jeudi 24 janvier 2019

Ella


Vendredi 3 août

Salut, c’est Marie-Pascale!


Ben non, c’est pas vrai, c’est encore François! M-P néglige de plus en plus la rédaction des blogues, tssss… (MP : Oupsi! Coupable!)

Il faisait beau ce matin-là, mais ça n’allait pas compenser entièrement pour ma mauvaise nuit! En plus, j’étais enrhumé comme jamais, avec un mal de gorge carabiné en prime. Fun times!

Au déjeuner, on a eu la surprise de manger fruits et crêpes maison en compagnie de deux familles de Québécois bien sympathiques, en voyage au Sri Lanka avec tous leurs enfants. Ça faisait une belle marmaille et c’était un peu d’organisation pour les parents, mais quelle belle expérience! Disons que ça te donne une ouverture sur le monde de voir le Sri Lanka à 11 ans!

On est ensuite partis vers le croisement au centre du village question de prendre le bus pour Kumbawella Junction, pas trop loin d’Ella. On avait un changement à faire dans cet endroit perdu pour se rendre à notre objectif du matin : Uva Halpewaththa Tea Factory! Un minibus miraculeusement climatisé (ça existe ici??? on n’y croyait plus!) nous a déposé jusqu’à l’arrêt de la fabrique de thé, au bas d’une colline. De là, c’est dans un cadre enchanteur et verdoyant qu’on a gravi les 2 km de route de montagne qui serpentaient le long des champs de thé, afin de nous rendre à notre destination du jour.

De l’extérieur, notre usine de thé ressemblait à un gros baraquement en tôle ayant mal vieilli. Pas exactement l’endroit le plus invitant! À l’intérieur, c’était obscur et poussiéreux, avec de vieux planchers grinçants qui donnaient l’impression d’avoir 3000 ans d’existence. Euh… C’est bien ici qu’on produit certains des thés les plus réputés au monde?

Parenthèse : malgré sa petite taille, le Sri Lanka est l’un des principaux exportateurs de thé au monde. Par exemple, le thé Lipton, que vous connaissez tous, vient d’ici. L’industrie emploie aujourd’hui près d’un million de personnes et apporte une contribution importante à l’économie nationale. Ce sont les Britanniques qui sont à l’origine de ce succès. Même si leur domination coloniale du pays n’a pas été très appréciée, ils ont eu la main heureuse avec le thé : il faut bien leur donner ça! Après avoir volé des plants de thé en Chine au début du XIXe siècle, ils ont remarqué que le climat frais et humide de la région des Central Highlands se prêtait particulièrement bien à la culture de ce végétal. Ce fut un bouleversement majeur pour cette colonie qui, jusque là, rapportait bien peu à Sa Majesté : les cours de la cannelle s’était effondrés et les tentatives de cultiver du café avaient échoué misérablement. Dès lors, l’essentiel de l’activité sri lankaise s’est tournée vers cette nouvelle manne, qui a radicalement transformé le pays. Des champs de thé et des usines sont apparus partout dans les montagnes. Comme on manquait de main-d’œuvre pour y travailler, les autorités y ont « importé » des Tamouls venus d’Inde, modifiant à jamais la composition ethnique du pays. Et puisqu’il fallait bien faire sortir la production de l’intérieur de l’île vers l’Angleterre et le reste du monde, un chemin de fer, véritable prouesse technique, fut percé à travers les montagnes vers Colombo. Aujourd’hui encore, toute la région vit au gré des aléas de l’industrie du thé… et fait le bonheur des amateurs du monde entier!

Une fois dans le bâtiment, on a vite été rejoindre plusieurs touristes qui attendaient dans une salle, un peu décontenancés. Après un certain temps, un vieux Sri Lankais bourru mais attachant est venu nous faire une présentation sur le thé. C’était très intéressant! Vous saviez par exemple que le thé est encore aujourd’hui toujours cueilli à la main, et qu’on ne récolte que 3 feuilles sur chaque nouvelle pousse de l’arbuste? Le vieux monsieur, qui imposait naturellement le respect avec son air sévère et sa voix puissante, prenait un plaisir évident à ponctuer son exposé de moments où il intimait fortement à certains membres du groupe de poser différentes actions : « Regarde ces feuilles de thé séchées! » « Sens le thé! » « Toi, passe la boite à ton voisin! » Haha! Il me faisait penser à l’un de mes profs de maths au secondaire, un vieil Arménien tonitruant qui enseignait à l’ancienne et qui envoyait allègrement valser la pédagogie moderne. Ses méthodes peu orthodoxes mais furieusement efficaces incluaient tout un arsenal de moqueries, de blagues non politiquement correctes et de remontrances à moitié sérieuses envers les étudiants, en particulier vis-à-vis de ceux qui étaient peu habiles avec les chiffres (comme votre serviteur, qui en a fait les frais à maintes reprises!). Eh bien, croyez-le ou non, c’était unanimement le professeur le plus apprécié et le plus respecté de l’école (et je m’inclus là-dedans). Pas un mince exploit face à des ados de secondaire 4 et 5! Notre guide sri lankais sortait exactement du même moule et était animé par la même passion profonde pour son métier. C’est probablement pour ça qu’on l’a tout de suite trouvé sympathique!

On a suivi ensuite notre nouvel ami pour une visite en profondeur de l’usine. La plupart des employés étaient déjà partis : ici, les quarts de travail commencent et finissent très tôt le matin, au moment où la chaleur est moins écrasante. En cette fin d’avant-midi, l’usine était presque déserte! Curieusement, les machines utilisées pour trier, sécher, filtrer et broyer les feuilles de thé étaient loin d’être des merveilles technologiques! En fait, beaucoup d’entre elles semblaient dater de la révolution industrielle… Apparemment, ce n’est pas par manque d’innovation dans l’industrie, c’est juste que ces machines répondent parfaitement et efficacement à ce qu’on attend d’eux, malgré leur allure vétuste! Vers la fin, les machines soulevaient énormément de poussière, et je devais faire des efforts surhumains pour éviter de contaminer les stocks de thé par mes éternuements!

Le tour finissait avec des dégustations de thé, versé sans ménagement par notre guide à l’air maussade. « C’est celui-là, le Earl Grey! Goûte!! » Haha! On a acheté quelques cadeaux puis on a admiré la vue depuis le balcon de l’usine. Un magnifique panorama de collines parsemées de champs de thé s’offrait à nous. Il y a décidément pire endroit pour vivre (et travailler)! Dans la file pour la caisse, on a fait la connaissance d’un jeune couple de Suisses francophones bien gentils. Puisqu’ils revenaient à Ella dans un minivan qu’ils avaient loué, ils nous ont offert de monter à bord. Ça ne se refuse pas! La fille nous a raconté qu’elle s’occupait de l’intégration des immigrants dans sa ville de Suisse, parmi lesquels figuraient de nombreux Sri lankais. Ce voyage était donc super intéressant pour elle, car ça lui permettait de mieux comprendre d’où venaient les nouveaux arrivants qu’elle accueillait toute l’année chez elle! On aurait bien passé un plus long moment avec eux, mais on les a quittés au croisement à Ella, sachant qu’ils poursuivaient leur route vers le sud du pays ce jour-là. Dommage! En tout cas, une bien belle rencontre!

Le temps d’avaler un Kottu Roti sur une terrasse et on était repartis pour faire un peu de randonnée. On a marché le long de la route pour atteindre le sentier de Little Adam’s Peak. Ça s’est révélé être une bien agréable excursion à travers les plantations de thé jusqu’au sommet d’une montagne dénudée. De là, on avait une vue superbe sur la route qui descendait vers Wallawaya ainsi que sur les collines, les forêts et les fabriques de thé. Rien de bien méchant!

En redescendant, on a discuté avec une famille française avant de quitter le sentier pour obliquer vers le luxueux 98 Acres Resort. Une publicité vantant le petit café de l’endroit avait attiré notre attention sur le sentier, et on avait décidément besoin de se rafraîchir dans la moiteur de cet après-midi. Bien attablés sur la terrasse, un serveur en uniforme est venu nous apporter nos Elephant Ginger Beers, alors qu’on admirait la vue sur Little Adam’s Peak. Bel endroit pour dormir à Ella en tout cas : les chics bungalows à flanc de montagne bénéficiaient tous d’une vue sur la vallée, et le resort possédait une piscine! En passant, vous aviez déjà bu des ginger beers? C’est mon patron qui m’avait fait découvrir ça il y a quelques mois dans un café de Beijing : d’origine anglaise, cette boisson pétillante non-alcoolisée au gingembre, à ne pas confondre avec le ginger ale, était apparemment commune auparavant au Canada. La version sri lankaise, bien désaltérante, a en tout cas conquis Marie-Pascale!

Après cette pause bien méritée, on est revenus vers la route où on a demandé notre chemin pour se rendre à la voie ferrée, via une petite allée dans les collines. Ce ne fût pas évident mais, quelque temps plus tard, voilà que nous marchions directement sur la track! Bon, on a déjà vu des comportements plus sécuritaires sur une voie ferrée, mais il faut savoir que c’est assez commun d’utiliser le chemin de fer comme route ici et les trains circulent très lentement! Et puis, on voulait aller contempler le fameux Nine Arches Bridge! Ce magnifique viaduc en pierre est sans contredit la plus belle réalisation que les ingénieurs coloniaux ont construit sur la voie ferrée qui va vers Colombo. Courbé, il enjambe une rivière à une bonne hauteur dans une gorge étroite à la végétation luxuriante, tout juste après un tunnel. Ça vaut le coup d’œil! La zone était évidemment remplie de touristes qui chillaient sur le pont en attendant de prendre la photo parfaite avec le train (qui s’en venait bientôt apparemment). Parmi le lot, assise sur le parapet du pont, il y avait l’inévitable nymphette au chandail très bedaine, au décolleté plongeant et aux fesses bombées, mitraillée de photos par ses amies dans une pose à la fois aguichante et faussement pensive. On imagine le tout destiné à une publication Instagram sulfureuse, ornée d’un slogan simili-profond en anglais (genre : « Sometimes you need to reconnect with nature to find your true self ») et suivie d’une trâlée de hashtags bidon (#NeverStopTraveling #Sunset #LivingTheDream #Namaste). Une belle mise en scène qui camoufle mal son désir de se montrer pour obtenir des likes! (MP : Hahaha wow, belle description François!)

