Jeudi 2 août
Salut! C’est encore et toujours François, qui vous
guidera dans nos péripéties dans la savane! (MP : Un gros merci à mon
merveilleux copain pour sa mémoire exceptionnelle de nos voyages et pour son
dévouement pour le blog haha)
À 5h du matin, les yeux bouffis de sommeil, c’est dans
une ambiance pâteuse qu’on a pris le thé et quelques gâteaux avec le
couple de backpackers qui nous accompagnerait pour ce safari matinal. On ne
faisait que grignoter dans la pénombre sachant qu’on allait déjeuner au retour
de notre exploration du parc national, vers 10h. Pourquoi diantre fallait-il se
lever si tôt pour cette activité? Parce que c’est le matin qui est le moment où
les animaux sont le plus actifs, et qu’on aurait le plus de chances de les
croiser. Évidemment, on aurait apprécié qu’ils soient le plus actifs vers
10-11h, mais que voulez-vous! Un touriste anonyme, croisé à San Pedro de
Atacama lors de notre voyage au Chili en 2013, avait eu ces mots philosophiques
en observant une publicité pour un tour guidé dans les environs pour lequel il
était nécessaire de se lever aux aurores : « Peu de choses au monde
valent la peine de se lever à 4h du matin ». Eh bien, disons que la
promesse de voir de très près des éléphants faisait partie de ces peu de choses
au monde!
On est rapidement partis dans la jeep et on a roulé à
travers le village endormi vers le parc national d’Uda Walawe, alors
qu’apparaissaient lentement de pâles rayons de soleil. Seuls les pauvres
soldats qui gardaient le camp militaire (qui par ailleurs ressemblait davantage
à un gros atelier de réparation de vieux véhicules) avaient vraiment l’air
alertes! Dans la jeep, on était dans la benne à aire ouverte, où avaient été
installés des bancs afin qu’on puisse confortablement voir les animaux. Après
un pit stop dans un dépanneur pour acheter des biscuits, on s’est engagés sur
le barrage qui délimite le lac de retenue autour duquel a été formé le parc en
question. Et c’est là, alors que le soleil se levait, qu’on a vu notre premier
éléphant! Notre chauffeur/guide, un jeune Sri Lankais affable, a cependant eu
tôt fait de tempérer notre enthousiasme. « Il est toujours là » nous
a-t-il dit, « il attend de l’autre côté de la grille que les gens le
nourrissent. Il ne faut pas mais il est habitué maintenant, alors il broute
l’herbe au bord de la route en espérant que quelqu’un vienne lui donner un
petit quelque chose de plus! » Une belle illustration de la délicate
cohabitation humains-animaux dans cette partie assez peuplée du Sri Lanka…
Exemple tout aussi parlant, la présence de hautes clôtures anti-éléphants sur
le bord de la route sur toute la longueur du parc national. Les éléphants sont
des animaux intelligents, imposants et à l’appétit sans fond : imaginez
les ravages qu’ils peuvent causer dans un champ de légumes (ainsi qu’au
cultivateur qui tente de les en chasser!). Pour éviter ces confrontations
inutiles (qui tuent malheureusement à chaque année encore quelques hommes et
bêtes dans tout le pays), la clôture est un rempart nécessaire pour séparer le
monde des humains de celui des éléphants!
C’est en arrivant au point d’accès au parc qu’on a
réalisé que nous ne serions pas les seuls… En effet, il devait bien y avoir là
une trentaine de jeeps! Comme on peut s’en douter, les safaris sont maintenant
la business la plus lucrative en ville, alors bien des villageois ont décidé
d’acheter un véhicule pour aller chercher leur part de la manne touristique.
Sauf que plusieurs d’entre elles étaient à moitié vides… Il me semble que ça
aurait été plus efficace de se coordonner entre voisins pour remplir une seule
jeep avec des touristes logeant à plusieurs endroits… non? Tout le monde aurait
été gagnant, et les frais auraient été divisés à plusieurs… En tout cas. Autre
incongruité, la nécessité d’attendre très longtemps que notre guide aille acheter
nos billets à l’accueil du parc. Évidemment, c’est sûr que c’est long quand
tous les guides arrivent en même temps et se pointent tous ensemble à l’accueil
pour acheter leurs billets! Ce ne serait pas possible de les acheter d’avance?
