dimanche 24 février 2019

Horton Plains


Dimanche 5 août

Salut tout le monde! C’est François!

« Peu de choses au monde valent la peine de se lever à 4h du matin » : j’avais évoqué cette citation parfaitement vraie quand on s’était levés à une heure pas possible pour aller voir les éléphants à Uda Walawe. Eh bien, il faut croire qu’en voyage il y en a plus souvent qu’à l’habitude, des choses qui en valent la peine, car voilà qu’on remettait ça ce matin-là pour se rendre au parc national Horton Plains!

Dans la nuit noire, le froid et le vent, les yeux dans le même trou, on a quitté en minibus le bed and breakfast… avant que je ne me rappelle que j’avais encore la clé de la chambre dans mes poches. Demi-tour!! Heureusement, nous n’étions pas bien loin… Après ce faux-départ, on est partis sur la route, nous et les Français qui avaient accepté de partager cette aventure avec nous. Il n’y avait quasiment personne sur les routes, hormis d’autres minifourgonnettes qui se rendaient elles aussi à Hortons Plains : nous ne serions pas seuls!

On a somnolé rapidement sur le chemin, où flottait un brouillard un peu fantomatique qui donnait aux forêts et aux champs qu’on traversait une allure mystérieuse. C’est en arrivant dans une grande forêt de pins que je me suis réveillé, suivi progressivement par les autres passagers alors qu’on grimpait en lacets sur une voie étroite à travers les arbres. Finalement, un peu avant 6h du matin, on débouchait au sommet de la montagne. On avait devant nous une étendue vallonneuse où broutaient quelques cerfs : nous étions rendus à Hortons Plains!

Il est vite devenu évident, au vu du tas de camionnettes qui attendaient à la barrière du parc, que le système pour acheter les billets d’entrée n’était pas plus brillant ici qu’à Uda Walawe. Seule différence : cette fois, c’était nous qui devions aller faire la file avec tout le monde pour acheter lesdits billets, et non les chauffeurs! Alors voilà : on devait attendre dehors, dans le vent, le froid et l’humidité, dans un brouillard à couper au couteau, qu’un garde-chasse bien au chaud dans une cabane veuille bien nous donner un bout de papier pour accéder au saint Graal. Et malgré nos combines et nos coupes-vent (ainsi que, dans le cas de Mémé, sa serviette de bain élégamment nouée autour de sa tête), il faisait super froid!!! Cela dit, d’autres touristes, visiblement tout juste débarqués des plaines étouffantes et quelque peu interloqués par cette nouvelle réalité climatique, étaient visiblement bien moins lotis et grelotaient en shorts et t-shirts!

Que faisait-on ici, grands dieux, dès potron-minet, à souffrir comme ça avec nos compagnons d’infortune? Question légitime. En fait, l’objectif de tout visiteur à Horton Plains est de pouvoir bénéficier de la vue époustouflante sur la vallée. Or, le climat étant ce qu’il est en montagne, Horton Plains est perpétuellement noyé dans les brumes et la vue est donc obstruée – sauf entre 6h et 9h du matin. Évidemment!

Après un bon 20 minutes d’attente, victoire, on avait nos billets! De retour dans la minifourgonette, on a avalé les sandwichs que nos gentils hôtes du bed and breakfast nous avaient préparé et on a franchi les derniers kilomètres qui nous séparaient du centre d’accueil alors que le ciel se dégageait finalement.

De là, on est partis explorer le parc à pied avec les Français, alors que le soleil nous réchauffait progressivement. Après avoir traversé une belle plaine herbeuse, le large sentier s’enfonçait dans un sous-bois… pour soudainement déboucher sur une falaise à pic! Deux fois plutôt qu’une, les points de vue offerts par Little World’s End puis Big World’s End présentaient un magnifique panorama sur la vallée et sur le sud du Sri Lanka. Du haut de notre perchoir, on pouvait facilement distinguer le parc national d’Uda Walawe où nous étions à peine quelques jours plus tôt, et on devinait l’océan pas trop loin au sud. Disons que, vue d’ici, l’île ne semblait pas bien grande! Évidemment, les touristes s’amusaient à prendre des photos témoignant de leur témérité face à l’abîme… tout en faisant tout de même attention à ne pas tomber dans la vallée, quelques centaines de mètres plus bas!

