Vendredi 3 août
Salut, c’est Marie-Pascale!
…
Ben non, c’est pas vrai, c’est encore François! M-P
néglige de plus en plus la rédaction des blogues, tssss… (MP : Oupsi!
Coupable!)
Il faisait beau ce matin-là, mais ça n’allait pas
compenser entièrement pour ma mauvaise nuit! En plus, j’étais enrhumé comme
jamais, avec un mal de gorge carabiné en prime. Fun times!
Au déjeuner, on a eu la surprise de manger fruits et
crêpes maison en compagnie de deux familles de Québécois bien sympathiques, en
voyage au Sri Lanka avec tous leurs enfants. Ça faisait une belle marmaille et
c’était un peu d’organisation pour les parents, mais quelle belle expérience!
Disons que ça te donne une ouverture sur le monde de voir le Sri Lanka à 11
ans!
On est ensuite partis vers le croisement au centre du
village question de prendre le bus pour Kumbawella Junction, pas trop loin
d’Ella. On avait un changement à faire dans cet endroit perdu pour se rendre à
notre objectif du matin : Uva Halpewaththa Tea Factory! Un minibus miraculeusement
climatisé (ça existe ici??? on n’y croyait plus!) nous a déposé jusqu’à l’arrêt
de la fabrique de thé, au bas d’une colline. De là, c’est dans un cadre
enchanteur et verdoyant qu’on a gravi les 2 km de route de montagne qui
serpentaient le long des champs de thé, afin de nous rendre à notre destination
du jour.
De l’extérieur, notre usine de thé ressemblait à un
gros baraquement en tôle ayant mal vieilli. Pas exactement l’endroit le plus
invitant! À l’intérieur, c’était obscur et poussiéreux, avec de vieux planchers
grinçants qui donnaient l’impression d’avoir 3000 ans d’existence. Euh… C’est
bien ici qu’on produit certains des thés les plus réputés au monde?
Parenthèse : malgré sa petite taille, le Sri
Lanka est l’un des principaux exportateurs de thé au monde. Par exemple, le thé
Lipton, que vous connaissez tous, vient d’ici. L’industrie emploie aujourd’hui
près d’un million de personnes et apporte une contribution importante à
l’économie nationale. Ce sont les Britanniques qui sont à l’origine de ce
succès. Même si leur domination coloniale du pays n’a pas été très appréciée,
ils ont eu la main heureuse avec le thé : il faut bien leur donner ça!
Après avoir volé des plants de thé en Chine au début du XIXe siècle, ils ont
remarqué que le climat frais et humide de la région des Central Highlands se
prêtait particulièrement bien à la culture de ce végétal. Ce fut un
bouleversement majeur pour cette colonie qui, jusque là, rapportait bien peu à
Sa Majesté : les cours de la cannelle s’était effondrés et les tentatives de
cultiver du café avaient échoué misérablement. Dès lors, l’essentiel de
l’activité sri lankaise s’est tournée vers cette nouvelle manne, qui a radicalement
transformé le pays. Des champs de thé et des usines sont apparus partout dans
les montagnes. Comme on manquait de main-d’œuvre pour y travailler, les
autorités y ont « importé » des Tamouls venus d’Inde, modifiant à
jamais la composition ethnique du pays. Et puisqu’il fallait bien faire sortir
la production de l’intérieur de l’île vers l’Angleterre et le reste du monde,
un chemin de fer, véritable prouesse technique, fut percé à travers les
montagnes vers Colombo. Aujourd’hui encore, toute la région vit au gré des
aléas de l’industrie du thé… et fait le bonheur des amateurs du monde entier!
Une fois dans le bâtiment, on a vite été rejoindre
plusieurs touristes qui attendaient dans une salle, un peu décontenancés. Après
un certain temps, un vieux Sri Lankais bourru mais attachant est venu nous
faire une présentation sur le thé. C’était très intéressant! Vous saviez par
exemple que le thé est encore aujourd’hui toujours cueilli à la main, et qu’on
ne récolte que 3 feuilles sur chaque nouvelle pousse de l’arbuste? Le vieux
monsieur, qui imposait naturellement le respect avec son air sévère et sa voix
puissante, prenait un plaisir évident à ponctuer son exposé de moments où il
intimait fortement à certains membres du groupe de poser différentes
actions : « Regarde ces feuilles de thé
séchées! » « Sens le thé! » « Toi, passe la boite
à ton voisin! » Haha! Il me faisait penser à l’un de mes profs de maths au
secondaire, un vieil Arménien tonitruant qui enseignait à l’ancienne et qui
envoyait allègrement valser la pédagogie moderne. Ses méthodes peu orthodoxes
mais furieusement efficaces incluaient tout un arsenal de moqueries, de blagues
non politiquement correctes et de remontrances à moitié sérieuses envers les
étudiants, en particulier vis-à-vis de ceux qui étaient peu habiles avec les
chiffres (comme votre serviteur, qui en a fait les frais à maintes reprises!).