Question de rendre l’utile à l’agréable, on est ensuite revenus en ville via la voie ferrée. Ce fut une très belle balade dans la jungle, avec de jolis points de vue sur la vallée. On cochait par contre sans vergogne toutes les cases de la fiche « vous êtes épais de vous promener sur le chemin de fer » : la voie était étroite, on passait par moments des tunnels et des ponts sans accotements, les tournants ne permettaient pas de voir à plus de 100 m si un train s’en venait, et on savait pertinemment que le train de la fin de la journée ne tarderait pas à passer. Mais tsé, pays en voie de développement = yolo côté sécurité, et c’est sous les regards indifférents des passagers qu’on a regardé passer le petit train en provenance de Colombo depuis un petit talus en bord de voie! (MP : Oui maman on était loin de la voie quand il est passé haha) On a profité de cet arrêt pour discuter avec un monsieur bien gentil qui voulait absolument nous montrer son jardin de légumes juste à côté (il était bien entretenu ce potager en tout cas, à défaut d’être réellement intéressant!)

De retour sans encombres à la gare d’Ella, on a salué les policiers (« Bonjour la police! ») qui nous ont répondu par un grand sourire. Quoi de plus normal que d’arriver à pied à la gare par la voie ferrée? On s’est ensuite perdus dans les petites routes de montagne d’Ella en tentant de trouver un raccourci. La nuit tombant, on a été souper aux chandelles sur la terrasse d’un mignon resto recommandé par l’ineffable Rose. Lequel a d’ailleurs fait une apparition surprise, en guidant d’autres touristes à cet endroit! Quel ne fut pas son plaisir de nous y voir attablés aussi haha!

Notre journée n’était pas terminée pour autant : après une brève douche à l’auberge, on repartait pour le « centre-ville » d’Ella. On se souvient en effet qu’on avait réservé un massage ayurvédique! Bon, ok, l’ayurvédisme est un concept de santé holistique hindou qui n’est pas vraiment natif du Sri Lanka, mais l’Inde n’est pas loin alors pourquoi pas? Première étape : choisir une huile essentielle parmi la panoplie offerte, toutes censées avoir des propriétés curatives. Euh… Celle-là? Ensuite, direction un petit local sans prétention avec deux tables couvertes d’une serviettes. Arrivent 2 femmes d’un certain âge, souriantes er baragouinant l’anglais, qui nous demandent de tout enlever sauf les sous-vêtements et partent la musique relaxante. Puis, on s’est étendus sur le ventre, côte à côte sur les tables dures, pendant que les 2 dames nous enduisaient généreusement d’huile partout – littéralement du cuir chevelu jusqu’à la plante des pieds. Je ne sais pas quel effet libérateur ce massage m’a fait mais, à mon grand déplaisir, je morvais comme un déchaîné dans la serviette! Au point où j’ai dû interrompre 2 fois le massage pour me moucher, sous les airs amusés des deux dames! Cela dit, l’huile d’eucalyptus qu’ils m’ont ensuite mis sur les pommettes et le massage subséquent du visage ont fait un très grand bien à mes sinus enrhumés!

« Finish! » ont éventuellement dit les deux madames, après près de deux heures à ramollir nos muscles de leurs mains expertes! « Don’t shower, wait tomorrow! » Ah bon? Ok! C’est donc détendus mais tout huileux – cheveux inclus – qu’on est revenus à l’auberge. Verdict? Agréable, mais un brin trop visqueux à mon goût!

À bientôt!

lundi 21 janvier 2019

Un safari à Uda Walawe


Jeudi 2 août

Salut! C’est encore et toujours François, qui vous guidera dans nos péripéties dans la savane! (MP : Un gros merci à mon merveilleux copain pour sa mémoire exceptionnelle de nos voyages et pour son dévouement pour le blog haha)

À 5h du matin, les yeux bouffis de sommeil, c’est dans une ambiance pâteuse qu’on a pris le thé et quelques gâteaux avec le couple de backpackers qui nous accompagnerait pour ce safari matinal. On ne faisait que grignoter dans la pénombre sachant qu’on allait déjeuner au retour de notre exploration du parc national, vers 10h. Pourquoi diantre fallait-il se lever si tôt pour cette activité? Parce que c’est le matin qui est le moment où les animaux sont le plus actifs, et qu’on aurait le plus de chances de les croiser. Évidemment, on aurait apprécié qu’ils soient le plus actifs vers 10-11h, mais que voulez-vous! Un touriste anonyme, croisé à San Pedro de Atacama lors de notre voyage au Chili en 2013, avait eu ces mots philosophiques en observant une publicité pour un tour guidé dans les environs pour lequel il était nécessaire de se lever aux aurores : « Peu de choses au monde valent la peine de se lever à 4h du matin ». Eh bien, disons que la promesse de voir de très près des éléphants faisait partie de ces peu de choses au monde!

On est rapidement partis dans la jeep et on a roulé à travers le village endormi vers le parc national d’Uda Walawe, alors qu’apparaissaient lentement de pâles rayons de soleil. Seuls les pauvres soldats qui gardaient le camp militaire (qui par ailleurs ressemblait davantage à un gros atelier de réparation de vieux véhicules) avaient vraiment l’air alertes! Dans la jeep, on était dans la benne à aire ouverte, où avaient été installés des bancs afin qu’on puisse confortablement voir les animaux. Après un pit stop dans un dépanneur pour acheter des biscuits, on s’est engagés sur le barrage qui délimite le lac de retenue autour duquel a été formé le parc en question. Et c’est là, alors que le soleil se levait, qu’on a vu notre premier éléphant! Notre chauffeur/guide, un jeune Sri Lankais affable, a cependant eu tôt fait de tempérer notre enthousiasme. « Il est toujours là » nous a-t-il dit, « il attend de l’autre côté de la grille que les gens le nourrissent. Il ne faut pas mais il est habitué maintenant, alors il broute l’herbe au bord de la route en espérant que quelqu’un vienne lui donner un petit quelque chose de plus! » Une belle illustration de la délicate cohabitation humains-animaux dans cette partie assez peuplée du Sri Lanka… Exemple tout aussi parlant, la présence de hautes clôtures anti-éléphants sur le bord de la route sur toute la longueur du parc national. Les éléphants sont des animaux intelligents, imposants et à l’appétit sans fond : imaginez les ravages qu’ils peuvent causer dans un champ de légumes (ainsi qu’au cultivateur qui tente de les en chasser!). Pour éviter ces confrontations inutiles (qui tuent malheureusement à chaque année encore quelques hommes et bêtes dans tout le pays), la clôture est un rempart nécessaire pour séparer le monde des humains de celui des éléphants!

C’est en arrivant au point d’accès au parc qu’on a réalisé que nous ne serions pas les seuls… En effet, il devait bien y avoir là une trentaine de jeeps! Comme on peut s’en douter, les safaris sont maintenant la business la plus lucrative en ville, alors bien des villageois ont décidé d’acheter un véhicule pour aller chercher leur part de la manne touristique. Sauf que plusieurs d’entre elles étaient à moitié vides… Il me semble que ça aurait été plus efficace de se coordonner entre voisins pour remplir une seule jeep avec des touristes logeant à plusieurs endroits… non? Tout le monde aurait été gagnant, et les frais auraient été divisés à plusieurs… En tout cas. Autre incongruité, la nécessité d’attendre très longtemps que notre guide aille acheter nos billets à l’accueil du parc. Évidemment, c’est sûr que c’est long quand tous les guides arrivent en même temps et se pointent tous ensemble à l’accueil pour acheter leurs billets! Ce ne serait pas possible de les acheter d’avance? Ça économiserait du temps à tout le monde… On jase là…

Enfin, billets en mains, il est environ 6h30 quand on pénètre dans le parc national! En termes de végétation, l’endroit ressemblait un peu au safari qu’on avait fait au Sénégal, baobabs en moins! On était dans la brousse sèche de la savane, sertie d’arbres épineux et de buissons bas, avec à l’horizon le massif imposant des Central Highlands. Un bien joli endroit!

Rapidement, les animaux se sont montrés le bout du museau et du bec. Il faut dire que le parc, bien que sauvage, n’est pas immense et que c’est un très bon endroit pour faire connaissance avec la faune locale. Côté oiseaux, on a vu beaucoup de paons et de nombreuses perruches verts fluo! Heureusement que notre guide aux yeux de lynx nous a pointé le caméléon en bord de route, car on ne l’aurait jamais aperçu sinon sur sa branche! Côté mammifères, on a été abondamment servis en matière de buffles, avant de tomber nez à nez avec les stars du parc : des éléphants! Cachés par les arbres broussailleux, il ne passaient néanmoins pas inaperçus. Bientôt, un petit embouteillage de jeeps encombrait la piste pour voir les pachydermes! Heureusement, ce fut à peu près le seul moment où on était nombreux au même endroit, les autres jeeps se perdant dans le labyrinthe de sentiers qui quadrillent le parc.