On a ensuite continué notre marche à travers de jolis paysages d’altitude traversés par une rivière, tout en jasant de choses et d’autres avec les Français, par ailleurs toujours aussi sympathiques. Peu de temps après un arrêt pour admirer une cascade gargouillante, le sentier nous a ramené au centre d’accueil, ce qui a mis fin à cette agréable balade matinale. On a profité de notre passage au petit musée de l’accueil pour admirer ce qui étaient probablement les pires animaux empaillés qui soient! Spécimens abîmés, positions grotesques, ajout d’yeux en plastique et rapiéçage à la va-vite… Pauvres bêtes! On se sentait presque mal pour eux de trouver ça drôle haha!

De retour dans la camionnette, on a vite réalisé que certains des cerfs qui pullulaient dans les environs avaient bien compris quel genre de manne les touristes pouvaient représenter. On a ainsi vu un cerf engouffrer sa tête par la vitre ouverte de la voiture devant nous pour tenter de trouver de la nourriture! Si c’était amusant à regarder, ça nous a fait aussi réfléchir sur l’impact de l’activité humaine sur les animaux sauvages…

Le chauffeur nous a laissé à la gare toute proche de Pattipola, une station perdue au milieu de nulle part sur la voie Ella-Colombo, et on a dit adieu aux Français qui continuaient leur route. Curieux, je suis entré par erreur dans le bureau du contrôleur pour observer de vieux instruments de trafic ferroviaire, que je pensais être des pièces exposées en souvenir… avant de me rendre compte qu’elles étaient encore en fonction! C’est incroyable que ces vieux trucs, qui semblaient dater des années 50, servent encore! Heureusement, le contrôleur n’avait pas l’air le moins du monde dérangé par mon intrusion haha!

Le train est enfin arrivé et, miracle, cette fois on avait des places assises! Heureusement, car ça nous a pris 5h pour nous rendre jusqu’à Kandy, notre destination du jour. On ne peut pas se plaindre par contre, car les magnifiques paysages ont rendu ce trajet particulièrement agréable. Enfin, on est arrivés fin PM en ville, alors que le train était rendu plein à craquer de passagers. On ne regrettait pas nos places assises rendu là!

La bizarrement nommée Kandy (personne ne trouve que ça rappelle soit des sucreries, soit le nom de scène d’une effeuilleuse?) est la plus grosse ville des Central Highlands et la capitale culturelle du Sri Lanka. Il y faisait nettement plus chaud qu’ailleurs dans les montagnes (nous sommes moins haut en altitude ici) et ça nous étonnait un peu de se retrouver comme ça en pleine ville après avoir été dans de petits villages pendant plusieurs jours! Cela dit, nos narines ont peut-être été celles qui ont été les plus durement touchées par ce changement! Alors qu’on empruntait une rue derrière le marché public pour rejoindre notre auberge, une horrible odeur de poubelles en putréfaction nous a assailli. C’était dégueulasse au point de nous donner la nausée! On est partis de là le plus vite possible, seulement pour tomber de Charybde en Scylla et se faire aborder à un croisement de rue par un gars qui voulait beaucoup nous aider à trouver un hôtel. (MP : Je sais pas pour vous, mais je suis encore boguée à Charybde en Scylla, il sort ça d’où ces expressions-là mon chum?!) Il était gentil malgré son insistance, et pourtant il y avait quelque chose qui semblait clocher chez lui. Ce qui a déclenché notre alerte à weirdos. Alors qu’on refusait poliment mais fermement son offre, voilà qu’il est devenu frustré, pestant contre la mauvaise attitude de touristes comme nous alors qu’il ne cherchait qu’à aider… Bon, super… Était-on vraiment trop suspicieux, ou avions-nous raison de nous méfier? Les remises en question qui ont suivi ce désagréable épisode nous ont accompagné alors qu’on errait pour trouver notre auberge, nos gros sacs sur le dos, dans un coin un peu trash de la ville. Coudonc, est-ce qu’on allait finir par arriver? Ma relation avec Kandy commençait décidément sur de mauvaises bases, déjà qu’on avait été prévenus de faire attention dans cette ville apparemment un tantinet mal famée par endroits… On a finalement trouvé notre hébergement, sise dans un creux de colline près d’une rue, sans aucune indication. Soupir… Ma mauvaise humeur latente est finalement remontée à la surface quand, cerise sur le sundae, on s’est rendus compte qu’il y avait un gros chien jappeur pas attaché sur l’étroit escalier un peu ghetto qui menait à notre auberge. Je DÉTESTE les chiens : les gens ne peuvent pas les garder chez eux, bien attachés, plutôt que d’exposer les passants à leur imprévisibilité?? Heureusement, Marie-Pascale a eu tôt fait de me calmer!