Eh bien, croyez-le ou non, c’était unanimement le professeur le plus apprécié
et le plus respecté de l’école (et je m’inclus là-dedans). Pas un mince exploit
face à des ados de secondaire 4 et 5! Notre guide sri lankais sortait
exactement du même moule et était animé par la même passion profonde pour son
métier. C’est probablement pour ça qu’on l’a tout de suite trouvé sympathique!
On a suivi ensuite notre nouvel ami pour une visite en
profondeur de l’usine. La plupart des employés étaient déjà partis : ici,
les quarts de travail commencent et finissent très tôt le matin, au moment où
la chaleur est moins écrasante. En cette fin d’avant-midi, l’usine était
presque déserte! Curieusement, les machines utilisées pour trier, sécher,
filtrer et broyer les feuilles de thé étaient loin d’être des merveilles
technologiques! En fait, beaucoup d’entre elles semblaient dater de la
révolution industrielle… Apparemment, ce n’est pas par manque d’innovation dans
l’industrie, c’est juste que ces machines répondent parfaitement et
efficacement à ce qu’on attend d’eux, malgré leur allure vétuste! Vers la fin,
les machines soulevaient énormément de poussière, et je devais faire des
efforts surhumains pour éviter de contaminer les stocks de thé par mes
éternuements!
Le tour finissait avec des dégustations de thé, versé sans
ménagement par notre guide à l’air maussade. « C’est celui-là, le Earl
Grey! Goûte!! » Haha! On a acheté quelques cadeaux puis on a admiré la vue
depuis le balcon de l’usine. Un magnifique panorama de collines parsemées de
champs de thé s’offrait à nous. Il y a décidément pire endroit pour vivre (et
travailler)! Dans la file pour la caisse, on a fait la connaissance d’un jeune couple
de Suisses francophones bien gentils. Puisqu’ils revenaient à Ella dans un
minivan qu’ils avaient loué, ils nous ont offert de monter à bord. Ça ne se
refuse pas! La fille nous a raconté qu’elle s’occupait de l’intégration des
immigrants dans sa ville de Suisse, parmi lesquels figuraient de nombreux Sri
lankais. Ce voyage était donc super intéressant pour elle, car ça lui
permettait de mieux comprendre d’où venaient les nouveaux arrivants qu’elle
accueillait toute l’année chez elle! On aurait bien passé un plus long moment
avec eux, mais on les a quittés au croisement à Ella, sachant qu’ils
poursuivaient leur route vers le sud du pays ce jour-là. Dommage! En tout cas,
une bien belle rencontre!
Le temps d’avaler un Kottu Roti sur une terrasse et on
était repartis pour faire un peu de randonnée. On a marché le long de la route
pour atteindre le sentier de Little Adam’s Peak. Ça s’est révélé être une bien
agréable excursion à travers les plantations de thé jusqu’au sommet d’une
montagne dénudée. De là, on avait une vue superbe sur la route qui descendait
vers Wallawaya ainsi que sur les collines, les forêts et les fabriques de thé. Rien
de bien méchant!
En redescendant, on a discuté avec une famille
française avant de quitter le sentier pour obliquer vers le luxueux 98 Acres
Resort. Une publicité vantant le petit café de l’endroit avait attiré notre
attention sur le sentier, et on avait décidément besoin de se rafraîchir dans
la moiteur de cet après-midi. Bien attablés sur la terrasse, un serveur en
uniforme est venu nous apporter nos Elephant Ginger Beers, alors qu’on admirait
la vue sur Little Adam’s Peak. Bel endroit pour dormir à Ella en tout
cas : les chics bungalows à flanc de montagne bénéficiaient tous d’une vue
sur la vallée, et le resort possédait une piscine! En passant, vous aviez déjà
bu des ginger beers? C’est mon patron qui m’avait fait découvrir ça il y a
quelques mois dans un café de Beijing : d’origine anglaise, cette boisson
pétillante non-alcoolisée au gingembre, à ne pas confondre avec le ginger ale,
était apparemment commune auparavant au Canada. La version sri lankaise, bien
désaltérante, a en tout cas conquis Marie-Pascale!
