un gros atelier de réparation de vieux véhicules) avaient vraiment l’air alertes! Dans la jeep, on était dans la benne à aire ouverte, où avaient été installés des bancs afin qu’on puisse confortablement voir les animaux. Après un pit stop dans un dépanneur pour acheter des biscuits, on s’est engagés sur le barrage qui délimite le lac de retenue autour duquel a été formé le parc en question. Et c’est là, alors que le soleil se levait, qu’on a vu notre premier éléphant! Notre chauffeur/guide, un jeune Sri Lankais affable, a cependant eu tôt fait de tempérer notre enthousiasme. « Il est toujours là » nous a-t-il dit, « il attend de l’autre côté de la grille que les gens le nourrissent. Il ne faut pas mais il est habitué maintenant, alors il broute l’herbe au bord de la route en espérant que quelqu’un vienne lui donner un petit quelque chose de plus! » Une belle illustration de la délicate cohabitation humains-animaux dans cette partie assez peuplée du Sri Lanka… Exemple tout aussi parlant, la présence de hautes clôtures anti-éléphants sur le bord de la route sur toute la longueur du parc national. Les éléphants sont des animaux intelligents, imposants et à l’appétit sans fond : imaginez les ravages qu’ils peuvent causer dans un champ de légumes (ainsi qu’au cultivateur qui tente de les en chasser!). Pour éviter ces confrontations inutiles (qui tuent malheureusement à chaque année encore quelques hommes et bêtes dans tout le pays), la clôture est un rempart nécessaire pour séparer le monde des humains de celui des éléphants!

C’est en arrivant au point d’accès au parc qu’on a réalisé que nous ne serions pas les seuls… En effet, il devait bien y avoir là une trentaine de jeeps! Comme on peut s’en douter, les safaris sont maintenant la business la plus lucrative en ville, alors bien des villageois ont décidé d’acheter un véhicule pour aller chercher leur part de la manne touristique. Sauf que plusieurs d’entre elles étaient à moitié vides… Il me semble que ça aurait été plus efficace de se coordonner entre voisins pour remplir une seule jeep avec des touristes logeant à plusieurs endroits… non? Tout le monde aurait été gagnant, et les frais auraient été divisés à plusieurs… En tout cas. Autre incongruité, la nécessité d’attendre très longtemps que notre guide aille acheter nos billets à l’accueil du parc. Évidemment, c’est sûr que c’est long quand tous les guides arrivent en même temps et se pointent tous ensemble à l’accueil pour acheter leurs billets! Ce ne serait pas possible de les acheter d’avance? Ça économiserait du temps à tout le monde… On jase là…

Enfin, billets en mains, il est environ 6h30 quand on pénètre dans le parc national! En termes de végétation, l’endroit ressemblait un peu au safari qu’on avait fait au Sénégal, baobabs en moins! On était dans la brousse sèche de la savane, sertie d’arbres épineux et de buissons bas, avec à l’horizon le massif imposant des Central Highlands. Un bien joli endroit!

Rapidement, les animaux se sont montrés le bout du museau et du bec. Il faut dire que le parc, bien que sauvage, n’est pas immense et que c’est un très bon endroit pour faire connaissance avec la faune locale. Côté oiseaux, on a vu beaucoup de paons et de nombreuses perruches verts fluo! Heureusement que notre guide aux yeux de lynx nous a pointé le caméléon en bord de route, car on ne l’aurait jamais aperçu sinon sur sa branche! Côté mammifères, on a été abondamment servis en matière de buffles, avant de tomber nez à nez avec les stars du parc : des éléphants! Cachés par les arbres broussailleux, il ne passaient néanmoins pas inaperçus. Bientôt, un petit embouteillage de jeeps encombrait la piste pour voir les pachydermes! Heureusement, ce fut à peu près le seul moment où on était nombreux au même endroit, les autres jeeps se perdant dans le labyrinthe de sentiers qui quadrillent le parc.

Puis, on a été téléportés en plein documentaire du National Geographic en arrivant à un point d’eau bien boueuse. Alors que les crocodiles se faisaient griller au soleil d’un côté de la mare, un troupeau de buffles s’approchait du lac de l’autre côté et commençait à s’y abreuver prudemment!... Alerté, un crocodile s’est immergé et s’est mis à nager silencieusement vers le troupeau. Il demeurait néanmoins à bonne distance des buffles, qui l’avaient évidemment à l’œil. Moment de tension… Allions-nous assister à une attaque foudroyante du crocodile sur un bufflon? Finalement, non : le crocodile, intimidé par le nombre de buffles, a préféré pour l’heure battre en retraite… Le troupeau a ensuite regagné la sécurité du boisé. Mais cette scène se rejoue assurément plusieurs fois par jour, avec des dénouements moins heureux pour les paisibles herbivores!