Pour compenser ce mauvais karma, on avait une belle chambre avec une jolie vue sur les différents versants montagneux qui composent la périphérie de Kandy. De temps à autre, on entendait par contre des bruits sourds mais effrénés sur le toit de tôle. La petite chienne de l’hôtel, une moppe inoffensive celle-là (j’ignore comment elle pouvait voir tellement elle avait de poils lui tombant sur les yeux), devenait alors folle et courait sur les galeries de gauche à droite en aboyant à tout vent. Qu’est-ce qui se passait donc? Et c’est là qu’on a vu bondir, du toit vers les arbres et vice-versa… plein de petits singes! Sérieusement, il y en avait partout, et ils s’en donnaient à cœur joie! Haha!

Bon, c’est pas tout, ça : on avait un spectacle culturel à voir! En effet, le Lonely Planet disait que l’un des incontournables de Kandy était d’assister à un spectacle de danse traditionnelle. Justement, il y en avait un au centre musulman Mahanuware à deux pas de chez nous, dans 5 minutes!... On a donc couru pour arriver au petit théâtre sans prétention déjà presque plein à craquer. Un couple de jeunes Français qu’on avait salué à l’entrée nous a alors fait signe de les rejoindre, car ils nous avaient trouvé des places à côté d’eux, près de la scène. Super!

Alors, la danse traditionnelle kandyenne? Euh, ben c’est OK, mais ça ne nous a pas laissé une impression indélébile disons. Par contre, le pamphlet qui décrivait les danses était, lui, bien amusant. La traduction très approximative en français donnait des résultats boiteux hilarants, qui n’étaient pas sans rappeler ce qu’on avait lu dans les brochures du parc où on avait séjourné au Surinam! Des points pour l’effort, quand même! À la fin du spectacle, alors que les artistes saluaient au son de la musique, les touristes chinois qui composaient la moitié de la salle sont sortis en trombe. Soupir, bis… On a compris pourquoi par contre : ils voulaient avoir les meilleures places à l’extérieur pour regarder les acrobates marcher sur les braises (une spécialité locale, apparemment). La foule nous a cependant découragé d’y assister nous aussi, et le couple de Français nous a plutôt suggéré de les accompagner dans la visite de l’attraction principale de Kandy : le temple de la dent.

Bon, une autre affaire, un temple pour une dent, vous dites-vous probablement. Eh oui. Sachez que ce temple est l’un des lieux les plus sacrés du bouddhisme sri lankais et l’un des hauts lieux de l’identité nationale. Il contiendrait une relique, une dent qui aurait appartenu au Bouddha lui-même, cachée dans un écrin doré jalousement gardé. Nul ne sait avec certitude si la dent, apparemment longue de 18 cm (!!!), aurait vraiment appartenu au Bouddha, ni même si la dent est authentique. En effet, les colonisateurs portugais, désireux de propager le christianisme et d’éliminer les pratiques « païennes » locales, aurait détruit la dent lors d’une cérémonie publique. Or, la légende veut que la dent sur laquelle les Portugais avaient mis la main n’aurait été en réalité qu’une copie, un moine ayant emporté et caché au préalable la véritable relique. Bien plus tard, la dent soigneusement dissimulée pendant des décennies aurait été retrouvée et remise sur son autel dans le temple, au départ des Britanniques. Morale de l’histoire : on peut asservir le Sri Lanka, mais pas son honneur ni sa culture. En définitive, ce n’est pas tellement important si la dent est celle du Bouddha, si c’est la vraie ou pas, ou même si elle n’existe pas au final. Ce qui importe, comme toujours, c’est le symbole!

Et croyez-moi, c’est un symbole très révéré ici!

Quelques fleurs pour Kandy : la ville est située dans un très joli cadre. Au centre de Kandy se trouve un beau lac, et les quartiers sont construits au flanc des collines verdoyantes qui le ceinturent. Épicentre de la vie culturelle, le temple de la Dent est situé juste au bord du lac. Le quartier où se trouvait notre hôtel était, lui, sur la rive opposée. Se rendre au temple nous a donc permis de longer le lac et de se balader un peu dans les plus belles rues de la ville, qui jouxtent le site.