Puis, on a été téléportés en plein documentaire du National Geographic en arrivant à un point d’eau bien boueuse. Alors que les crocodiles se faisaient griller au soleil d’un côté de la mare, un troupeau de buffles s’approchait du lac de l’autre côté et commençait à s’y abreuver prudemment!... Alerté, un crocodile s’est immergé et s’est mis à nager silencieusement vers le troupeau. Il demeurait néanmoins à bonne distance des buffles, qui l’avaient évidemment à l’œil. Moment de tension… Allions-nous assister à une attaque foudroyante du crocodile sur un bufflon? Finalement, non : le crocodile, intimidé par le nombre de buffles, a préféré pour l’heure battre en retraite… Le troupeau a ensuite regagné la sécurité du boisé. Mais cette scène se rejoue assurément plusieurs fois par jour, avec des dénouements moins heureux pour les paisibles herbivores!

Dans une autre mare nous attendait un spectacle autrement plus attendrissant : un éléphant qui buvait et se lavait avec sa trompe! (cette fois, sans un public de gros lézards à l’affût). Inutile de vous dire que Marie-Pascale fondait littéralement de ravissement face à cette surdose de cuteness qu’inspirait ce gros bêta qui prenait un plaisir évident à s’asperger d’eau brune avec sa trompe! Puis, est arrivé le clou du safari : 2 éléphants ont traversé la piste tout juste devant notre jeep : une maman et son bébé! Ils ont pris leur temps et on a pu les observer longuement : c’était vraiment extraordinaire! Même le guide, qui n’en était pas à ses premiers pachydermes, semblait impressionné. « C’est rare qu’on voit ça! » nous a-t-il confié, « vous êtes très chanceux! »

Pour notre dernier arrêt, on débarquait du jeep pour s’aventurer à pied en plein dans le territoire des crocodiles. Une rivière opaque aux rives craquelées, entourée de part et d’autre d’une plaine de boue séchée et de quelques arbres morts, voilà l’habitat un peu sinistre (malgré le beau ciel bleu) que notre guide voulait qu’on explore pour y débusquer ces gros reptiles antipathiques. On s’est approchés jusqu’à la rive, où on a bien vu les crocos nager sournoisement dans l’eau et tenter (sans succès) de croquer les grues blanches qui picoraient la vase. Brrr…. On a marché un peu sur le bord - mais pas trop, juste au cas! -, on a pris une photo pour témoigner de notre courage, puis on est repartis! Bon, c’est vrai, les charmantes bêtes n’étaient pas très actives, mais les salties – comme on appelle cette variété de crocodile qui vit tout aussi bien dans la mer que dans l’eau douce – ne sont quand même pas à prendre à la légère!

Sur ce, on est revenus vers l’entrée du site et ce fut la fin de notre super safari! Enfin, pas tout à fait : sur le chemin du retour vers Silent Bungalow, on a revu notre premier éléphant sur le bord du réservoir. Cette fois par contre, l’appel de la nature a fait des siennes et on a eu une vue imprenable sur l’animal qui faisait ses besoins sans vergogne sous les regards amusés des touristes! Voir un éléphant qui défèque, check!… Enfin…

On a pris un bon déjeuner au Silent Bungalow puis le proprio nous a gentiment déposé à l’arrêt de bus, où on a dit au revoir aux backpackers qui nous avaient accompagnés lors du safari. Un bien bel arrêt animalier en tout cas! Prochaine étape : la station de montagne d’Ella! Mais d’abord, évidemment, un changement de bus dans un autre ville quelconque (mais au nom plus facilement prononçable cette fois) : Wellawaya. Évidemment, une fois là-bas, un chauffeur de tuk-tuk a déployé les astuces habituelles pour nous convaincre de monter avec lui (« Il n’y a pas de bus avant la fin de la journée! Ça prend 3h en bus! ») mais on a résisté à ses chants de sirène. De manière prévisible, il y avait un bus 15 minutes après notre arrivée et le trajet ne durait qu’une heure… J

De Wellawaya, on quittait les plaines pour s’attaquer au Central Highlands, les montagnes qui forment le cœur du Sri Lanka. Rapidement, la route s’est mise à grimper, il a plu et la température s’est mise à baisser. Les paysages sont vite devenus spectaculaires, sachant que la route serrait de près le flanc des montagnes, le tout dans un cadre luxuriant! Notre bus a gravi non sans peine les pentes accidentées, croisant au passage des bandes de singes dans les arbres et les jolies Rawana Ella Falls où des gens se baignaient dans le bassin au bas des chutes (malgré de gros panneaux l’interdisant). Enfin, on est arrivés à Ella en milieu d’après-midi.

Pour la décrire rapidement, Ella est grosso modo un croisement de route de montagne ayant pris des proportions démesurées en raison du tourisme backpack de masse! À l’origine une station de montagne secondaire où les colons britanniques exploitaient des champs de thé, Ella est devenue une Mecque touristique en raison des beaux paysages qui l’entourent. Résultat : on y trouve énormément de pensions, de restos et de bars pour backpackers, les touristes sont partout et il y a bien longtemps que le petit village anonyme et tranquille s’est métamorphosé en Disneyland du hiking! Nous qui avions entendus de bons commentaires au sujet de cet endroit, voilà qui nous a un peu refroidis en descendant du bus…

On a cherché longtemps une auberge mais, cette fois, tout était plein… Ella étant faite en pente, disons qu’on suait pas mal à force de monter et descendre les rues sous le gros soleil!… Finalement, on a fini par trouver une chambre libre dans une maison bleue un peu en retrait du carnaval du centre-ville. On a été récompensés pour notre patience par notre rencontre avec Rose, notre hôte, un gars d’une vingtaine d’années absolument charmant qui nous a énormément aidé à organiser tout plein de choses! Oui, Rose, c’est un nom étonnant pour un gars, ça nous a surpris aussi haha! Tsé dans la vie, il y a des gens qui ne sont pas bons dans le service client, d’autres qui sont corrects, et quelques personnes exceptionnelles qui pourraient vendre sans problème du sable au Sahara. Eh bien, Rose entrait dans la dernière catégorie! C’est difficile à expliquer, mais il mettait immédiatement en confiance, probablement en raison de son souci sincère de nous aider, de sa proactivité, de son désir de ne pas être gossant et de son évident enthousiasme à faire son travail!

Avec tout ça, il était rendu assez tard en PM! On n’avait pas encore dîné alors on s’est pris un snack bien satisfaisant de kottu roti au centre-ville, puis on a exploré le village. Notre premier arrêt fût la gare ferroviaire, dont on dit qu’elle la mieux entretenue au pays. Tant mieux si c’est bien le cas, mais en tout cas c’est certainement un mignon bâtiment hérité du passé colonial du Sri Lanka, sis sur une colline qui surplombe la petite ville. Notre objectif était de réserver des billets de train à une heure décente dans 2 jours, pour ce qui est universellement décrit comme l’un des trajets de train les plus impressionnants au monde : le tronçon Ella-Nuwara Eliyah-Kandy. Or, nous n’étions pas seuls à vouloir faire ce trajet. Tout était déjà pas mal plein! Et pas moyen d’avoir des places dans le wagon spécial d’observation (avec de grandes fenêtres), pour lequel il fallait réserver des mois d’avance! Bon… alors on partira le 4 août en matinée, avec en mains des tickets 2e classe achetés le jour même, en espérant trouver un endroit où s’asseoir!

Comme Ella n’est pas très étendue, une fois notre passage à la gare terminé, on avait déjà pas mal fait le tour. Quoi de mieux alors que de faire une pause pour observer une partie de cricket? Du haut de la butte, on avait une vue imprenable sur ce sport aux règles décidément incompréhensibles. On a pu en tout cas en discuter avec une famille britannique passionnée par ce sport étrange, dont le plus jeune fils faisait partie d’une équipe de cricket en Angleterre! Ce qui est sûr, c’est qu’à Ella comme à Galle, les balles manquaient ici aussi de briser des fenêtres, de détruire les autos et d’assommer les piétons!

La nuit tombait et il était temps de manger. Direction Matey Hut, une minuscule cabane  près du pont de chemin de fer! Le Lonely Planet chantait les louanges de ce shack sans prétention où dix personnes tout au plus pouvaient manger en même temps. Sans farce, les gens faisaient la file dehors! En tout cas, on n’a pas été déçus! On y a savouré de délicieux rice and curry à la mangue avec de bons jus de fruit. Sérieusement, depuis le début, la cuisine sri lankaise est décidément un hit pour nous : rares sont les moments où on n’a pas apprécié les plats!

De retour à notre auberge, le toujours avenant Rose nous a demandé si on voulait essayer un massage ayurvédique en ville tant qu’à être de passage. Pourquoi pas demain soir? « Viens, je vais te montrer c’est où, tu vas pouvoir jaser avec le proprio, c’est un ami! » Sans faire ni une ni deux, il me faisait monter sur sa mobylette pour qu’on aille ensemble voir l’endroit en question. Il m’a jasé ça tout le long en saluant tout le monde, car il semblait apparemment connaître le village en entier. L’endroit avait l’air bien, le prix correct, et on a donc convenu qu’on reviendrait le lendemain après notre journée de rando!

Une fois couché, impossible de m’endormir. D’une part, des lumières extérieures vraiment crues éclairaient toute la chambre et, d’autre part, les chiens du voisinage  jappaient de façon incessante! J’avais beau avoir mon cache-soleil et mes bouchons, rien n’y faisait. Il faut dire que je commençais à être bien enrhumé, ce qui n’aidait pas non plus (le rhume en voyage, un grand classique!) Finalement, en pleine nuit, je n’en pouvais plus et je suis sorti en pyjama à l’extérieur essayer tous les interrupteurs (il devait bien y en avoir une vingtaine répartis un peu partout autour du bâtiment) avant de finalement trouver celle qui éteignait les infâmes spots braqués sur notre chambre. Enfin!! À peu près en même temps, les chiens ont tous arrêté de japper et j’ai pu dormir en reniflant sereinement pour le reste de la nuit!

