jeudi 10 janvier 2019

Galle


Dimanche 29 juillet

Salut! C’est toujours François!

Levés de bonne heure le lendemain, on avait demandé à la réception de nous servir un déjeuner sri lankais. Verdict : en fait, c’était essentiellement un genre de rice and curry, avec quelques ajouts étranges… comme des petits poissons entiers marinés?!?! Non, ça, décidément, ça ne passe pas le matin!!

Le plan ce matin était de se rendre en tuk-tuk à la gare de Fort pour prendre le train de 8h30 vers Galle, dans le sud du pays. Comme on n’avait pas de billets et que c’était premier arrivé, premier servi, on nous avait conseillé d’arriver environ 45 minutes d’avance. Il était donc tôt ce matin-là et il nous restait une seule chose à faire avant de partir : payer notre chambre. Vous vous souvenez que, la veille, on avait laisser aller les choses à la recommandation du staff de l’hôtel et accepté de payer le lendemain? Eh ben, on l’a bien regretté ce matin-là! Disons simplement que la loi de Murphy s’est appliquée dans toute sa splendeur! D’abord, il n’y avait personne à la réception, hormis le gars qui nous avait servi le déjeuner. Ce dernier a dû aller cogner à la chambre de la proprio – qui seule s’occupait des comptes –, mais celle-ci prenait sa (longue) douche pendant qu’on attendait en bas… Quand elle est enfin arrivée, son ordinateur a mis une éternité à s’ouvrir, puis son logiciel de paiement a planté… L’enfer! Au final, on a dû patienter au moins une demi-heure juste pour ça! Ahlalala!

Heureusement, le trajet en tuk-tuk vers la gare s’est fait rondement, et on est arrivés une vingtaine de minutes avant le départ du train. Par chance pour nous, il restait des billets! Sur le quai, on s’est fait aborder par un gars qui a entamé une conversation amicale avec nous… laquelle s’est, de façon prévisible, transformée en offre commerciale, ce dernier nous proposant ses services de guide. Un classique! Puis, le train est finalement arrivé!

On était en droit de croire que, logiquement, le train serait vide : après tout, on partait tôt le matin de la ville la plus importante du pays vers le sud, où se terminait la ligne. Que nenni. Les wagons de 2e classe étaient plutôt archi bondés quand on a essayé d’y pénétrer! D’où venaient tous ces gens, Dieu seul le sait, mais toujours est-il qu’on a dû se rabattre sur un espace debout dans l'entre deux wagons pour l’entièreté du trajet de quatre heures!  À nos côtés, deux Allemandes de mon âge en voyage au Sri Lanka, à qui on a parlé pendant un bout!

Et c’était parti pour un superbe trajet en bord de mer! En effet, la voie ferrée a littéralement été bâtie à quelques centaines de mètres, voire moins, de l’océan! L’avantage de notre situation autrement un peu inconfortable était qu’on était face aux portes du wagon, lesquelles demeurent en tout temps ouvertes dans les trains sri lankais! Rien de bien sécuritaire évidemment, mais ce l’était suffisamment pour qu’éventuellement on s’enhardisse et qu’on fasse comme les gens de la place : s’asseoir dans l’espace de la porte, les pieds sur la marche. Quelle sensation grisante que de sentir le vent fouetter son visage alors que les paysages défilent, et de faire quelque chose qui serait CLAIREMENT interdit n’importe où en Occident (et en Chine, d’ailleurs!) En même temps, le train devait rouler à 25 km/h max, alors bon ce n’était pas si pire… Grosse différence de vitesse d’ailleurs, en comparaison avec les TGV chinois!

Le temps a étonnement passé vite dans ce trajet de train qui, à défaut d’être agréable physiquement, l’était certainement mentalement. De temps à autre, quelques évènements interrompaient la linéarité du moment, de la même façon que les gares égrenées le long de la voie arrêtaient le train de temps à autre. Par exemple, la vue d’un éléphant attaché sous une maison (je vous jure que c’est vrai!!) ou la visite régulière des vendeurs de snacks. Ces derniers proposent des mets bien exotiques pour un Québécois, comme des paniers pleins de wade, des boules de lentilles relevées et épicées servies dans des feuilles recyclées (par recyclées, comprendre « le devoir de maths de mon fils il y a 3 semaines »)! On en a mangé plus tard au cours du voyage et c’est très bon! On est par contre devenus gênés quand un touriste a tenté d’en acheté pour 20 roupies au lieu de 30 (moins de 25 cents)… Come on dude, tu t’obstines pour 4 cents! Ça ne vaut rien pour toi et c’est beaucoup pour le vendeur!