Dans une autre mare nous attendait un spectacle autrement plus attendrissant : un éléphant qui buvait et se lavait avec sa trompe! (cette fois, sans un public de gros lézards à l’affût). Inutile de vous dire que Marie-Pascale fondait littéralement de ravissement face à cette surdose de cuteness qu’inspirait ce gros bêta qui prenait un plaisir évident à s’asperger d’eau brune avec sa trompe! Puis, est arrivé le clou du safari : 2 éléphants ont traversé la piste tout juste devant notre jeep : une maman et son bébé! Ils ont pris leur temps et on a pu les observer longuement : c’était vraiment extraordinaire! Même le guide, qui n’en était pas à ses premiers pachydermes, semblait impressionné. « C’est rare qu’on voit ça! » nous a-t-il confié, « vous êtes très chanceux! »

Pour notre dernier arrêt, on débarquait du jeep pour s’aventurer à pied en plein dans le territoire des crocodiles. Une rivière opaque aux rives craquelées, entourée de part et d’autre d’une plaine de boue séchée et de quelques arbres morts, voilà l’habitat un peu sinistre (malgré le beau ciel bleu) que notre guide voulait qu’on explore pour y débusquer ces gros reptiles antipathiques. On s’est approchés jusqu’à la rive, où on a bien vu les crocos nager sournoisement dans l’eau et tenter (sans succès) de croquer les grues blanches qui picoraient la vase. Brrr…. On a marché un peu sur le bord - mais pas trop, juste au cas! -, on a pris une photo pour témoigner de notre courage, puis on est repartis! Bon, c’est vrai, les charmantes bêtes n’étaient pas très actives, mais les salties – comme on appelle cette variété de crocodile qui vit tout aussi bien dans la mer que dans l’eau douce – ne sont quand même pas à prendre à la légère!

Sur ce, on est revenus vers l’entrée du site et ce fut la fin de notre super safari! Enfin, pas tout à fait : sur le chemin du retour vers Silent Bungalow, on a revu notre premier éléphant sur le bord du réservoir. Cette fois par contre, l’appel de la nature a fait des siennes et on a eu une vue imprenable sur l’animal qui faisait ses besoins sans vergogne sous les regards amusés des touristes! Voir un éléphant qui défèque, check!… Enfin…

On a pris un bon déjeuner au Silent Bungalow puis le proprio nous a gentiment déposé à l’arrêt de bus, où on a dit au revoir aux backpackers qui nous avaient accompagnés lors du safari. Un bien bel arrêt animalier en tout cas! Prochaine étape : la station de montagne d’Ella! Mais d’abord, évidemment, un changement de bus dans un autre ville quelconque (mais au nom plus facilement prononçable cette fois) : Wellawaya. Évidemment, une fois là-bas, un chauffeur de tuk-tuk a déployé les astuces habituelles pour nous convaincre de monter avec lui (« Il n’y a pas de bus avant la fin de la journée! Ça prend 3h en bus! ») mais on a résisté à ses chants de sirène. De manière prévisible, il y avait un bus 15 minutes après notre arrivée et le trajet ne durait qu’une heure… J

De Wellawaya, on quittait les plaines pour s’attaquer au Central Highlands, les montagnes qui forment le cœur du Sri Lanka. Rapidement, la route s’est mise à grimper, il a plu et la température s’est mise à baisser. Les paysages sont vite devenus spectaculaires, sachant que la route serrait de près le flanc des montagnes, le tout dans un cadre luxuriant! Notre bus a gravi non sans peine les pentes accidentées, croisant au passage des bandes de singes dans les arbres et les jolies Rawana Ella Falls où des gens se baignaient dans le bassin au bas des chutes (malgré de gros panneaux l’interdisant). Enfin, on est arrivés à Ella en milieu d’après-midi.