Ça économiserait du temps à tout le monde… On jase là…
Enfin, billets en mains, il est environ 6h30 quand on
pénètre dans le parc national! En termes de végétation, l’endroit ressemblait
un peu au safari qu’on avait fait au Sénégal, baobabs en moins! On était dans
la brousse sèche de la savane, sertie d’arbres épineux et de buissons bas, avec
à l’horizon le massif imposant des Central Highlands. Un bien joli endroit!
Rapidement, les animaux se sont montrés le bout du
museau et du bec. Il faut dire que le parc, bien que sauvage, n’est pas immense
et que c’est un très bon endroit pour faire connaissance avec la faune locale. Côté
oiseaux, on a vu beaucoup de paons et de nombreuses perruches verts fluo!
Heureusement que notre guide aux yeux de lynx nous a pointé le caméléon en bord
de route, car on ne l’aurait jamais aperçu sinon sur sa branche! Côté
mammifères, on a été abondamment servis en matière de buffles, avant de tomber
nez à nez avec les stars du parc : des éléphants! Cachés par les arbres
broussailleux, il ne passaient néanmoins pas inaperçus. Bientôt, un petit
embouteillage de jeeps encombrait la piste pour voir les pachydermes!
Heureusement, ce fut à peu près le seul moment où on était nombreux au même
endroit, les autres jeeps se perdant dans le labyrinthe de sentiers qui
quadrillent le parc.
Puis, on a été téléportés en plein documentaire du
National Geographic en arrivant à un point d’eau bien boueuse. Alors que les crocodiles
se faisaient griller au soleil d’un côté de la mare, un troupeau de buffles
s’approchait du lac de l’autre côté et commençait à s’y abreuver prudemment!...
Alerté, un crocodile s’est immergé et s’est mis à nager silencieusement vers le
troupeau. Il demeurait néanmoins à bonne distance des buffles, qui l’avaient
évidemment à l’œil. Moment de tension… Allions-nous assister à une attaque
foudroyante du crocodile sur un bufflon? Finalement, non : le crocodile,
intimidé par le nombre de buffles, a préféré pour l’heure battre en retraite…
Le troupeau a ensuite regagné la sécurité du boisé. Mais cette scène se rejoue
assurément plusieurs fois par jour, avec des dénouements moins heureux pour les
paisibles herbivores!
Dans une autre mare nous attendait un spectacle
autrement plus attendrissant : un éléphant qui buvait et se lavait avec sa
trompe! (cette fois, sans un public de gros lézards à l’affût). Inutile de vous
dire que Marie-Pascale fondait littéralement de ravissement face à cette
surdose de cuteness qu’inspirait ce gros bêta qui prenait un plaisir évident à
s’asperger d’eau brune avec sa trompe! Puis, est arrivé le clou du
safari : 2 éléphants ont traversé la piste tout juste devant notre
jeep : une maman et son bébé! Ils ont pris leur temps et on a pu les
observer longuement : c’était vraiment extraordinaire! Même le guide, qui
n’en était pas à ses premiers pachydermes, semblait impressionné. « C’est
rare qu’on voit ça! » nous a-t-il confié, « vous êtes très
chanceux! »
Pour notre dernier arrêt, on débarquait du jeep pour
s’aventurer à pied en plein dans le territoire des crocodiles. Une rivière
opaque aux rives craquelées, entourée de part et d’autre d’une plaine de boue
séchée et de quelques arbres morts, voilà l’habitat un peu sinistre (malgré le
beau ciel bleu) que notre guide voulait qu’on explore pour y débusquer ces gros
reptiles antipathiques. On s’est approchés jusqu’à la rive, où on a bien vu les
crocos nager sournoisement dans l’eau et tenter (sans succès) de croquer les
grues blanches qui picoraient la vase. Brrr…. On a marché un peu sur le bord -
mais pas trop, juste au cas! -, on a pris une photo pour témoigner de notre
courage, puis on est repartis! Bon, c’est vrai, les charmantes bêtes n’étaient
pas très actives, mais les salties – comme on appelle cette variété de
crocodile qui vit tout aussi bien dans la mer que dans l’eau douce – ne sont
quand même pas à prendre à la légère!