Enfin, vers l’heure du midi, on est arrivés à Galle. Si vous trouvez que cette ville a un drôle de nom, ne vous en faites pas, nous aussi. À noter que ça se prononce GÂ-lle plutôt que Galle à la française, ce qui est un peu moins pire!

Pourquoi Galle? Eh bien, parce que cette ville est au Sri Lanka ce que la ville de Québec est au Québec : un magnifique exemple d’une cité coloniale fortifiée bien préservée. Bon, il fait légèrement plus chaud à Galle, il y a plus de palmiers, c’est face à la mer, la ville a été fondée par les Hollandais et c’est nettement moins accidenté que Québec, mais sinon c’est pareil! J

On est donc entrés dans la vieille ville par la grande porte sous les remparts afin de trouver un endroit où dormir. Après quelques essais infructueux, on s’est trouvés une chambre dans une guesthouse où on a été accueillis par un couple de grands-parents sri lankais vraiment cutes! Une fois bien installés, on est partis à la découverte de Galle sous un chaud soleil.

Premier constat : la vieille ville a indéniablement un charme sournois, un peu indolent, une impression renforcée par ses invitantes allées de pierres, ses jolies maisons blanchies à la chaux, ses fleurs omniprésentes et sa végétation tropicale, sur fond d’océan azur. En fait, ça ressemble un peu à Cartagena, en Colombie, comme ambiance! En tout cas, ce n’est vraiment pas difficile de voir pourquoi c’est un must de tout itinéraire touristique au sud du Sri Lanka! Évidemment, la contrepartie de tout ça (comme à Québec, encore une fois), c’est qu’une bonne partie du centre est désormais envahi par les boutiques pour touristes, lesquels déambulent par ailleurs en grand nombre dans les rues. Ça enlève un peu de charme mais l’endroit demeure très agréable tout de même. Heureusement, notre auberge était située un peu en retrait de la cohue, entre un temple bouddhiste et un parc où les habitants du coin s’exerçaient au cricket, le sport national. En se baladant, on a d’abord fait un arrêt dans un petit kiosque pour y boire un bon bubble tea, avant d’attaquer un extraordinaire rice and curry quelques mètres plus loin. L’assiette pour deux venait avec 10 différents plats de curry végétariens et de viande, tous plus goûteux les uns que les autres : un véritable délice!

Repus, on a d’abord visité le temple bouddhiste près de notre auberge. Tout le monde sait que le bouddhisme tire son origine de l’Inde, mais cette religion est désormais tellement associée à l’Asie de l’Est que l’on s’imagine bien plus facilement ce genre de lieu à la sauce chinoise. Pas de ça ici : ce sont bien davantage les influences hindoues qui paraissaient dans ce temple, par ailleurs très simple et ornées de fresques où le style indien était évident. Ah, et on doit enlever ses chaussures dans les temples ici, comme au Japon!

Par la suite, on s’est lancés dans l’exploration de Galle: ses remparts, ses vieux bâtiments et églises, ses portes imposantes, son phare colonial, sa plage… Une superbe balade dans ces lieux chargés d’histoire. Il faut s’imaginer en regardant l’architecture autour de soi ce qu’a pu être le quotidien d’un soldat hollandais ou anglais affecté à ce poste de traite reculé de l’empire, dans une contrée plus ou moins hostile… Parlant de plage, soit dit en passant, les femmes sri lankaises se baignent entièrement habillées ici. Il faut dire que c’est quand même un pays profondément religieux, aux mœurs assez conservatrices…

Je vous parlais de cricket un peu plus tôt, ce sport étrange dont toute l’Asie du Sud (et d’autres places bizarres comme le Guyana et le Royaume-Uni) sont friands. Lors de l’une de nos pauses sur une jolie place de la vieille ville, on a eu l’occasion de voir deux équipes s’affronter à la bonne franquette, c’est-à-dire sans aucun équipement et à un emplacement où le risque de briser une vitre patrimoniale ou d’assommer un passant avec la balle était bien réel! Même si on ne comprenait strictement rien, c’était intéressant à regarder! Pour vous résumer ce qu’on a saisi, en gros, ça ressemble un peu au baseball : un lanceur lance une balle dure à un batteur qui doit l’envoyer le plus loin possible sans qu’elle ne soit attrapée par l’autre équipe. Les joueurs ont droit à un certain nombre d’essais avant d’être retirés et avant que les équipes ne changent de rôle. En tout cas, il y a une vraie ferveur autour de ça ici!