Pour la décrire rapidement, Ella est grosso modo un croisement de route de montagne ayant pris des proportions démesurées en raison du tourisme backpack de masse! À l’origine une station de montagne secondaire où les colons britanniques exploitaient des champs de thé, Ella est devenue une Mecque touristique en raison des beaux paysages qui l’entourent. Résultat : on y trouve énormément de pensions, de restos et de bars pour backpackers, les touristes sont partout et il y a bien longtemps que le petit village anonyme et tranquille s’est métamorphosé en Disneyland du hiking! Nous qui avions entendus de bons commentaires au sujet de cet endroit, voilà qui nous a un peu refroidis en descendant du bus…

On a cherché longtemps une auberge mais, cette fois, tout était plein… Ella étant faite en pente, disons qu’on suait pas mal à force de monter et descendre les rues sous le gros soleil!… Finalement, on a fini par trouver une chambre libre dans une maison bleue un peu en retrait du carnaval du centre-ville. On a été récompensés pour notre patience par notre rencontre avec Rose, notre hôte, un gars d’une vingtaine d’années absolument charmant qui nous a énormément aidé à organiser tout plein de choses! Oui, Rose, c’est un nom étonnant pour un gars, ça nous a surpris aussi haha! Tsé dans la vie, il y a des gens qui ne sont pas bons dans le service client, d’autres qui sont corrects, et quelques personnes exceptionnelles qui pourraient vendre sans problème du sable au Sahara. Eh bien, Rose entrait dans la dernière catégorie! C’est difficile à expliquer, mais il mettait immédiatement en confiance, probablement en raison de son souci sincère de nous aider, de sa proactivité, de son désir de ne pas être gossant et de son évident enthousiasme à faire son travail!

Avec tout ça, il était rendu assez tard en PM! On n’avait pas encore dîné alors on s’est pris un snack bien satisfaisant de kottu roti au centre-ville, puis on a exploré le village. Notre premier arrêt fût la gare ferroviaire, dont on dit qu’elle la mieux entretenue au pays. Tant mieux si c’est bien le cas, mais en tout cas c’est certainement un mignon bâtiment hérité du passé colonial du Sri Lanka, sis sur une colline qui surplombe la petite ville. Notre objectif était de réserver des billets de train à une heure décente dans 2 jours, pour ce qui est universellement décrit comme l’un des trajets de train les plus impressionnants au monde : le tronçon Ella-Nuwara Eliyah-Kandy. Or, nous n’étions pas seuls à vouloir faire ce trajet. Tout était déjà pas mal plein! Et pas moyen d’avoir des places dans le wagon spécial d’observation (avec de grandes fenêtres), pour lequel il fallait réserver des mois d’avance! Bon… alors on partira le 4 août en matinée, avec en mains des tickets 2e classe achetés le jour même, en espérant trouver un endroit où s’asseoir!

Comme Ella n’est pas très étendue, une fois notre passage à la gare terminé, on avait déjà pas mal fait le tour. Quoi de mieux alors que de faire une pause pour observer une partie de cricket? Du haut de la butte, on avait une vue imprenable sur ce sport aux règles décidément incompréhensibles. On a pu en tout cas en discuter avec une famille britannique passionnée par ce sport étrange, dont le plus jeune fils faisait partie d’une équipe de cricket en Angleterre! Ce qui est sûr, c’est qu’à Ella comme à Galle, les balles manquaient ici aussi de briser des fenêtres, de détruire les autos et d’assommer les piétons!

La nuit tombait et il était temps de manger. Direction Matey Hut, une minuscule cabane  près du pont de chemin de fer! Le Lonely Planet chantait les louanges de ce shack sans prétention où dix personnes tout au plus pouvaient manger en même temps. Sans farce, les gens faisaient la file dehors! En tout cas, on n’a pas été déçus! On y a savouré de délicieux rice and curry à la mangue avec de bons jus de fruit. Sérieusement, depuis le début, la cuisine sri lankaise est décidément un hit pour nous : rares sont les moments où on n’a pas apprécié les plats!

De retour à notre auberge, le toujours avenant Rose nous a demandé si on voulait essayer un massage ayurvédique en ville tant qu’à être de passage. Pourquoi pas demain soir? « Viens, je vais te montrer c’est où, tu vas pouvoir jaser avec le proprio, c’est un ami! » Sans faire ni une ni deux, il me faisait monter sur sa mobylette pour qu’on aille ensemble voir l’endroit en question. Il m’a jasé ça tout le long en saluant tout le monde, car il semblait apparemment connaître le village en entier. L’endroit avait l’air bien, le prix correct, et on a donc convenu qu’on reviendrait le lendemain après notre journée de rando!

Une fois couché, impossible de m’endormir. D’une part, des lumières extérieures vraiment crues éclairaient toute la chambre et, d’autre part, les chiens du voisinage  jappaient de façon incessante! J’avais beau avoir mon cache-soleil et mes bouchons, rien n’y faisait. Il faut dire que je commençais à être bien enrhumé, ce qui n’aidait pas non plus (le rhume en voyage, un grand classique!) Finalement, en pleine nuit, je n’en pouvais plus et je suis sorti en pyjama à l’extérieur essayer tous les interrupteurs (il devait bien y en avoir une vingtaine répartis un peu partout autour du bâtiment) avant de finalement trouver celle qui éteignait les infâmes spots braqués sur notre chambre. Enfin!! À peu près en même temps, les chiens ont tous arrêté de japper et j’ai pu dormir en reniflant sereinement pour le reste de la nuit!