À bientôt!

mardi 15 janvier 2019

Tangalle et route vers Uda Walawe

Mardi 31 juillet et mercredi 1er août

Rebonjour!

La suite de notre séjour sur les plages de Tangalle a été à la hauteur de nos attentes pour ce genre de vacances, c’est-à-dire assez relaxant! Après un réveil tardif dans notre bungalow, on a déjeuné les pieds dans le sable en regardant les vagues s’abattre sur la plage. Je pensais bien faire en me commandant un café, mais j’ai vite déchanté en goûtant l’eau de vaisselle qu’on m’a servie! Note à tous ceux qui pensent aller au Sri Lanka un jour : dans un pays où le thé est roi, ne buvez pas de café!!

L’une de nos activités favorites lorsqu’on est à la plage est de prendre de longues marches sur la grève. Disons qu’on a été servis! On est d’abord partis se promener vers l'est, où il n’y avait plus de resorts ni de maisons (ni âme qui vive) sur des kilomètres. C’était tout simplement paradisiaque : rien ni personne sauf des palmiers et des vagues, quelques crabes... et un groupe de singes dans les arbres! On aurait bien voulu se baigner mais  les vagues atteignaient des proportions épiques et on nous avait bien mis en garde contre les forts courants. D’ailleurs, on a pu bien constater aux premières loges à quel point les vagues étaient puissantes et sournoises! En effet, il n’y a pas que le premier rouleau qui s’abat : suit quelques secondes plus tard une 2e vague moins impressionnante mais au tirant quasiment tout aussi important! Et il y a aussi les vagues de côté, qui résultent des deux premières et qui ramassent tout sur la plage en finissant par se rejoindre au milieu! Gare à celui qui se trouve à cette jonction, il risque d’être bien éclaboussé! Bref, on a eu pas mal de fun à jouer là-dedans et on s’est retrouvés mouillés plus souvent qu’à notre tour par les rouleaux imprévisibles!

On est revenus manger un steak de thon au resort à côté du nôtre, puis on a marché de l'autre côté de la plage vers le village. Il y avait vraiment plus d'habitations et de monde, c’était un peu moins agréable et on s’est félicités d’avoir choisi d’habiter tout au bout de plage! On s’est fait sauter dessus par un chien trop enthousiaste qui a griffé Mémé, puis on est revenus progressivement vers les Mangrove Cabanas. En chemin, on s’est fait offrir de la drogue par des gars un peu weird puis le ciel a pris une teinte apocalyptique avant de déverser un déluge sur nous. Heureusement, on était arrivés devant un endroit plus abrité de la côté, où les vagues se cassaient sur des rochers avant d’arriver à la plage. On a donc pu se baigner là pendant qu’il pleuvait, en profitant de l’eau chaude de l’océan Indien et des grosses vagues!

Avec tout ça, on était déjà en fin d’après-midi. Le beau temps étant revenu, on a donc lu tranquillement sur la plage en sirotant des spécialités locales : moi, un drink au Old Arrack (l’alcool fort sri lankais, pas si mauvais) et Marie-Pascale un smoothie au fruits qui goûtait bizarrement la sauce alfredo. (MP : Ça aurait été bon sur des pâtes, mais franchement bizarre voire désagréable dans un verre…) On a soupé peu de temps après d’un excellent curry végétarien avec une délicieuse mixture de coco pour accompagner le tout. (MP : Mais encore trop piquant haha!) Puis la journée s’est achevée en regardant les étoiles… et en me rendant compte que j’avais des coups de soleil un peu partout. Bravo François!  (MP : Dont un particulièrement épique derrière le bras droit, qui paraît encore en janvier 2019…)

Le lendemain, on a déjeuné au resort d'à côté question de changer un peu: Mémé-la-téméraire a pris un müesli de curd (yogourt de buffle), qui était au final assez bon! On est ensuite retournés se baigner, sous la pluie encore une fois! On était en effet dans la saison des moussons, ce qui se traduisait par de la pluie intense au moins une fois par jour! Cette fois, les vagues étaient moins grosses en raison de la marée basse, mais c’était agréable quand même. Puis, on a fait une longue marche jusqu'au bout de la plage côté sauvage. On s’est rendus jusqu’à la pointe qui en marque la fin : aller-retour, ça a bien dû nous prendre deux heures! Deux heures de marche dans un éden tropical, c’était parfait! Cette fois, pas de singes mais de gros iguanes qui ont détalé quand ils nous ont vu, en détruisant les falaises de sable de la plage ! Il y a de gros problèmes d’érosion des plages au Sri Lanka en raison de la construction anarchique sur les côtes, mais l’action de ces gros lézards ne devait pas beaucoup aider non plus! Sur la pointe, on a jasé un moment à une famille hollandaise qui venait de l’autre côté (les seules personnes qu’on a croisées dans notre randonnée!) puis on est revenus vers notre resort car l’estomac de Marie-Pascale criait à nouveau famine (et l’expérience montre qu’il importe de réagir vite quand cette situation se présente!). (MP : Ça a été super long revenir, je me remets à peine de ce moment de jeûne haha 😉 )

Après de délicieux deviled chicken, on a vidé notre bungalow, repris notre lavage qui séchait tant bien que mal sur l’ingénieuse corde à linge patentée par Mémé, et on a repris la route, encore tout alanguis par ce séjour relaxant en bord de mer! Vraiment, on vous recommande chaudement de faire un tour au Mangrove Cabanas à Tangalle si vous passez au Sri Lanka, vous ne le regretterez pas! Décidément un coup de cœur de ce voyage!

Une fois sortis du dédale de petites avenues de terre battue, on est revenus sur la grande route où on a attendu l’autobus. Notre objectif, en ce milieu d’après-midi, était de se rendre au village de Uda Walawe avant la tombée de la nuit. Par contre, pour s’y rendre, on devait d’abord prendre un bus pour Embilipitiya, une ville sans grand intérêt au nom impossible à prononcer (en tout cas pour moi! Je me trompais systématiquement quand j’indiquais aux gens où on se rendait!) La route était belle, à travers villages, rizières, plantations et petites forêts. C’est définitivement un beau pays, le Sri Lanka!

À Embilipitiya, on a marché un peu hors de la frénésie de la gare routière pour sortir de l’argent et pour acheter quelques collations. On a ainsi gouté aux délicieux beignets salés et samosas aux dahls vendus par un vieux monsieur qui a fait le tour des kiosques pour nous trouver du change (on avait juste de gros billets!). Puis, on a bien sué en attendant que notre bus ne parte vers Uda Walawe, à 1h de là.

On cherchait à aller dormir à Uda Walawe dans une auberge chaudement recommandée par le Lonely Planet, un endroit appelé Silent Bungalow, d’où on pourrait organiser notre safari pour le lendemain. Comme d’habitude, les informations du guide pour s’y rendre n’était cependant pas très claires : en une ligne, ça disait que l’auberge était située « derrière le camp militaire ». Euh… OK. On a donc fait ce qu’on fait de mieux dans ce genre de situation et on a demandé à un passager du bus de nous indiquer où descendre. En moins de deux, tout le bus – chauffeur inclus - tentait de nous aider et, finalement, on a suivi une gentille madame avec son enfant qui revenait chez elle et qui nous a conduit à Silent Bungalow. Heureusement, car ce n’était pas si évident à trouver haha! L’endroit était super par contre : une belle villa entourée d’une végétation luxuriante, pratiquement en pleine jungle (et situé effectivement derrière un camp militaire, de manière assez surprenante)!

Dans ce voyage, on y avait été pas mal yolo en matière de réservations d’hébergement, et on commençait à le regretter pour Uda Walawe car tout le monde nous disait que les pensions se remplissaient rapidement. Heureusement pour nous, notre bonne étoile a fait en sorte qu’il restait une seule chambre à Silent Bungalow! Ouf! Pas d’air climatisé mais au moins un ventilateur pour nous aider à supporter la moiteur étouffante des plaines sri lankaises. Et, bizarrement, des photos de famille et des trophées derrière une bâche dans notre chambre particulièrement sommaire. On n’a pas trop compris mais bon!

Pour souper, nos hôtes nous ont servi un spectaculaire repas de rice and curry! On a mangé beaucoup trop en compagnie des autres pensionnaires de l’endroit, surtout des backpackers mais aussi une petite famille. (MP : OMG c’était extraordinaire comme souper!) On a pu ensuite booker notre safari, en enrôlant deux autres backpackers dans la jeep qui allait nous emmener voir les éléphants le lendemain. En attendant par contre, on est partis se coucher, sachant qu’on allait se lever aux aurores – départ à 5h AM – dans quelques heures!

Éléphants, buffles et crocodiles dans un prochain billet de blogue!

dimanche 13 janvier 2019

En route vers Tangalla


Lundi 30 juillet

Hello!

Il faisait toujours aussi beau ce matin-là, ce qui nous a permis de déjeuner tranquillement sur le petit balcon! Il faut dire que la salle à manger avait été réquisitionnée par le groupe de mamies chinoises en voyage et que le couple de grands-parents regardait d’un air incertain (« ils parlent fort! »). Au menu, à nouveau un déjeuner sri lankais, avec des « hoppers » cette fois (des genre de crêpes avec des œufs) et des galettes de lentilles piquantes. Et bien sûr, du thé avec un nuage de lait!

Rassasiés, on a fait nos adieux à l’auberge et on est sortis de la vieille ville pour se rendre à la chaotique gare de bus. Objectifs de la journée : se rendre ultimement à la plage de Tangalla, à quelques heures de là. Mais avant, direction Unawatuna!