Après cette pause bien méritée, on est revenus vers la
route où on a demandé notre chemin pour se rendre à la voie ferrée, via une
petite allée dans les collines. Ce ne fût pas évident mais, quelque temps plus
tard, voilà que nous marchions directement sur la track! Bon, on a déjà vu des
comportements plus sécuritaires sur une voie ferrée, mais il faut savoir que
c’est assez commun d’utiliser le chemin de fer comme route ici et les trains
circulent très lentement! Et puis, on voulait aller contempler le fameux Nine
Arches Bridge! Ce magnifique viaduc en pierre est sans contredit la plus belle
réalisation que les ingénieurs coloniaux ont construit sur la voie ferrée qui
va vers Colombo. Courbé, il enjambe une rivière à une bonne hauteur dans une
gorge étroite à la végétation luxuriante, tout juste après un tunnel. Ça vaut
le coup d’œil! La zone était évidemment remplie de touristes qui chillaient sur
le pont en attendant de prendre la photo parfaite avec le train (qui s’en
venait bientôt apparemment). Parmi le lot, assise sur le parapet du pont, il y
avait l’inévitable nymphette au chandail très bedaine, au décolleté plongeant
et aux fesses bombées, mitraillée de photos par ses amies dans une pose à la
fois aguichante et faussement pensive. On imagine le tout destiné à une
publication Instagram sulfureuse, ornée d’un slogan simili-profond en anglais
(genre : « Sometimes you need to reconnect with nature to find your
true self ») et suivie d’une trâlée de hashtags bidon (#NeverStopTraveling
#Sunset #LivingTheDream #Namaste). Une belle mise en scène qui camoufle mal son
désir de se montrer pour obtenir des likes! (MP : Hahaha wow, belle
description François!)
Question de rendre l’utile à l’agréable, on est
ensuite revenus en ville via la voie ferrée. Ce fut une très belle balade dans
la jungle, avec de jolis points de vue sur la vallée. On cochait par contre
sans vergogne toutes les cases de la fiche « vous êtes épais de vous
promener sur le chemin de fer » : la voie était étroite, on passait par
moments des tunnels et des ponts sans accotements, les tournants ne
permettaient pas de voir à plus de 100 m si un train s’en venait, et on savait
pertinemment que le train de la fin de la journée ne tarderait pas à passer.
Mais tsé, pays en voie de développement = yolo côté sécurité, et c’est sous les
regards indifférents des passagers qu’on a regardé passer le petit train en
provenance de Colombo depuis un petit talus en bord de voie! (MP : Oui
maman on était loin de la voie quand il est passé haha) On a profité de cet arrêt
pour discuter avec un monsieur bien gentil qui voulait absolument nous montrer
son jardin de légumes juste à côté (il était bien entretenu ce potager en tout cas,
à défaut d’être réellement intéressant!)
De retour sans encombres à la gare d’Ella, on a salué
les policiers (« Bonjour la police! ») qui nous ont répondu par un
grand sourire. Quoi de plus normal que d’arriver à pied à la gare par la voie
ferrée? On s’est ensuite perdus dans les petites routes de montagne d’Ella en
tentant de trouver un raccourci. La nuit tombant, on a été souper aux
chandelles sur la terrasse d’un mignon resto recommandé par l’ineffable Rose.
Lequel a d’ailleurs fait une apparition surprise, en guidant d’autres touristes
à cet endroit! Quel ne fut pas son plaisir de nous y voir attablés aussi haha!
Notre journée n’était pas terminée pour autant :
après une brève douche à l’auberge, on repartait pour le
« centre-ville » d’Ella. On se souvient en effet qu’on avait réservé un
massage ayurvédique! Bon, ok, l’ayurvédisme est un concept de santé holistique
hindou qui n’est pas vraiment natif du Sri Lanka, mais l’Inde n’est pas loin
alors pourquoi pas? Première étape : choisir une huile essentielle parmi
la panoplie offerte, toutes censées avoir des propriétés curatives. Euh…
Celle-là? Ensuite, direction un petit local sans prétention avec deux tables
couvertes d’une serviettes. Arrivent 2 femmes d’un certain âge, souriantes er
baragouinant l’anglais, qui nous demandent de tout enlever sauf les
sous-vêtements et partent la musique relaxante. Puis, on s’est étendus sur le
ventre, côte à côte sur les tables dures, pendant que les 2 dames nous enduisaient
généreusement d’huile partout – littéralement du cuir chevelu jusqu’à la plante
des pieds. Je ne sais pas quel effet libérateur ce massage m’a fait mais, à mon
grand déplaisir, je morvais comme un déchaîné dans la serviette! Au point où
j’ai dû interrompre 2 fois le massage pour me moucher, sous les airs amusés des
deux dames! Cela dit, l’huile d’eucalyptus qu’ils m’ont ensuite mis sur les
pommettes et le massage subséquent du visage ont fait un très grand bien à mes
sinus enrhumés!
« Finish! » ont éventuellement dit les deux
madames, après près de deux heures à ramollir nos muscles de leurs mains
expertes! « Don’t shower, wait tomorrow! » Ah bon? Ok! C’est donc
détendus mais tout huileux – cheveux inclus – qu’on est revenus à l’auberge.
Verdict? Agréable, mais un brin trop visqueux à mon goût!
À bientôt!