N’entre pas qui veut dans le temple! D’abord, pas de souliers : tout le monde se promène soit nus pied, soit en bas! Ensuite, vos vêtements doivent au moins couvrir toutes vos cuisses, jusqu’aux genoux. Et les gardes sont stricts là-dessus : ils ont bien vérifié la longueur de mes shorts!

Une fois à l’intérieur, il avait beau être près de 19h, c’était noir de monde, et tous les visiteurs se suivaient à la queue leu leu! Les lieux étaient superbes par contre. Les murs blanchis à la chaux étaient ornés de magnifiques peintures colorées et dorées. Au bout d’un couloir, on pénétrait dans la salle du rez-de-chaussée où des moines jouaient de la  musique nasillarde sur une genre de flûte. On a ensuite fait la file dans l’escalier pour monter au 2e étage, qui était archi-bondé. Normal : c’est là qu’est exposée la fameuse dent sacrée! Or, elle est généralement cachée et n’est exposée que pendant un temps limité, pour des raisons probablement complexes qui nous échappent. Au bout d’un moment, les gardes ont ouvert une porte pour montrer la sculpture en or qui contient la dent. C’était alors la folie : les gens se pressaient tous pour voir! Enfin, pas tous : une ligne spéciale avait visiblement été créée pour les groupes de touristes qui avaient le privilège de circuler plus près de l’objet en question sans bousculade. Ce qu’on a d’ailleurs trouvé un peu indécent : c’est le joyau et la fierté des Sri Lankais, mais les meilleures places pour l’admirer sont réservées à des étrangers en vacances qui n’ont aucun sentiment particulier pour cette relique sacrée. Je comprends la logique de bien traiter les visiteurs, mais quand même. En tout cas nous on préférait être dans la cohue avec les gens du coin, ça nous gênait moins…

On a enfin terminé notre tour du temple en visitant les salles attenantes et la cour extérieure, où se trouvait notamment une grande verrière pleine de chandelles allumées (probablement pour les prières).

En sortant, il se faisait tard et on n’avait pas encore mangé, alors on s’est dirigés avec le couple de Français vers un resto pas trop loin. Attablés autour d’un kottu rotti et d’une ginger beer, on a pris notre mal en patience… C’est que, rapidement, on s’est rendus compte qu’ils étaient assez lourds. Le gars avait une suffisance qui tombait vite sur les nerfs : il se trouvait visiblement beau et surtout faisait des généralisations à l’emporte-pièce appuyées au mieux sur des sophismes, des approximations ou des expériences anecdotiques. De son côté, sa blonde ne faisait guère mieux. Quand la conversation a dévié vers la politique puis la santé, disons simplement que leurs élucubrations étaient particulièrement pénibles à gérer. On a pris congé sans regrets après le souper. On en rencontre de toutes sortes en voyage, et parfois ça clique moins!

De retour à l’auberge, on a sombré dans les bras de Morphée alors que les singes s’étaient visiblement calmés : plus de vacarme sur le toit!

À bientôt!

samedi 9 février 2019

Nuwara Eliyah


Samedi 4 août

Allô! C’est toujours François au clavier!

Ce samedi-là, on était debout tôt parce qu’on devait aller prendre notre train pour Nuwara Eliyah. On a donc pris notre déjeuner pour emporter (merci à la gentille cuisinière de nous avoir fait ces doggy bags), on a dit au revoir à la famille de Québécois et on a chaleureusement remercié Rose, sans contredit l’âme de cette agréable auberge. Puis, on a repris la route avec nos sacs et on s’est rendus à la gare d’Ella à pied.

On se souvient que, sur ce tronçon qui est sans nul doute le plus populaire du Sri Lanka, il nous avait été impossible de réserver des billets d’avance. Arrivés une heure d’avance, nos billets de 2e classe fraîchement achetés en main, on s’est vite dit que ce serait quelque chose d’embarquer dans le train en constatant que le quai était déjà rempli de monde! L’affluence s’est empirée au cours de l’heure qui a suivi, jusqu’à l’arrivée du train. Évidemment, celui-ci était déjà plein à craquer! Ce fut donc la cohue et tout le monde est embarqué tant bien que mal. Par miracle, on s’est retrouvés debout juste devant l’ouverture de la porte entre 2 wagons, ce qui a fait en sorte qu’on pouvait à la fois voir dehors et s’asseoir sur le marchepied! So much win!!