Après un court trajet de bus bondé (et chaud, car les bus ne sont pas climatisés), on a fini par débarquer un quart d’heure plus tard à Unawatuna, une petite station balnéaire de l’autre côté de la baie de Galle. C’était l’affluence en sortant : il y avait plein de monde dans la rue! Cela dit, c’était surtout affreusement bruyant! En effet, pour une raison mystérieuse, des hauts-parleurs diffusaient partout en ville une mélopée de style « muezzin », et ce, sans interruption! On a fini par apprendre que c’était une fête bouddhiste, ce qui expliquait à la fois la foule et les chants religieux un peu désagréables!
On s’est arrêtés pour acheter de l’eau dans une boutique. « 80 roupies » nous a dit le vieux proprio, avant de partir. Le temps que je sorte mon argent, il avait été remplacé par un homme plus jeune, probablement le fils du premier. « Vous voulez quoi? » de nous demander celui-ci, qui n’avait visiblement pas entendu notre premier échange. « Euh… une bouteille d’eau SVP. » « 100 roupies ». « Ah? Mais on vient de nous dire que c’était 80? » Sur les entrefaits, le père était revenu dans la boutique et regardait son fils d’un air sévère. « Oh, il a dit 80, OK, OK » de répondre le fils d’un air contrit en croisant le regard de son père. C’était cocasse!

Unawatuna est une ville de plage, avec des gros resorts tassés l’un contre l’autre : bref, précisément ce que l’on n’aime pas! Nous étions ici dans un autre but : se rendre à pied à Jungle Beach, une plage plus privée de l’autre côté d’une petite colline. À défaut d’être bien indiquée, la randonnée à l’aller était très agréable, le long de petites routes puis de sentiers qui s’enfonçaient dans la jungle avant d’aboutir sur la côte. Il faisait très chaud avec nos sacs par contre! On était d’ailleurs ravis d’arriver à un cap rocheux où soufflait un bon vent! On avait un très beau point de vue à cet endroit sur Galle, juste en face, et sur l’océan dont les grosses vagues venaient se briser sur les rochers à cet endroit! De là, il n’y avait que 5 minutes à faire jusqu’à Jungle Beach, où on a fait une pause. L’endroit était bien sans être extraordinaire, mais c’est plus le chemin qui valait la peine que la destination!

Sur le chemin du retour, on s’est d’abord arrêté à une pagode un peu spéciale. D’une blancheur immaculée, elle avait été bâtie il y a une dizaine d’années par une ONG bouddhiste japonaise qui se spécialise dans la construction de monuments religieux dans des zones de guerre, pour en appeler à la paix. Celle-ci se veut aussi un monument aux morts du tsunami de 2004. On a ensuite suivi la route (une autre que celle de l’aller) pour revenir jusqu’à ce que… ben… l’étroit chemin s’arrête subitement en pleine jungle. Bon. On fait quoi, on rebrousse chemin?  Il devait bien y avoir moyen de passer! On a demandé à une dame qui vivait dans la maison voisine comment faire pour revenir à Unawatuna et elle nous a tout simplement dit de couper par le sentier qui courrait sur le terrain voisin. On a abouti comme ça de sentier en sentier et de cabane en petite maison; à chaque fois des Sri lankais nous indiquaient le chemin (« Yes sir, this is the way to Unawatuna! ») Au détour d’une petite gorge de ce qui devait être un ruisseau en période de crue, on a vu nos premiers monstres préhistoriques : d’immenses iguanes qui détalaient dans les sous-bois dès qu’ils nous voyaient!

Au final, le retour par les petits sentiers de la jungle fut encore plus agréable que l’aller! Par contre, on allait bien se liquéfier tellement on avait chaud sous le soleil de midi, dans un milieu humide et sans vent comme ça! C’est pour ça que, dès notre retour triomphal à Unawatuna, on en a profité pour s’asseoir et recharger nos batteries (boire et manger) dans un petit resto. Les nouilles et le nasigoreng (un plat indonésien de riz frit assez commun au Sri Lanka) étaient bien bons et parvenaient presque à effacer le vacarme que faisait encore et toujours le muezzin bouddhiste en arrière-plan!

De retour à la grande route, on a ensuite flaggé un bus vers Tangalla, où on espérait arriver vers la fin de la journée. Le bus était tellement plein qu’on a dû rester debout un bon moment, tout en se régalant de vidéoclips de musique indienne avec le volume à fond! Je pense que ça vaut la peine qu’on vous parle des bus car, ici, à défaut d’être confortables, ils en mettent assurément plein la vue! Énormes télévisions avec DVD jouant des concerts de musique indienne en boucle, néons multicolores, peinture criarde, inscriptions stylisées, autels et représentations de Bouddha lumineuses… rien n’est trop beau pour les chauffeurs qui, décidément, mettent beaucoup d’amour pour faire de leurs vieux autobus manuels des œuvres d’art! Et une fois sur la route, bienvenue au Far West : les chauffeurs roulent à toute vitesse en jouant du klaxon (modifié) à tout vent et en dépassant dans les pires moments en flashant leurs lumières! On a déjà vécu ça ailleurs alors on connait la musique, mais disons que ce n’est pas de tout repos haha!

On a roulé comme ça pendant un bon moment, en s’arrêtant à chaque petit village de plage. La côte est ici parsemée de plages superbes! Au bout d’un certain temps, une place s’est libérée et Mémé est allée s’y asseoir. Pas de chance, le monsieur juste à côté d’elle s’est mis à vomir dans un sac, suivi peu après par son petit-fils! Disons qu’elle a finalement choisi de se relever (MP : Juste assez longtemps après qu’ils aient vomi pour que ce ne soit pas impoli, mais le moment où des petites gouttes de vomi sortaient de son sac plastique mince et coulaient sur la chemise du papi a été un bon déclencheur pour mon mouvement vers ailleurs…!)

Enfin, 2h30 plus tard, le chauffeur nous débarquait entre deux rizières au milieu de rien, un peu passé le village de Tangalla. Mes oreilles ont immédiatement apprécié le calme (relatif) de la grande route, après avoir été surstimulées par de la musique indienne pendant si longtemps!

Rendus là, on avait une vague idée de la manière par laquelle on devait se rendre vers le petit resort qu’on avait réservé pour les 2 prochaines nuits. Heureusement, Marie-Pascale « organisation » Messier Harbec avait sauvegardé la carte des chemins de terre sur son Ipad et on a donc pu trouver notre chemin dans le dédale de petites allées pour se rendre! Évidemment, rien n’était indiqué ou à peu près, mais, tout au bout, après une mangrove, se trouvait bel et bien notre resort : le bien-nommé Mangrove Cabanas!

Et quel resort! On avait notre propre petit bungalow dans le jardin, à deux pas de la mer! Le resto, à aire ouverte, donnait directement sur la plage, où venaient s’échouer dans un fracas apaisant des vagues énormes. Mais le plus beau dans tout ça, c’est qu’on était tout au bout de la section habitée de l’immense plage de Tangalla! C’est-à-dire qu’à notre gauche, pour des kilomètres, il n’y avait rien ni personne, hormis des palmiers, du sable et des vagues! Tsé le paradis tropical qu’on s’imagine, loin des foules? Ben on y était!

Une fois installés dans cet endroit hyper invitant, le gentil proprio nous a offert des jus de fruits de bienvenue, qu’on a siroté alors que le jour tombait. Il y a pire quand même! On a soupé en amoureux sur place, à la lumière de la chandelle. Seuls nous ont interrompus les silences un peu malaisants du proprio lorsqu’il nous posait des questions et les gémissements de Mémé lorsqu’elle a découvert que son deviled chicken était vraiment très, très piquant! Haha! (MP : J’ai failli mourir !! Haha non je suis juste moumoune. J’avais demandé « not spicy » en plus…)

On a terminé la soirée en s’allongeant sur une chaise longue pour regarder les étoiles, tout seuls sur la plage. Enfin, on était presque seuls si on exclut les bernard-l’hermites qui tentaient gauchement de se mouvoir sur le sable! La belle vie!

À bientôt!

jeudi 10 janvier 2019

Galle


Dimanche 29 juillet

Salut! C’est toujours François!

Levés de bonne heure le lendemain, on avait demandé à la réception de nous servir un déjeuner sri lankais. Verdict : en fait, c’était essentiellement un genre de rice and curry, avec quelques ajouts étranges… comme des petits poissons entiers marinés?!?! Non, ça, décidément, ça ne passe pas le matin!!

Le plan ce matin était de se rendre en tuk-tuk à la gare de Fort pour prendre le train de 8h30 vers Galle, dans le sud du pays. Comme on n’avait pas de billets et que c’était premier arrivé, premier servi, on nous avait conseillé d’arriver environ 45 minutes d’avance. Il était donc tôt ce matin-là et il nous restait une seule chose à faire avant de partir : payer notre chambre. Vous vous souvenez que, la veille, on avait laisser aller les choses à la recommandation du staff de l’hôtel et accepté de payer le lendemain? Eh ben, on l’a bien regretté ce matin-là! Disons simplement que la loi de Murphy s’est appliquée dans toute sa splendeur! D’abord, il n’y avait personne à la réception, hormis le gars qui nous avait servi le déjeuner. Ce dernier a dû aller cogner à la chambre de la proprio – qui seule s’occupait des comptes –, mais celle-ci prenait sa (longue) douche pendant qu’on attendait en bas… Quand elle est enfin arrivée, son ordinateur a mis une éternité à s’ouvrir, puis son logiciel de paiement a planté… L’enfer! Au final, on a dû patienter au moins une demi-heure juste pour ça! Ahlalala!

Heureusement, le trajet en tuk-tuk vers la gare s’est fait rondement, et on est arrivés une vingtaine de minutes avant le départ du train. Par chance pour nous, il restait des billets! Sur le quai, on s’est fait aborder par un gars qui a entamé une conversation amicale avec nous… laquelle s’est, de façon prévisible, transformée en offre commerciale, ce dernier nous proposant ses services de guide. Un classique! Puis, le train est finalement arrivé!