À bientôt!

mardi 15 janvier 2019

Tangalle et route vers Uda Walawe

Mardi 31 juillet et mercredi 1er août

Rebonjour!

La suite de notre séjour sur les plages de Tangalle a été à la hauteur de nos attentes pour ce genre de vacances, c’est-à-dire assez relaxant! Après un réveil tardif dans notre bungalow, on a déjeuné les pieds dans le sable en regardant les vagues s’abattre sur la plage. Je pensais bien faire en me commandant un café, mais j’ai vite déchanté en goûtant l’eau de vaisselle qu’on m’a servie! Note à tous ceux qui pensent aller au Sri Lanka un jour : dans un pays où le thé est roi, ne buvez pas de café!!

L’une de nos activités favorites lorsqu’on est à la plage est de prendre de longues marches sur la grève. Disons qu’on a été servis! On est d’abord partis se promener vers l'est, où il n’y avait plus de resorts ni de maisons (ni âme qui vive) sur des kilomètres. C’était tout simplement paradisiaque : rien ni personne sauf des palmiers et des vagues, quelques crabes... et un groupe de singes dans les arbres! On aurait bien voulu se baigner mais  les vagues atteignaient des proportions épiques et on nous avait bien mis en garde contre les forts courants. D’ailleurs, on a pu bien constater aux premières loges à quel point les vagues étaient puissantes et sournoises! En effet, il n’y a pas que le premier rouleau qui s’abat : suit quelques secondes plus tard une 2e vague moins impressionnante mais au tirant quasiment tout aussi important! Et il y a aussi les vagues de côté, qui résultent des deux premières et qui ramassent tout sur la plage en finissant par se rejoindre au milieu! Gare à celui qui se trouve à cette jonction, il risque d’être bien éclaboussé! Bref, on a eu pas mal de fun à jouer là-dedans et on s’est retrouvés mouillés plus souvent qu’à notre tour par les rouleaux imprévisibles!

On est revenus manger un steak de thon au resort à côté du nôtre, puis on a marché de l'autre côté de la plage vers le village. Il y avait vraiment plus d'habitations et de monde, c’était un peu moins agréable et on s’est félicités d’avoir choisi d’habiter tout au bout de plage! On s’est fait sauter dessus par un chien trop enthousiaste qui a griffé Mémé, puis on est revenus progressivement vers les Mangrove Cabanas. En chemin, on s’est fait offrir de la drogue par des gars un peu weird puis le ciel a pris une teinte apocalyptique avant de déverser un déluge sur nous. Heureusement, on était arrivés devant un endroit plus abrité de la côté, où les vagues se cassaient sur des rochers avant d’arriver à la plage. On a donc pu se baigner là pendant qu’il pleuvait, en profitant de l’eau chaude de l’océan Indien et des grosses vagues!

Avec tout ça, on était déjà en fin d’après-midi. Le beau temps étant revenu, on a donc lu tranquillement sur la plage en sirotant des spécialités locales : moi, un drink au Old Arrack (l’alcool fort sri lankais, pas si mauvais) et Marie-Pascale un smoothie au fruits qui goûtait bizarrement la sauce alfredo. (MP : Ça aurait été bon sur des pâtes, mais franchement bizarre voire désagréable dans un verre…) On a soupé peu de temps après d’un excellent curry végétarien avec une délicieuse mixture de coco pour accompagner le tout. (MP : Mais encore trop piquant haha!) Puis la journée s’est achevée en regardant les étoiles… et en me rendant compte que j’avais des coups de soleil un peu partout. Bravo François!  (MP : Dont un particulièrement épique derrière le bras droit, qui paraît encore en janvier 2019…)