Ce fut le début d’un décidément magnifique trajet en train à travers les collines : on n’a pas de misère à croire le Lonely Planet lorsqu’il affirme qu’il s’agit de l’un des plus beaux périples en train de la planète! La voie serpente à flanc de montagne tout le long, alors qu’on traverse des plantations de thé, de belles forêts de pins et d’eucalyptus, de nombreux tunnels, de petites cascades et des villages assoupis aux jolies gares vieillottes. On ne se lassait pas de la vue! En passant, ici le rituel veut que tous les enfants du train crient lorsqu’on passe des tunnels (et des enfants, il y en avait en masse dans le train, car ils avaient visiblement une sortie scolaire)! Comme il y a des tunnels sans cesse, on finit par avoir les oreilles bien débouchées! Le train gravissant lentement mais sûrement les montagnes (la voie culmine à 1800m près de Horton Plains, à 2 stations de Nuwara Eliyah), il commençait à faire pas mal plus frais. Nous étions loin de la chaleur tropicale des plaines! Propice à la contemplation, le long trajet nous m’a aussi permis de jaser avec une Chinoise et son fils, tous deux, de Shanghai qui venaient au Sri Lanka depuis plusieurs années.

Les enfants sont débarqués en trombe quelques stations avant Nuwara Eliyah, puis on a entamé dans la pluie froide un tronçon plutôt spectaculaire, qui nous permettait de voir deux superbes chutes d’eau au loin! Et enfin, un peu passé midi, on est arrivés à la gare de Nanu Oya. Comme celle-ci est située assez en retrait de la ville de Nuwara Eliyah,  on avait réservé le transport gratuit qui devait nous emmener à notre auberge. Là encore, comme à Colombo, c’était décidément peu clair. Un couple de jeunes Français visiblement aussi perdu que nous errait dans la rue, avant qu’un Sri Lankais ne vienne tous nous aborder : c’était bien lui qui nous emmènerait à notre hébergement! On a donc sympathisé avec les Français à l’occasion du court trajet en minivan. Le gars nous a raconté qu’il faisait un stage en biologie sur les tortues marines quelque part sur la côte est du pays, et qu’il avait beaucoup apprécié son expérience. C’est bien comme stage universitaire, quand même!

Après un dédale de petites allées, voilà que nous étions arrivés à notre bed and breakfast, situé dans la banlieue campagnarde de Nuwara Eliyah. On y a été accueillis en rois par nos hôtes, un couple de quinquagénaires très gentils, qui ont tenu à nous servir un thé et des biscuits! Le thé chaud était bien réconfortant par ce temps maussade et froid : il devait faire entre 10 et 15 degrés! Finis les shorts et les t-shirts : coupes-vent, pantalons et chandails chauds étaient désormais de rigueur! On avait une mignonne chambre avec balcon qui nous donnait une belle vue sur les collines (j’étais particulièrement excité par le balcon haha!)

L’avantage d’avoir choisi de se loger dans les environs de Nuwara Eliyah plutôt que dans la ville même était d’avoir un accès facile à deux attractions locales : Pedro Tea Estate et la chute de Lover’s Leap. On s’est d’abord rendus à pied à la première, en grignotant en passant des genres de samosas aux lentilles. La visite guidée de cette usine de thé, décidément moins ghetto que celle de la veille, a été bien agréable mais un peu moins intéressante que celle qu’on avait faite. Il faut dire qu’on commençait à être des experts en matière de fabrication du thé haha! La visite se terminait par une dégustation de thé dans les beaux locaux vitrés de l’entreprise, qui donnait sur les collines et un petit lac en contrebas. On a partagé notre table avec une gentille famille de Françaises : une mère et ses 2 filles en voyage ensemble au Sri Lanka. La discussion fut particulièrement intéressante pour Marie-Pascale, car les 2 filles travaillaient dans le domaine de la santé en France (elles étaient respectivement infirmière et psychologue). Comme Mémé avait fait un stage à Brest dans le cadre de sa formation de médecine, elle avait aussi pu constater sur place le fonctionnement du système de santé, ce qui a permis d’échanger sur les réalités différentes du Québec et de la France en la matière! Surtout, ça nous a rappelé à quel point les Français sont chanceux en matière de vacances : ils avaient 8 semaines de congé!!