On était en droit de croire que, logiquement, le train serait vide : après tout, on partait tôt le matin de la ville la plus importante du pays vers le sud, où se terminait la ligne. Que nenni. Les wagons de 2e classe étaient plutôt archi bondés quand on a essayé d’y pénétrer! D’où venaient tous ces gens, Dieu seul le sait, mais toujours est-il qu’on a dû se rabattre sur un espace debout dans l'entre deux wagons pour l’entièreté du trajet de quatre heures!  À nos côtés, deux Allemandes de mon âge en voyage au Sri Lanka, à qui on a parlé pendant un bout!

Et c’était parti pour un superbe trajet en bord de mer! En effet, la voie ferrée a littéralement été bâtie à quelques centaines de mètres, voire moins, de l’océan! L’avantage de notre situation autrement un peu inconfortable était qu’on était face aux portes du wagon, lesquelles demeurent en tout temps ouvertes dans les trains sri lankais! Rien de bien sécuritaire évidemment, mais ce l’était suffisamment pour qu’éventuellement on s’enhardisse et qu’on fasse comme les gens de la place : s’asseoir dans l’espace de la porte, les pieds sur la marche. Quelle sensation grisante que de sentir le vent fouetter son visage alors que les paysages défilent, et de faire quelque chose qui serait CLAIREMENT interdit n’importe où en Occident (et en Chine, d’ailleurs!) En même temps, le train devait rouler à 25 km/h max, alors bon ce n’était pas si pire… Grosse différence de vitesse d’ailleurs, en comparaison avec les TGV chinois!

Le temps a étonnement passé vite dans ce trajet de train qui, à défaut d’être agréable physiquement, l’était certainement mentalement. De temps à autre, quelques évènements interrompaient la linéarité du moment, de la même façon que les gares égrenées le long de la voie arrêtaient le train de temps à autre. Par exemple, la vue d’un éléphant attaché sous une maison (je vous jure que c’est vrai!!) ou la visite régulière des vendeurs de snacks. Ces derniers proposent des mets bien exotiques pour un Québécois, comme des paniers pleins de wade, des boules de lentilles relevées et épicées servies dans des feuilles recyclées (par recyclées, comprendre « le devoir de maths de mon fils il y a 3 semaines »)! On en a mangé plus tard au cours du voyage et c’est très bon! On est par contre devenus gênés quand un touriste a tenté d’en acheté pour 20 roupies au lieu de 30 (moins de 25 cents)… Come on dude, tu t’obstines pour 4 cents! Ça ne vaut rien pour toi et c’est beaucoup pour le vendeur!

Enfin, vers l’heure du midi, on est arrivés à Galle. Si vous trouvez que cette ville a un drôle de nom, ne vous en faites pas, nous aussi. À noter que ça se prononce GÂ-lle plutôt que Galle à la française, ce qui est un peu moins pire!

Pourquoi Galle? Eh bien, parce que cette ville est au Sri Lanka ce que la ville de Québec est au Québec : un magnifique exemple d’une cité coloniale fortifiée bien préservée. Bon, il fait légèrement plus chaud à Galle, il y a plus de palmiers, c’est face à la mer, la ville a été fondée par les Hollandais et c’est nettement moins accidenté que Québec, mais sinon c’est pareil! J

On est donc entrés dans la vieille ville par la grande porte sous les remparts afin de trouver un endroit où dormir. Après quelques essais infructueux, on s’est trouvés une chambre dans une guesthouse où on a été accueillis par un couple de grands-parents sri lankais vraiment cutes! Une fois bien installés, on est partis à la découverte de Galle sous un chaud soleil.

Premier constat : la vieille ville a indéniablement un charme sournois, un peu indolent, une impression renforcée par ses invitantes allées de pierres, ses jolies maisons blanchies à la chaux, ses fleurs omniprésentes et sa végétation tropicale, sur fond d’océan azur. En fait, ça ressemble un peu à Cartagena, en Colombie, comme ambiance! En tout cas, ce n’est vraiment pas difficile de voir pourquoi c’est un must de tout itinéraire touristique au sud du Sri Lanka! Évidemment, la contrepartie de tout ça (comme à Québec, encore une fois), c’est qu’une bonne partie du centre est désormais envahi par les boutiques pour touristes, lesquels déambulent par ailleurs en grand nombre dans les rues. Ça enlève un peu de charme mais l’endroit demeure très agréable tout de même. Heureusement, notre auberge était située un peu en retrait de la cohue, entre un temple bouddhiste et un parc où les habitants du coin s’exerçaient au cricket, le sport national. En se baladant, on a d’abord fait un arrêt dans un petit kiosque pour y boire un bon bubble tea, avant d’attaquer un extraordinaire rice and curry quelques mètres plus loin. L’assiette pour deux venait avec 10 différents plats de curry végétariens et de viande, tous plus goûteux les uns que les autres : un véritable délice!

Repus, on a d’abord visité le temple bouddhiste près de notre auberge. Tout le monde sait que le bouddhisme tire son origine de l’Inde, mais cette religion est désormais tellement associée à l’Asie de l’Est que l’on s’imagine bien plus facilement ce genre de lieu à la sauce chinoise. Pas de ça ici : ce sont bien davantage les influences hindoues qui paraissaient dans ce temple, par ailleurs très simple et ornées de fresques où le style indien était évident. Ah, et on doit enlever ses chaussures dans les temples ici, comme au Japon!

Par la suite, on s’est lancés dans l’exploration de Galle: ses remparts, ses vieux bâtiments et églises, ses portes imposantes, son phare colonial, sa plage… Une superbe balade dans ces lieux chargés d’histoire. Il faut s’imaginer en regardant l’architecture autour de soi ce qu’a pu être le quotidien d’un soldat hollandais ou anglais affecté à ce poste de traite reculé de l’empire, dans une contrée plus ou moins hostile… Parlant de plage, soit dit en passant, les femmes sri lankaises se baignent entièrement habillées ici. Il faut dire que c’est quand même un pays profondément religieux, aux mœurs assez conservatrices…

Je vous parlais de cricket un peu plus tôt, ce sport étrange dont toute l’Asie du Sud (et d’autres places bizarres comme le Guyana et le Royaume-Uni) sont friands. Lors de l’une de nos pauses sur une jolie place de la vieille ville, on a eu l’occasion de voir deux équipes s’affronter à la bonne franquette, c’est-à-dire sans aucun équipement et à un emplacement où le risque de briser une vitre patrimoniale ou d’assommer un passant avec la balle était bien réel! Même si on ne comprenait strictement rien, c’était intéressant à regarder! Pour vous résumer ce qu’on a saisi, en gros, ça ressemble un peu au baseball : un lanceur lance une balle dure à un batteur qui doit l’envoyer le plus loin possible sans qu’elle ne soit attrapée par l’autre équipe. Les joueurs ont droit à un certain nombre d’essais avant d’être retirés et avant que les équipes ne changent de rôle. En tout cas, il y a une vraie ferveur autour de ça ici!

Après un moment, on a quitté la vieille ville pour aller voir ce qu’il y avait à l’extérieur des murailles. C’est ainsi qu’on a pu visiter le vieux marché hollandais pittoresque, avec ses grappes de fruits colorés et ses épices, ainsi qu’un autre joli marché aux légumes. Et c’est aussi comme ça qu’on est tombés sur un autre de ces arnaqueurs… Cette fois, il a commencé par jouer sur les sentiments : « Oh vous êtes Canadiens, le Canada nous a beaucoup aidé lors du tsunami de 2004! » Pour ceux qui s’en souviennent, le Sri Lanka avait été particulièrement touché par cette catastrophe dévastatrice qui avait tué des centaines de milliers de personnes sur tout le pourtour de l’océan Indien. Toujours est-il que le gars en question insistait beaucoup pour nous emmener à un supposé marché d'épices... On a usé de mille astuces pour s’en débarrasser poliment. Finalement, il a dû se rendre compte que ça ne marcherait pas avec nous et a joué cartes sur tables : est-ce qu’on ne pourrait pas lui acheter du lait pour bébé et d’autres accessoires semblables? Il connaissait un endroit où ce n’était pas cher… Ah, l’art de susciter la culpabilité… Pas de chance, on connaissait déjà cet air-là et on se l’était fait servir trop souvent pour que ce soit vrai… On lui a souhaité bonne chance et on l’a laissé en plan. Mais ce n’est jamais facile à faire…

Cet épisode nous a à tout le moins permis de nous rapprocher de la mer à force de marcher, et on a déambulé le long du boardwalk où s’échouaient d’énormes vagues qui arrosaient le trottoir par moments. On peut avec horreur imaginer ce que ça a pu être quand le tsunami s’est abattu ici… Pour l’heure, heureusement, l’eau de mer était bien innocente et faisait le bonheur des gros crabes cachés dans les anfractuosités du ciment.

De retour à la vieille ville de Galle, le jour tombait. Timing parfait pour aller regarder le coucher de soleil sur les remparts face à la mer, en grignotant des snacks locaux! On s’est confortablement installés face au soleil, avec la brise de mer en guise de ventilateur, et on s’est dit que la vie n’était pas trop mal ! Évidemment, nous n’étions pas les seuls à profiter du spectacle, et qui dit touristes dit aussi vendeur de gogosses ambulants. L’un d’entre eux était particulièrement insistant : il est vraiment venu 8 fois nous gosser (on a compté!!) pour qu’on acheter ses bébelles, même si on refusait tout le temps! Rendu là, c’est soit de l’optimisme indécrottable, soit de l’aveuglement volontaire!

