Dimanche 29 juillet
Salut! C’est toujours François!
Levés de bonne heure le lendemain, on avait demandé à la réception de
nous servir un déjeuner sri lankais. Verdict : en fait, c’était
essentiellement un genre de rice and curry, avec quelques ajouts étranges…
comme des petits poissons entiers marinés?!?!
Non, ça, décidément, ça ne passe pas le matin!!
Le plan ce matin était de se
rendre en tuk-tuk à la gare de Fort pour prendre le train de 8h30 vers Galle,
dans le sud du pays. Comme on n’avait pas de billets et que c’était premier
arrivé, premier servi, on nous avait conseillé d’arriver environ 45 minutes
d’avance. Il était donc tôt ce matin-là et il nous restait une seule chose à
faire avant de partir : payer notre chambre. Vous vous souvenez que, la
veille, on avait laisser aller les choses à la recommandation du staff de
l’hôtel et accepté de payer le lendemain? Eh ben, on l’a bien regretté ce matin-là!
Disons simplement que la loi de Murphy s’est appliquée dans toute sa splendeur!
D’abord, il n’y avait personne à la réception, hormis le gars qui nous avait
servi le déjeuner. Ce dernier a dû aller cogner à la chambre de la proprio –
qui seule s’occupait des comptes –, mais celle-ci prenait sa (longue) douche
pendant qu’on attendait en bas… Quand elle est enfin arrivée, son ordinateur a
mis une éternité à s’ouvrir, puis son logiciel de paiement a planté… L’enfer!
Au final, on a dû patienter au moins une demi-heure juste pour ça! Ahlalala!
Heureusement, le trajet en
tuk-tuk vers la gare s’est fait rondement, et on est arrivés une vingtaine de
minutes avant le départ du train. Par chance pour nous, il restait des billets!
Sur le quai, on s’est fait aborder par un gars qui a entamé une conversation
amicale avec nous… laquelle s’est, de façon prévisible, transformée en offre
commerciale, ce dernier nous proposant ses services de guide. Un classique!
Puis, le train est finalement arrivé!
On était en droit de croire
que, logiquement, le train serait vide : après tout, on partait tôt le
matin de la ville la plus importante du pays vers le sud, où se terminait la
ligne. Que nenni. Les wagons de 2e classe étaient plutôt archi
bondés quand on a essayé d’y pénétrer! D’où venaient tous ces gens, Dieu seul
le sait, mais toujours est-il qu’on a dû se rabattre sur un espace debout dans l'entre deux
wagons pour l’entièreté du trajet de quatre heures! À nos côtés, deux Allemandes de mon âge en
voyage au Sri Lanka, à qui on a parlé pendant un bout!
Et c’était parti pour un superbe trajet en bord de mer!
En effet, la voie ferrée a littéralement été bâtie à quelques centaines de
mètres, voire moins, de l’océan! L’avantage de notre situation autrement un peu
inconfortable était qu’on était face aux portes du wagon, lesquelles demeurent
en tout temps ouvertes dans les trains sri lankais! Rien de bien sécuritaire
évidemment, mais ce l’était suffisamment pour qu’éventuellement on s’enhardisse
et qu’on fasse comme les gens de la place : s’asseoir dans l’espace de la
porte, les pieds sur la marche. Quelle sensation grisante que de sentir le vent
fouetter son visage alors que les paysages défilent, et de faire quelque chose
qui serait CLAIREMENT interdit n’importe où en Occident (et en Chine,
d’ailleurs!) En même temps, le train devait rouler à 25 km/h max, alors bon ce
n’était pas si pire… Grosse différence de vitesse d’ailleurs, en comparaison
avec les TGV chinois!
Le temps a étonnement passé vite dans ce trajet de
train qui, à défaut d’être agréable physiquement, l’était certainement
mentalement. De temps à autre, quelques évènements interrompaient la linéarité
du moment, de la même façon que les gares égrenées le long de la voie
arrêtaient le train de temps à autre. Par exemple, la vue d’un éléphant
attaché sous une maison (je vous jure que c’est vrai!!) ou la visite régulière
des vendeurs de snacks. Ces derniers proposent des mets bien exotiques pour un
Québécois, comme des paniers pleins de wade, des boules de lentilles relevées
et épicées servies dans des feuilles recyclées (par recyclées, comprendre
« le devoir de maths de mon fils il y a 3 semaines »)! On en a mangé
plus tard au cours du voyage et c’est très bon! On est par contre devenus gênés
quand un touriste a tenté d’en acheté pour 20 roupies au lieu de 30 (moins de
25 cents)… Come on dude, tu t’obstines pour 4 cents! Ça ne vaut rien pour toi
et c’est beaucoup pour le vendeur!