Sur ce, on est revenus vers l’entrée du site et ce fut
la fin de notre super safari! Enfin, pas tout à fait : sur le chemin du
retour vers Silent Bungalow, on a revu notre premier éléphant sur le bord du
réservoir. Cette fois par contre, l’appel de la nature a fait des siennes et on
a eu une vue imprenable sur l’animal qui faisait ses besoins sans vergogne sous
les regards amusés des touristes! Voir un éléphant qui défèque, check!… Enfin…
On a pris un bon déjeuner au Silent Bungalow puis le
proprio nous a gentiment déposé à l’arrêt de bus, où on a dit au revoir aux
backpackers qui nous avaient accompagnés lors du safari. Un bien bel arrêt
animalier en tout cas! Prochaine étape : la station de montagne d’Ella!
Mais d’abord, évidemment, un changement de bus dans un autre ville quelconque
(mais au nom plus facilement prononçable cette fois) : Wellawaya.
Évidemment, une fois là-bas, un chauffeur de tuk-tuk a déployé les astuces
habituelles pour nous convaincre de monter avec lui (« Il n’y a pas de bus
avant la fin de la journée! Ça prend 3h en bus! ») mais on a résisté
à ses chants de sirène. De manière prévisible, il y avait un bus 15 minutes
après notre arrivée et le trajet ne durait qu’une heure… J
De Wellawaya, on quittait les plaines pour s’attaquer
au Central Highlands, les montagnes qui forment le cœur du Sri Lanka.
Rapidement, la route s’est mise à grimper, il a plu et la température s’est
mise à baisser. Les paysages sont vite devenus spectaculaires, sachant que la
route serrait de près le flanc des montagnes, le tout dans un cadre luxuriant! Notre
bus a gravi non sans peine les pentes accidentées, croisant au passage des
bandes de singes dans les arbres et les jolies Rawana Ella Falls où des gens se
baignaient dans le bassin au bas des chutes (malgré de gros panneaux
l’interdisant). Enfin, on est arrivés à Ella en milieu d’après-midi.
Pour la décrire rapidement, Ella est grosso modo un
croisement de route de montagne ayant pris des proportions démesurées en raison
du tourisme backpack de masse! À l’origine une station de montagne secondaire
où les colons britanniques exploitaient des champs de thé, Ella est devenue une
Mecque touristique en raison des beaux paysages qui l’entourent.
Résultat : on y trouve énormément de pensions, de restos et de bars pour
backpackers, les touristes sont partout et il y a bien longtemps que le petit
village anonyme et tranquille s’est métamorphosé en Disneyland du hiking! Nous
qui avions entendus de bons commentaires au sujet de cet endroit, voilà qui
nous a un peu refroidis en descendant du bus…
On a cherché longtemps une auberge mais, cette fois,
tout était plein… Ella étant faite en pente, disons qu’on suait pas mal à force
de monter et descendre les rues sous le gros soleil!… Finalement, on a fini par
trouver une chambre libre dans une maison bleue un peu en retrait du carnaval
du centre-ville. On a été récompensés pour notre patience par notre rencontre
avec Rose, notre hôte, un gars d’une vingtaine d’années absolument charmant qui
nous a énormément aidé à organiser tout plein de choses! Oui, Rose, c’est un
nom étonnant pour un gars, ça nous a surpris aussi haha! Tsé dans la vie, il y
a des gens qui ne sont pas bons dans le service client, d’autres qui sont corrects,
et quelques personnes exceptionnelles qui pourraient vendre sans problème du
sable au Sahara. Eh bien, Rose entrait dans la dernière catégorie! C’est
difficile à expliquer, mais il mettait immédiatement en confiance, probablement
en raison de son souci sincère de nous aider, de sa proactivité, de son désir
de ne pas être gossant et de son évident enthousiasme à faire son travail!