Il faisait nuit quand on s’est motivés à quitter le décidément magnifique panorama qu’avait été ce coucher de soleil et qu’on est revenus dans le dédale des rues de la vieille ville pour manger. On a soupé sur la rue – notre table était littéralement posée sur la voie – d’un excellent deviled chicken et d’un kottu roti, deux autres classiques de la cuisine sri lankaise. Le premier est un poulet en dé dans une sauce sucrée et piquante, sur du riz – miam! – alors que le kottu roti est un délicieux mélange de crêpe salée, d’œufs, de légumes et d’épices coupées en petits morceaux.

Comme on n’avait pas encore assez marché durant la journée (!), on a terminé notre exploration de Galle par une balade nocturne sur les remparts face à la mer. Ce qui nous a permis de jaser un moment avec des Sri Lankais qui avaient – bien sûr – de la famille à Toronto. Enfin, on est revenus à l'auberge où, visiblement, le couple de personnes âgées qui nous hébergeait tenait à nous dire quelque chose dans un anglais hésitant. On a finalement compris que « les Chinois sont bruyants hihi », une référence au groupe de touristes chinois qui avaient investi notre hôtel (et qu’on n’entendait pas tant que ça, parole de quelqu’un qui vit en Chine!) Une bonne douche avant le dodo nous a débarrassé du mélange de sueur/sel marin/crème solaire qui nous collait à la peau… Eh oui, ne croyez pas Instagram : on est sales au bout d’une journée de voyage!

mardi 8 janvier 2019

Colombo


Samedi 28 juillet



Rebonjour!

Après une nuit reposante et un déjeuner sommaire dans la salle principale de la maison, on était fins prêts à découvrir Colombo!

On est donc partis à pied se perdre dans les rues remplies d’arbres de Cinnamon Gardens, le quartier au nom poétique où on logeait et certainement l’un des plus agréables de la capitale. Vous l’aurez deviné, des plantations de canneliers occupaient à l’époque coloniale l’endroit où se trouve aujourd’hui ce quartier prospère et plus chic. En sortant de l’allée pour entrer sur la rue, on s’est retrouvés nez à nez avec une mosquée puis avec le « Eye Hospital », un hôpital en briques à l’architecture coloniale un brin psychédélique (qui n’était pas sans rappeler l’université de Tchernivtsi, en Ukraine!)

Le voyageur qui débarque à Colombo ne met pas grand temps à réaliser qu’il se trouve dans un pays du tiers-monde, ne serait-ce qu’en observant la circulation plutôt chaotique! Les rues (où on circule à gauche, héritage britannique oblige) sont encombrées de vieux autobus poussifs colorés et surchargés, de camions polluants, de voitures étonnement moins déglinguées qu’on pourrait le croire, de motobikes et – surtout – de tuk-tuks. Attention : les conducteurs de ces derniers sont déterminés à vous prendre à bord. Partout au Sri Lanka, ils arrêtent les touristes avec le même refrain « Hello! Tuktuk? » en arborant un grand sourire (quel contraste avec la Chine, où on ne sourit pas en public!). Au début, on répondait poliment et gentiment qu’on n’était pas intéressés. Cela dit, à force de se le faire demander sans cesse plusieurs dizaines de fois par jour, on a fini par opter par un rapide « No thank you! »

On s’est baladés un peu dans le grand parc de Cinnamon Gardens qui fait face à l’hôtel de ville, où batifolaient d’énormes corneilles sous les grands arbres. Pas question de s’asseoir par contre : chaque banc était occupé par de jeunes amoureux bien occupés à se conter fleurette par cette belle journée ensoleillée! On a ensuite continué de découvrir Cinnamon Gardens et ses belles villas, en passant notamment devant le musée national.

Après un moment, on a quitté Cinnamon Gardens pour aboutir à un lac verdâtre au milieu duquel se trouvait une petite île. Bien qu’il s’agissait d’un bel endroit, les eaux dégageaient par moments un parfum un peu écoeurant! (MP : François est encore une fois optimiste, l’odeur était épouvantable!) De l’île, on voyait très bien les énormes bâtiments en construction du centre-ville. Je vous disais tout à l’heure qu’on constate rapidement qu’on est au Tiers-Monde au Sri Lanka. Cela dit, de multiples indices nous indiquent que le pays ne s’en tire cependant pas trop mal, toutes proportions gardées, et même que la prospérité semble augmenter. Outre les voitures neuves qu’on croise dans les rues, le ballet des grues construisant des tours au centre-ville et surtout l’énorme chantier de construction du port de Colombo montre que le pays semble effectivement tirer les « dividendes de la paix ». En effet, pour ceux qui l’ignorent, de 1983 à 2009, le Sri Lanka était en état de guerre civile. Deux factions ethniques rivales s’opposaient : les Tamouls hindous, minoritaires et habitant surtout au nord, affrontaient les Cinghalais bouddhistes, majoritaires et habitant surtout le sud et le centre du pays. Le conflit a fait des dizaines de milliers de victimes, rebutant évidemment les visiteurs étrangers et plombant par ailleurs l’économie nationale. L’écrasement de l’armée rebelle tamoule en 2009 par le gouvernement cinghalais, pour violente et controversée qu’elle fût, vint néanmoins mettre un terme à plus d’un quart de siècle de combats. La manne touristique a ensuite afflué au Sri Lanka, un pays amical et exotique aux paysages magnifiques possédant un immense potentiel à cet égard. D’abord timide, puis massif, le tourisme a enrichi au passage un pays longtemps exsangue. D’où ces signes extérieurs de richesse qu’on voit à Colombo!
   
Du lac, on s’est rendus au boulevard bordant la mer, où on était tout excités de voir l'océan indien! Jamais dans nos voyages on ne s’était rendus dans un État riverain de cette étendue d’eau : check! Pour Marie-Pascale, ça risque par contre de prendre du temps avec qu’elle puisse rayer le prochain océan sur sa liste : il ne lui manque que l’océan antarctique!  On a eu un peu de misère à sortir des roupies à la banque, puis on s’est dirigés vers Galle Face Green, un lieu iconique de la ville. En lisant ce nom, vous vous imaginez peut-être une belle pelouse à la britannique ou un parc. La réalité est moins excitante : il y a peut-être eu de la pelouse à cet endroit un jour, mais tellement de gens ont marché dessus depuis qu’il n’en reste aujourd’hui que de la terre battue et de la poussière! Galle Face Green est en quelque sort le boardwalk de Colombo, où les familles se rassemblent pour déambuler, faire voler des cerfs-volants, grignoter des snacks de fruit de mer et jouer dans les vagues de l’eau un peu sale du port de Colombo. Pas désagréable comme endroit mais pas un coup de cœur non plus… Depuis Galle Face Green, on perçoit très bien le chantier du port de Colombo, un projet pharaonique financé par des capitaux chinois. Difficile d’imaginer que, sur ces terres sablonneuses prises sur la mer où vrombissent une armada de camions, s’élèveront un jour des tours hyper modernes et un terminal portuaire majeur.

De là, on s’est dirigés vers Fort, le quartier colonial historique de Colombo. En chemin, on s’est fait aborder, l’un à la suite de l’autre, par 2 individus louches par rapport à ce qui nous semblait un scam tout droit sorti d’un manuel « comment arnaquer facilement un touriste 101 ». On vous l’a déjà dit, à force de voyager, on a fini par développer ce qu’on appelle une alerte à weirdos, et celle-ci a été clairement déclenchée quand ces deux personnes ont commencé à nous parler! D’allure bizarre et beaux parleurs, ils nous ont d’abord gentiment demandé d’où on venait et depuis combien de temps on était au Sri Lanka (on ment toujours sur ce dernier point : pas question d’avouer à un inconnu qu’on vient tout juste de débarquer et qu’on est prêts à se faire avoir par le premier venu!).  Après ça, pour nous mettre en confiance, les deux nous ont dit qu’ils travaillaient dans une institution respectable de la ville mais qu’ils étaient en congé aujourd’hui. Coïncidence bizarre : ils prétendaient tous travailler au chic hôtel Kingsbury, l’un comme portier, l’autre comme barman! Eh ben! Disons simplement qu’ils n’avaient pas vraiment la tête de l’emploi, avec leurs cheveux hirsutes et leur barbe mal taillée... C’est ensuite qu’ils ont commencé à tenter de nous embobiner en nous disant qu’on avait de la chance car aujourd’hui était une grosse célébration religieuse qui culminait par un défilé coloré dans les rues de la capitale avec plusieurs éléphants! Comment? On n’avait pas lu les journaux? Vite, venez avec moi, je vous accompagne, la cérémonie va bientôt commencer! Allez, allez, ce n’est pas loin! Sauf que on n’avait pas souvenir d’un tel festival décrit dans le guide. Avec le recul : ce festival existe bel et bien mais il a cependant lieu en février et non en juillet. Du reste, on était bien en présence de tous les éléments classiques d’une arnaque :

·         Évènement trop beau pour être vrai
·         Pression pour qu’on les accompagne
·         Rencontre dans le quartier le plus touristique de la ville
·         Tentative d’établir un lien de confiance
·         Questions insidieuses sur notre (mé)connaissance du pays
·         Incapacité de s’en débarrasser par les politesses habituelles

Comment se sortir de ces deux guêpiers successifs? Il faut être poli mais ferme, sans faire de scène (car qui sait comment ils peuvent réagir?), dans un contexte où on se sent à la fois très vulnérable et mal à l’aise… Pas évident! Pour le premier, on a juste beaucoup insisté sur notre intention de découvrir la ville seuls, et après un moment, flairant qu’on ne callait pas son bluff, notre arnaqueur a disparu aussi vite qu’il était apparu en hélant un tuk-tuk… Pour l’autre, ce fut plus difficile et ça a pris tout notre petit change pour trouver une excuse convenable tout en restant un minimum poli. « Merci, mais on va aller manger avant. » « Non, non, la cérémonie commence tout de suite, vous allez la manquer! » « Mais on a vraiment faim! » « Ok, je connais un bon resto » « Noooon! On va aller ici, merci! »

Lui aussi a aussi pris la poudre d’escampette en tuk-tuk dès qu’il a vu que ses efforts resteraient vains. Autant vous dire qu’on a vu nulle part trace de cette fameuse célébration dans les rues de la ville cette journée-là!