Enfin, vers l’heure du midi, on est arrivés à Galle.
Si vous trouvez que cette ville a un drôle de nom, ne vous en faites pas, nous
aussi. À noter que ça se prononce GÂ-lle plutôt que Galle à la française, ce qui est un peu moins
pire!
Pourquoi Galle? Eh bien, parce que cette ville est au Sri Lanka ce que
la ville de Québec est au Québec : un magnifique exemple d’une cité
coloniale fortifiée bien préservée. Bon, il fait légèrement plus chaud à Galle,
il y a plus de palmiers, c’est face à la mer, la ville a été fondée par les
Hollandais et c’est nettement moins accidenté que Québec, mais sinon c’est
pareil! J
On est donc entrés dans la vieille ville par la grande porte sous les
remparts afin de trouver un endroit où dormir. Après quelques essais
infructueux, on s’est trouvés une chambre dans une guesthouse où on a été
accueillis par un couple de grands-parents sri lankais vraiment
cutes! Une fois bien installés, on est partis à la découverte de Galle
sous un chaud soleil.
Premier constat : la vieille ville a indéniablement un charme sournois,
un peu indolent, une impression renforcée par ses invitantes allées de pierres,
ses jolies maisons blanchies à la chaux, ses fleurs omniprésentes et sa
végétation tropicale, sur fond d’océan azur. En fait, ça ressemble un peu à
Cartagena, en Colombie, comme ambiance! En tout cas, ce n’est vraiment pas
difficile de voir pourquoi c’est un must de tout itinéraire touristique au sud
du Sri Lanka! Évidemment, la contrepartie de tout ça (comme à Québec, encore
une fois), c’est qu’une bonne partie du centre est désormais envahi par les
boutiques pour touristes, lesquels déambulent par ailleurs en grand nombre dans
les rues. Ça enlève un peu de charme mais l’endroit demeure très agréable tout
de même. Heureusement, notre auberge était située un peu en retrait de la
cohue, entre un temple bouddhiste et un parc où les habitants du coin
s’exerçaient au cricket, le sport national. En se baladant, on a d’abord fait un
arrêt dans un petit kiosque pour y boire un bon bubble tea, avant d’attaquer un
extraordinaire rice and curry quelques mètres plus loin.
L’assiette pour deux venait avec 10 différents plats de curry végétariens et de
viande, tous plus goûteux les uns que les autres : un véritable délice!
Repus, on a d’abord visité le temple bouddhiste près
de notre auberge. Tout le monde sait que le bouddhisme tire son origine de
l’Inde, mais cette religion est désormais tellement associée à l’Asie de l’Est
que l’on s’imagine bien plus facilement ce genre de lieu à la sauce chinoise.
Pas de ça ici : ce sont bien davantage les influences hindoues qui paraissaient dans ce temple, par ailleurs très simple et
ornées de fresques où le style indien était évident. Ah, et on doit enlever ses
chaussures dans les temples ici, comme au Japon!
Par la suite, on s’est lancés dans l’exploration de
Galle: ses remparts, ses vieux bâtiments et églises, ses portes imposantes, son
phare colonial, sa plage… Une superbe balade dans ces lieux chargés d’histoire.
Il faut s’imaginer en regardant l’architecture autour de soi ce qu’a pu être le
quotidien d’un soldat hollandais ou anglais affecté à ce poste de traite reculé
de l’empire, dans une contrée plus ou moins hostile… Parlant de plage, soit dit
en passant, les femmes sri lankaises se baignent entièrement habillées ici. Il faut
dire que c’est quand même un pays profondément religieux, aux mœurs assez
conservatrices…
Je vous parlais de cricket un peu plus tôt, ce sport
étrange dont toute l’Asie du Sud (et d’autres places bizarres comme le Guyana
et le Royaume-Uni) sont friands. Lors de l’une de nos pauses sur une jolie
place de la vieille ville, on a eu l’occasion de voir deux équipes s’affronter
à la bonne franquette, c’est-à-dire sans aucun équipement et à un emplacement
où le risque de briser une vitre patrimoniale ou d’assommer un passant avec la
balle était bien réel! Même si on ne comprenait strictement rien, c’était
intéressant à regarder! Pour vous résumer ce qu’on a saisi, en gros, ça
ressemble un peu au baseball : un lanceur lance une balle dure à un
batteur qui doit l’envoyer le plus loin possible sans qu’elle ne soit attrapée
par l’autre équipe. Les joueurs ont droit à un certain nombre d’essais avant
d’être retirés et avant que les équipes ne changent de rôle. En tout cas, il y
a une vraie ferveur autour de ça ici!