Avec tout ça, il était rendu assez tard en PM! On
n’avait pas encore dîné alors on s’est pris un snack bien satisfaisant de kottu
roti au centre-ville, puis on a exploré le village. Notre premier arrêt fût la
gare ferroviaire, dont on dit qu’elle la mieux entretenue au pays. Tant mieux
si c’est bien le cas, mais en tout cas c’est certainement un mignon bâtiment
hérité du passé colonial du Sri Lanka, sis sur une colline qui surplombe la
petite ville. Notre objectif était de réserver des billets de train à une heure
décente dans 2 jours, pour ce qui est universellement décrit comme l’un des
trajets de train les plus impressionnants au monde : le tronçon
Ella-Nuwara Eliyah-Kandy. Or, nous n’étions pas seuls à vouloir faire ce
trajet. Tout était déjà pas mal plein! Et pas moyen d’avoir des places dans le
wagon spécial d’observation (avec de grandes fenêtres), pour lequel il fallait
réserver des mois d’avance! Bon… alors on partira le 4 août en matinée, avec en
mains des tickets 2e classe achetés le jour même, en espérant
trouver un endroit où s’asseoir!
Comme Ella n’est pas très étendue, une fois notre
passage à la gare terminé, on avait déjà pas mal fait le tour. Quoi de mieux
alors que de faire une pause pour observer une partie de cricket? Du haut de la
butte, on avait une vue imprenable sur ce sport aux règles décidément incompréhensibles.
On a pu en tout cas en discuter avec une famille britannique passionnée par ce
sport étrange, dont le plus jeune fils faisait partie d’une équipe de cricket
en Angleterre! Ce qui est sûr, c’est qu’à Ella comme à Galle, les balles manquaient
ici aussi de briser des fenêtres, de détruire les autos et d’assommer les
piétons!
La nuit tombait et il était temps de manger. Direction
Matey Hut, une minuscule cabane près du
pont de chemin de fer! Le Lonely Planet chantait les louanges de ce shack sans
prétention où dix personnes tout au plus pouvaient manger en même temps. Sans
farce, les gens faisaient la file dehors! En tout cas, on n’a pas été déçus! On
y a savouré de délicieux rice and curry à la mangue avec de bons jus de fruit.
Sérieusement, depuis le début, la cuisine sri lankaise est décidément un hit
pour nous : rares sont les moments où on n’a pas apprécié les plats!
De retour à notre auberge, le toujours avenant Rose
nous a demandé si on voulait essayer un massage ayurvédique en ville tant qu’à
être de passage. Pourquoi pas demain soir? « Viens, je vais te montrer
c’est où, tu vas pouvoir jaser avec le proprio, c’est un ami! » Sans faire
ni une ni deux, il me faisait monter sur sa mobylette pour qu’on aille ensemble
voir l’endroit en question. Il m’a jasé ça tout le long en saluant tout le
monde, car il semblait apparemment connaître le village en entier. L’endroit
avait l’air bien, le prix correct, et on a donc convenu qu’on reviendrait le
lendemain après notre journée de rando!
Une fois couché, impossible de m’endormir. D’une part,
des lumières extérieures vraiment crues éclairaient toute la chambre et,
d’autre part, les chiens du voisinage jappaient de façon incessante! J’avais beau
avoir mon cache-soleil et mes bouchons, rien n’y faisait. Il faut dire que je
commençais à être bien enrhumé, ce qui n’aidait pas non plus (le rhume en
voyage, un grand classique!) Finalement, en pleine nuit, je n’en pouvais plus
et je suis sorti en pyjama à l’extérieur essayer tous les interrupteurs (il
devait bien y en avoir une vingtaine répartis un peu partout autour du bâtiment)
avant de finalement trouver celle qui éteignait les infâmes spots braqués sur
notre chambre. Enfin!! À peu près en même temps, les chiens ont tous arrêté de
japper et j’ai pu dormir en reniflant sereinement pour le reste de la nuit!
À bientôt!
Les clôtures servent aussi à réduire les accidents avec les véhicules, si je me fie à celles qui restreignent les orignaux dans le Parc. ET à limiter les migrations, si on regarde au sud.
RépondreEffacerEn effet... ça a du sens!
Effacer