Pour nous remettre de ces expériences pénibles, on est entrés dans une minuscule gargotte pour luncher. Comme on dit, après la pluie, le beau temps! On a été reçus à grands renforts de sourires chaleureux par le patron et le serveur âgé! Ce fut notre premier contact avec le rice and curry, LE plat typique de la cuisine sri lankaise! C’est, en gros, du riz basmati accompagné de plusieurs plats : un curry végétarien, un curry de viande (souvent du poulet), des dhals (lentilles), des papadums (des morceaux de farine frite croustillants) et des sambals (des petits plats de chutney). Certains plats sont piquants, d’autres moins, mais tous sont divinement parfumés de mille épices. ET C’EST DÉLICIEUX! En plus, à 100 roupies le plat (1$!!!), on serait fous de s’en plaindre! Le serveur âgé était beaucoup trop content quand on lui dit que c'était bon, et il s’est mis à branler la tête de gauche à droite pour montrer qu’il était ravi! Ce geste est apparemment typique de la culture indienne et est bien amusant à observer pour le visiteur étranger! À la fin du repas, le serveur âgé n’a pas voulu qu’on paie, mais on a bien sûr insisté. En tout cas, quel accueil! (MP : On pense que le monsieur n’était pas habitué de voir des touristes arriver dans sa plus-que-sommaire-gargotte-à-l’hygiène-questionnable. Par contre c’était super bon (et on n’a pas été malades)!)

Du resto, on s’est dirigés vers le quartier adjacent de Pettah, le secteur marchand de la ville avec ses grands bazars. Comme on partait le lendemain en train vers le sud de l’île, on s’est premièrement arrêtés à la gare de Fort, la principale station de Colombo, pour voir comment y acheter des billets. Il régnait une frénésie chaotique dans ce bâtiment tout droit sorti du passé colonial de Colombo, et resté à peu près inchangé – ni nettoyé – depuis. Sérieusement, un colon britannique du début du XXe siècle n’aurait probablement eu aucun mal à s’y repérer s’il y avait été téléporté aujourd’hui! En tout cas, ce que notre passage nous aura appris c’est que 1) tous les billets en 1ère classe avaient déjà été vendus depuis belle lurette et que 2) les billets de 2e et 3e classe ne pouvaient être achetés que le jour même. Bon. Tant pis pour nos tentatives d’être organisés un minimum d’avance (et au diable le confort)!

Le marché aux légumes de Pettah fait à peu près face à la gare. Ne sachant pas trop à quoi s’attendre, on s’est engouffrés dans une petite allée pour déboucher dans un autre univers : un monde ghetto et sale de montagnes de débris végétaux partout, de bâtiments délabrés et sombres, d’ouvriers chargeant et déchargeant du stock au gros soleil en s’haranguant en cinghalais, de badauds qui errent sans but précis, de gens qui nous dévisagent avec des yeux de merlans frits… En fait, ça donnait plus l’impression d’un entrepôt crasseux en plein air plutôt que d’un marché cute! Au hasard d’une ruelle couverte par des toiles de fortune, on découvrait une multitude de petits étals au milieu desquels couraient enfants et poulets, parmi les déchets, la chaleur et l’odeur que ce genre de place peut dégager. Tsé quand on se sent vraiment ailleurs? Ben c’était pas mal ça! (MP : Je ne suis habituellement pas sujette au choc culturel, mais là, sérieux, j’ai trouvé ça intense… )

On a fait une petite pause au marché flottant, un ensemble de boutiques situé sur un étang verdâtre. Profitable pour Mémé, dont le moral était temporairement affecté par la fatigue, la chaleur et le caractère un peu « overwhelming » de notre expérience à Pettah, cet instant plus relax a été aussi un régal pour les fourmis rouges qui ont entrepris de me mordiller les mollets! Ah, les tropiques et sa faune agréable! Un épisode qui n’était pas sans rappeler notre séjour en Guyane française, où on avait été attaqués par ces minuscules démons en cueillant des fruits! Une fois remis, on s’est relancés dans l’exploration de Pettah. Au menu : de nouveau marchés, mais moins intenses que le premier et beaucoup plus agréables! Notamment, le 2e marché aux légumes – pas mal plus intéressant celui-là – débordait de fruits et légumes exotiques colorés, présentés avec soin! Et là encore, la gentillesse des marchands est à souligner : tous nous saluaient en nous disant hello! Dans la section des choses pour se laver et nettoyer, on a demandé à plusieurs vendeurs vraiment sympathiques où on pouvait se procurer du Purell – non, Dre Harbec n’avait pas abandonné sa quête – et ils nous ont gentiment référé à une pharmacie… où on a effectivement pu en acheter! Yesss!!!

Au nord des marchés, les rues encombrées et populaires de Pettah donnaient tout à fait l’image que l’on peut se faire d’une balade dans une ville indienne (MP : ou du moins de ce qu’on s’en imagine). Cette promenade nous donnait à découvrir des éléments surprenants pour nous. Ici, des rues décorées de grandes feuilles de bananiers. Là, des temples hindous multicolores à la façade décorée de milliers de statuettes. Là-bas, une rue tranquille aux maisons biscornues et étroites peintes de couleurs vives. Partout, beaucoup de monde et de manière générale un joyeux bordel en termes de circulation et d’organisation. Et plus loin, une grande église où on a fait une pause-ombre bien méritée!

On a continué à explorer le quartier, passant devant une autre église coloniale sur une petite butte avant de revenir vers le centre. Sur le chemin, une petite fille bavarde et souriante est rapidement devenue amie avec Marie-Pascale J Ce moment de bonheur a fait suite à une urgence incendie, quand les falafels que j’ai achetés comme collation devant le vieil hôtel de ville se sont révélés être très piquants (du moins trop pour la moumoune de l’épicé qui me sert de blonde)! À grands renforts d’eau, ces mauvais moments ne furent bientôt qu’un souvenir, alors qu’on quittait l’animation de Pettah (en passant devant une magnifique vieille mosquée) pour revenir dans le quartier colonial de Fort. La gentillesse des Sri Lankais s’est à nouveau fait sentir quand des gens se sont arrêtés pour nous aider à nous retrouver!

Un monde sépare Pettah l’hyperactive à Fort la solennelle. La vieille architecture coloniale – passablement déglinguée par endroits -  était certes agréable mais la relative absence de gens dans les rues rendait le tout un peu glauque. Pourtant, on est ici à un jet de pierre des grands hôtels et du Parlement… Enfin. Quoi de mieux pour se reposer alors que de faire un arrêt à T House by Dilmah, une magnifique maison de thé? Crème glacée au thé noir, thé glacé à la cannelle, gaufre aux légumes et thé noir à la vanille, le tout à l’air climatisé : impossible de demander mieux! Après cette pause rafraichissante, on est passés au travers des cours du Old Dutch Hospital, un ancien hôpital colonial transformé en complexe pour restos trendy. Finalement, on a terminé notre visite du quartier au soleil couchant en se promenant sur ce qui était anciennement le bord de mer, en visitant le vieux phare et sa vue sur le chantier de construction du nouveau port (où batifolaient des meutes de chiens errants en folie).

Pour souper, on a profité du festival de bouffe de rue de Colombo, tout près du Old Dutch Hospital, pour se régaler de poulet indien et de shish taouk, dans une ambiance bon enfant. Une belle manière de finir la journée! Comme il était tard, on est ensuite revenus à l’hôtel en tuk tuk avec le chauffeur le plus affable du monde, un Tamoul des collines du centre du pays qui avait du mal à s’adapter à la chaleur et à la promiscuité de Colombo (et qui avait évidemment de la famille à Toronto, comme chaque être humain de tous les pays de cette planète).

Une fois de retour, on s’est laissés porter par la nonchalance sri lankaise (« Pas besoin de payer la chambre maintenant, faites-le demain matin! »), ce qui allait avoir des répercussions désagréables le lendemain… Et on a aussi géré notre nouveau pensionnaire, un grosse coquerelle qui avait élu domicile dans notre salle de bain (évidemment, l’absence de moustiquaires aux fenêtres est une invitation à ce que ce genre de rencontre humain-insecte se produise sans cesse). Mais bon, ce n’était pas vraiment stressant, c’est la réalité tropicale, il faut s’y faire! (MP : Cette dernière phrase est fausse haha Vite comme ça on a l’air super à l’aise avec cette coquerelle mais la scène était moins chic en vrai. Moi qui prend ma douche en ne lâchant pas la coquerelle des yeux, qui crie quand elle menace de venir près de moi puis qui tente de la faire descendre de la porte pour que je puisse sortir de la salle de bain. François qui entre à son tour pour prendre sa douche alors que je barricade la salle de bain avec un tapis pour qu’elle ne passe pas dans la craque sous la porte. François qui décide d’arroser la pauvre bête qui ne quittait pas la porte. Moi qui entre pour voir que la coquerelle est sur le dos toute mouillée, qui dit à François qu’il n’aurait jamais dû faire ça, que là elle va mourir à cause de nous. François, à ma demande, qui tente de la remettre sur le dos pour qu’elle survive. Nous qui barricadons la porte pour qu’elle ne passe pas de notre côté pendant la nuit et se faufile dans nos sacs... Tout ça pour dire qu’elle n’était plus dans la salle de bain le lendemain matin 😊 )

La suite sous peu!