Le lendemain, on a déjeuné au resort d'à côté question de changer un peu: Mémé-la-téméraire a pris un müesli de curd (yogourt de buffle), qui était au final assez bon! On est ensuite retournés se baigner, sous la pluie encore une fois! On était en effet dans la saison des moussons, ce qui se traduisait par de la pluie intense au moins une fois par jour! Cette fois, les vagues étaient moins grosses en raison de la marée basse, mais c’était agréable quand même. Puis, on a fait une longue marche jusqu'au bout de la plage côté sauvage. On s’est rendus jusqu’à la pointe qui en marque la fin : aller-retour, ça a bien dû nous prendre deux heures! Deux heures de marche dans un éden tropical, c’était parfait! Cette fois, pas de singes mais de gros iguanes qui ont détalé quand ils nous ont vu, en détruisant les falaises de sable de la plage ! Il y a de gros problèmes d’érosion des plages au Sri Lanka en raison de la construction anarchique sur les côtes, mais l’action de ces gros lézards ne devait pas beaucoup aider non plus! Sur la pointe, on a jasé un moment à une famille hollandaise qui venait de l’autre côté (les seules personnes qu’on a croisées dans notre randonnée!) puis on est revenus vers notre resort car l’estomac de Marie-Pascale criait à nouveau famine (et l’expérience montre qu’il importe de réagir vite quand cette situation se présente!). (MP : Ça a été super long revenir, je me remets à peine de ce moment de jeûne haha 😉 )

Après de délicieux deviled chicken, on a vidé notre bungalow, repris notre lavage qui séchait tant bien que mal sur l’ingénieuse corde à linge patentée par Mémé, et on a repris la route, encore tout alanguis par ce séjour relaxant en bord de mer! Vraiment, on vous recommande chaudement de faire un tour au Mangrove Cabanas à Tangalle si vous passez au Sri Lanka, vous ne le regretterez pas! Décidément un coup de cœur de ce voyage!

Une fois sortis du dédale de petites avenues de terre battue, on est revenus sur la grande route où on a attendu l’autobus. Notre objectif, en ce milieu d’après-midi, était de se rendre au village de Uda Walawe avant la tombée de la nuit. Par contre, pour s’y rendre, on devait d’abord prendre un bus pour Embilipitiya, une ville sans grand intérêt au nom impossible à prononcer (en tout cas pour moi! Je me trompais systématiquement quand j’indiquais aux gens où on se rendait!) La route était belle, à travers villages, rizières, plantations et petites forêts. C’est définitivement un beau pays, le Sri Lanka!

À Embilipitiya, on a marché un peu hors de la frénésie de la gare routière pour sortir de l’argent et pour acheter quelques collations. On a ainsi gouté aux délicieux beignets salés et samosas aux dahls vendus par un vieux monsieur qui a fait le tour des kiosques pour nous trouver du change (on avait juste de gros billets!). Puis, on a bien sué en attendant que notre bus ne parte vers Uda Walawe, à 1h de là.

On cherchait à aller dormir à Uda Walawe dans une auberge chaudement recommandée par le Lonely Planet, un endroit appelé Silent Bungalow, d’où on pourrait organiser notre safari pour le lendemain. Comme d’habitude, les informations du guide pour s’y rendre n’était cependant pas très claires : en une ligne, ça disait que l’auberge était située « derrière le camp militaire ». Euh… OK. On a donc fait ce qu’on fait de mieux dans ce genre de situation et on a demandé à un passager du bus de nous indiquer où descendre. En moins de deux, tout le bus – chauffeur inclus - tentait de nous aider et, finalement, on a suivi une gentille madame avec son enfant qui revenait chez elle et qui nous a conduit à Silent Bungalow. Heureusement, car ce n’était pas si évident à trouver haha! L’endroit était super par contre : une belle villa entourée d’une végétation luxuriante, pratiquement en pleine jungle (et situé effectivement derrière un camp militaire, de manière assez surprenante)!

Dans ce voyage, on y avait été pas mal yolo en matière de réservations d’hébergement, et on commençait à le regretter pour Uda Walawe car tout le monde nous disait que les pensions se remplissaient rapidement. Heureusement pour nous, notre bonne étoile a fait en sorte qu’il restait une seule chambre à Silent Bungalow! Ouf! Pas d’air climatisé mais au moins un ventilateur pour nous aider à supporter la moiteur étouffante des plaines sri lankaises. Et, bizarrement, des photos de famille et des trophées derrière une bâche dans notre chambre particulièrement sommaire. On n’a pas trop compris mais bon!

Pour souper, nos hôtes nous ont servi un spectaculaire repas de rice and curry! On a mangé beaucoup trop en compagnie des autres pensionnaires de l’endroit, surtout des backpackers mais aussi une petite famille. (MP : OMG c’était extraordinaire comme souper!) On a pu ensuite booker notre safari, en enrôlant deux autres backpackers dans la jeep qui allait nous emmener voir les éléphants le lendemain. En attendant par contre, on est partis se coucher, sachant qu’on allait se lever aux aurores – départ à 5h AM – dans quelques heures!

Éléphants, buffles et crocodiles dans un prochain billet de blogue!