Après un moment, on a quitté la vieille ville pour aller voir ce qu’il y avait à l’extérieur des murailles. C’est ainsi qu’on a pu visiter le vieux marché hollandais pittoresque, avec ses grappes de fruits colorés et ses épices, ainsi qu’un autre joli marché aux légumes. Et c’est aussi comme ça qu’on est tombés sur un autre de ces arnaqueurs… Cette fois, il a commencé par jouer sur les sentiments : « Oh vous êtes Canadiens, le Canada nous a beaucoup aidé lors du tsunami de 2004! » Pour ceux qui s’en souviennent, le Sri Lanka avait été particulièrement touché par cette catastrophe dévastatrice qui avait tué des centaines de milliers de personnes sur tout le pourtour de l’océan Indien. Toujours est-il que le gars en question insistait beaucoup pour nous emmener à un supposé marché d'épices... On a usé de mille astuces pour s’en débarrasser poliment. Finalement, il a dû se rendre compte que ça ne marcherait pas avec nous et a joué cartes sur tables : est-ce qu’on ne pourrait pas lui acheter du lait pour bébé et d’autres accessoires semblables? Il connaissait un endroit où ce n’était pas cher… Ah, l’art de susciter la culpabilité… Pas de chance, on connaissait déjà cet air-là et on se l’était fait servir trop souvent pour que ce soit vrai… On lui a souhaité bonne chance et on l’a laissé en plan. Mais ce n’est jamais facile à faire…

Cet épisode nous a à tout le moins permis de nous rapprocher de la mer à force de marcher, et on a déambulé le long du boardwalk où s’échouaient d’énormes vagues qui arrosaient le trottoir par moments. On peut avec horreur imaginer ce que ça a pu être quand le tsunami s’est abattu ici… Pour l’heure, heureusement, l’eau de mer était bien innocente et faisait le bonheur des gros crabes cachés dans les anfractuosités du ciment.

De retour à la vieille ville de Galle, le jour tombait. Timing parfait pour aller regarder le coucher de soleil sur les remparts face à la mer, en grignotant des snacks locaux! On s’est confortablement installés face au soleil, avec la brise de mer en guise de ventilateur, et on s’est dit que la vie n’était pas trop mal ! Évidemment, nous n’étions pas les seuls à profiter du spectacle, et qui dit touristes dit aussi vendeur de gogosses ambulants. L’un d’entre eux était particulièrement insistant : il est vraiment venu 8 fois nous gosser (on a compté!!) pour qu’on acheter ses bébelles, même si on refusait tout le temps! Rendu là, c’est soit de l’optimisme indécrottable, soit de l’aveuglement volontaire!

Il faisait nuit quand on s’est motivés à quitter le décidément magnifique panorama qu’avait été ce coucher de soleil et qu’on est revenus dans le dédale des rues de la vieille ville pour manger. On a soupé sur la rue – notre table était littéralement posée sur la voie – d’un excellent deviled chicken et d’un kottu roti, deux autres classiques de la cuisine sri lankaise. Le premier est un poulet en dé dans une sauce sucrée et piquante, sur du riz – miam! – alors que le kottu roti est un délicieux mélange de crêpe salée, d’œufs, de légumes et d’épices coupées en petits morceaux.

Comme on n’avait pas encore assez marché durant la journée (!), on a terminé notre exploration de Galle par une balade nocturne sur les remparts face à la mer. Ce qui nous a permis de jaser un moment avec des Sri Lankais qui avaient – bien sûr – de la famille à Toronto. Enfin, on est revenus à l'auberge où, visiblement, le couple de personnes âgées qui nous hébergeait tenait à nous dire quelque chose dans un anglais hésitant. On a finalement compris que « les Chinois sont bruyants hihi », une référence au groupe de touristes chinois qui avaient investi notre hôtel (et qu’on n’entendait pas tant que ça, parole de quelqu’un qui vit en Chine!) Une bonne douche avant le dodo nous a débarrassé du mélange de sueur/sel marin/crème solaire qui nous collait à la peau… Eh oui, ne croyez pas Instagram : on est sales au bout d’une journée de voyage!

1 commentaire:

  1. Reçu cp de Ch auj, merci! Et encore merci pour ce blogue, j'aime les ressemblances établies. K

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