Après un moment, on a quitté la vieille ville pour
aller voir ce qu’il y avait à l’extérieur des murailles. C’est ainsi qu’on a pu
visiter le vieux marché hollandais pittoresque, avec ses grappes de fruits
colorés et ses épices, ainsi qu’un autre joli marché aux légumes. Et c’est
aussi comme ça qu’on est tombés sur un autre de ces arnaqueurs… Cette fois, il
a commencé par jouer sur les sentiments : « Oh vous êtes Canadiens,
le Canada nous a beaucoup aidé lors du tsunami de 2004! » Pour ceux qui
s’en souviennent, le Sri Lanka avait été particulièrement touché par cette
catastrophe dévastatrice qui avait tué des centaines de milliers de personnes
sur tout le pourtour de l’océan Indien. Toujours est-il que le gars en question
insistait beaucoup pour nous emmener à un supposé marché d'épices... On a usé
de mille astuces pour s’en débarrasser poliment. Finalement, il a dû se rendre
compte que ça ne marcherait pas avec nous et a joué cartes sur tables :
est-ce qu’on ne pourrait pas lui acheter du lait pour bébé et d’autres
accessoires semblables? Il connaissait un endroit où ce n’était pas cher… Ah,
l’art de susciter la culpabilité… Pas de chance, on connaissait déjà cet air-là
et on se l’était fait servir trop souvent pour que ce soit vrai… On lui a
souhaité bonne chance et on l’a laissé en plan. Mais ce n’est jamais
facile à faire…
Cet épisode nous a à tout le moins permis de nous
rapprocher de la mer à force de marcher, et on a déambulé le long du boardwalk
où s’échouaient d’énormes vagues qui arrosaient le trottoir par moments. On
peut avec horreur imaginer ce que ça a pu être quand le tsunami s’est abattu
ici… Pour l’heure, heureusement, l’eau de mer était bien innocente et faisait
le bonheur des gros crabes cachés dans les anfractuosités du ciment.
De retour à la vieille ville de Galle, le jour
tombait. Timing parfait pour aller regarder le coucher de soleil sur les
remparts face à la mer, en grignotant des snacks locaux! On s’est confortablement
installés face au soleil, avec la brise de mer en guise de ventilateur, et on
s’est dit que la vie n’était pas trop mal ! Évidemment, nous n’étions pas les
seuls à profiter du spectacle, et qui dit touristes dit aussi vendeur de
gogosses ambulants. L’un d’entre eux était particulièrement insistant : il
est vraiment venu 8 fois nous gosser (on a compté!!) pour qu’on acheter ses
bébelles, même si on refusait tout le temps! Rendu là, c’est soit de
l’optimisme indécrottable, soit de l’aveuglement volontaire!
Il faisait nuit quand on s’est motivés à quitter le
décidément magnifique panorama qu’avait été ce coucher de soleil et qu’on est
revenus dans le dédale des rues de la vieille ville pour manger. On a soupé sur
la rue – notre table était littéralement posée sur la voie – d’un excellent
deviled chicken et d’un kottu roti, deux autres classiques de la cuisine sri
lankaise. Le premier est un poulet en dé dans une sauce sucrée et piquante, sur
du riz – miam! – alors que le kottu roti est un délicieux mélange de crêpe
salée, d’œufs, de légumes et d’épices coupées en
petits morceaux.
Comme on n’avait pas encore
assez marché durant la journée (!), on a terminé notre exploration de Galle par
une balade nocturne sur les remparts face à la mer. Ce qui nous a permis de
jaser un moment avec des Sri Lankais qui avaient – bien sûr – de la famille à
Toronto. Enfin, on est revenus à l'auberge où, visiblement, le couple de
personnes âgées qui nous hébergeait tenait à nous dire quelque chose dans un
anglais hésitant. On a finalement compris que « les Chinois sont bruyants
hihi », une référence au groupe de touristes chinois qui avaient investi
notre hôtel (et qu’on n’entendait pas tant que ça, parole de quelqu’un qui vit
en Chine!) Une bonne douche avant le dodo nous a débarrassé du mélange de
sueur/sel marin/crème solaire qui nous collait à la peau… Eh oui, ne croyez pas
Instagram : on est sales au bout d’une journée de voyage!
Reçu cp de Ch auj, merci! Et encore merci pour ce blogue, j'aime les ressemblances établies. K
RépondreEffacer