Après cette agréable pause, on a laissé les Françaises pour partir en randonnée. Direction la chute de Lover’s Leap, à travers les plantations de thé! Ce fut une bien belle balade et la chute en tant que telle, haute de 30 mètres, valait le coup d’œil. La légende raconte qu’une histoire d’amour compliquée entre un prince et sa dulcinée s’y est jouée et, qu’au final, le couple, à qui on interdisait qu’ils se fréquentent, a mis un terme tragique à leur histoire en se jetant ensemble du haut de la chute. D’où « Lovers Leap »!

De retour à l’auberge, on s’est reposés un peu avant que je ne réalise en feuilletant le guide qu’il était en plein l’heure d’aller prendre le thé, British-style! On n’a fait ni une ni deux et on a sauté dans un bus public vers Nuwara Eliyah. Nuwara Eliyah est une incongruité toute britannique dans le paysage sri lankais. Les colons, en découvrant cet endroit au début du XIXe siècle, ont immédiatement adopté cette station de montagne dont le climat frais et pluvieux leur rappelait la Grande-Bretagne. C’était aussi l’une des seules régions au Sri Lanka où des légumes et fruits « anglais », tels que la laitue et les fraises, pouvaient être cultivés avec succès, ce qui n’était pas négligeable à l’époque! Nuwara Eliyah est donc devenu un lieu de villégiature prisé, et des villas ont commencé à pousser de part et d’autre de la vallée. Au centre, différents hôtels huppés ont été bâtis autour d’un lac pour accommoder les visiteurs de passage, en plus d’un golf, d’un court de polo et d’un joli parc public (le parc Victoria), l’un des mieux tenus de la colonie. Aujourd’hui encore, ce gros village étendu possède un charme tout britannique. Et quoi de mieux pour se mettre dans l’ambiance que d’aller prendre le  high tea au Grand Hotel?

Nous qui n’en avions jamais fait l’expérience, voilà que, pour un prix très raisonnable, nous étions attablés dans la chic salle à manger/terrasse de ce vieil hôtel devant deux thés délicieux et un assortiment élaboré de petits en-cas et gâteaux servis sur un élégant présentoir étagé! Quel luxe! On est restés au moins 2h à grignoter et à siroter nos thés (eau chaude à volonté!) en bavardant. On a recroisé les 3 Françaises venues visiter l’hôtel, ce qu’on a fait par la suite. Vous savez la scène au début de l’album Tintin au Tibet, où Tintin, le capitaine Haddock et le professeur Tournesol sont en vacances à l’hôtel dans les montagnes, et qu’ils passent leurs journées à lire, à grignoter et à se reposer avec les autres pensionnaires (avant de déranger tout le monde avec un « Tchang!!! » retentissant)? Eh bien ce genre de séjour de villégiature à l’ancienne est exactement l’impression qu’on avait en sirotant notre thé au Grand Hotel!

Toute bonne chose ayant une fin, on a éventuellement quitté à regret le bel hôtel. En sortant, il pleuvotait et il faisait déjà noir. Sans éclairage public, il fallait faire attention sur la sinueuse route qui ceinture le parc Victoria! On a marché un peu avant d’échouer au centre-ville, où on a partagé un genre de kottu aux saucisses dans une gargotte (eh oui, on avait encore faim!) Puis, il a bien fallu rentrer vers notre auberge. Après une bonne attente, on désespérait de trouver des bus qui nous ramèneraient en campagne. Au moment où on s’apprêtait à jeter la serviette et à affréter un tuk-tuk, miracle, un bus s’arrête! Notre arrivée dans cet autobus bondé a fait sensation : malgré une genre d’engueulade intense entre certains passagers weirds dans le bus, de vieux monsieurs super fins à l’avant étaient hyper heureux de nous demander, dans un anglais hésitant, d’où on venait et si on aimait le Sri Lanka! Évidemment, ils se sont aussi mis en quatre pour nous aider à débarquer au bon endroit. On aurait peut-être été un peu inquiets pour notre sécurité dans ce genre de situation (bus avec des individus louches, la nuit) dans d’autres pays mais pas ici, et certainement pas quand on est sous la protection de vénérables et respectés grands-pères haha!

On a dormi du sommeil du juste à notre arrivée à l’auberge, malgré l’heure relativement peu tardive. Il le fallait bien, car on serait debout aux aurores (encore!) le lendemain!

La fin du monde et des bonbons dans la prochaine entrée de blogue! Ne ratez pas ça! J