Dimanche 5 août
Salut tout le monde! C’est
François!
« Peu de choses au monde valent la peine de se
lever à 4h du matin » : j’avais évoqué cette citation parfaitement
vraie quand on s’était levés à une heure pas possible pour aller voir les
éléphants à Uda Walawe. Eh bien, il faut croire qu’en voyage il y en a plus
souvent qu’à l’habitude, des choses qui en valent la peine, car voilà qu’on
remettait ça ce matin-là pour se rendre au parc national Horton Plains!
Dans la nuit noire, le froid et le vent, les yeux dans
le même trou, on a quitté en minibus le bed and breakfast… avant que je ne me
rappelle que j’avais encore la clé de la chambre dans mes poches. Demi-tour!!
Heureusement, nous n’étions pas bien loin… Après ce faux-départ, on est partis
sur la route, nous et les Français qui avaient accepté de partager cette
aventure avec nous. Il n’y avait quasiment personne sur les routes, hormis
d’autres minifourgonnettes qui se rendaient elles aussi à Hortons Plains :
nous ne serions pas seuls!
On a somnolé rapidement sur le chemin, où flottait un
brouillard un peu fantomatique qui donnait aux forêts et aux champs qu’on
traversait une allure mystérieuse. C’est en arrivant dans une grande forêt de pins
que je me suis réveillé, suivi progressivement par les autres passagers alors
qu’on grimpait en lacets sur une voie étroite à travers les arbres. Finalement,
un peu avant 6h du matin, on débouchait au sommet de la montagne. On avait
devant nous une étendue vallonneuse où broutaient quelques cerfs : nous
étions rendus à Hortons Plains!
Il est vite devenu évident, au vu du tas de
camionnettes qui attendaient à la barrière du parc, que le système pour acheter
les billets d’entrée n’était pas plus brillant ici qu’à Uda Walawe. Seule
différence : cette fois, c’était nous qui devions aller faire la file avec
tout le monde pour acheter lesdits billets, et non les chauffeurs! Alors
voilà : on devait attendre dehors, dans le vent, le froid et l’humidité,
dans un brouillard à couper au couteau, qu’un garde-chasse bien au chaud dans
une cabane veuille bien nous donner un bout de papier pour accéder au saint
Graal. Et malgré nos combines et nos coupes-vent (ainsi que, dans le cas de
Mémé, sa serviette de bain élégamment nouée autour de sa tête), il faisait
super froid!!! Cela dit, d’autres touristes, visiblement tout juste débarqués
des plaines étouffantes et quelque peu interloqués par cette nouvelle réalité
climatique, étaient visiblement bien moins lotis et grelotaient en shorts et
t-shirts!
Que faisait-on ici, grands dieux, dès potron-minet, à
souffrir comme ça avec nos compagnons d’infortune? Question légitime. En fait, l’objectif
de tout visiteur à Horton Plains est de pouvoir bénéficier de la vue
époustouflante sur la vallée. Or, le climat étant ce qu’il est en montagne,
Horton Plains est perpétuellement noyé dans les brumes et la vue est donc
obstruée – sauf entre 6h et 9h du matin. Évidemment!
Après un bon 20 minutes d’attente, victoire, on avait
nos billets! De retour dans la minifourgonette, on a avalé les sandwichs que
nos gentils hôtes du bed and breakfast nous avaient préparé et on a franchi les
derniers kilomètres qui nous séparaient du centre d’accueil alors que le ciel
se dégageait finalement.
De là, on est partis explorer le parc à pied avec les
Français, alors que le soleil nous réchauffait progressivement. Après avoir
traversé une belle plaine herbeuse, le large sentier s’enfonçait dans un
sous-bois… pour soudainement déboucher sur une falaise à pic! Deux fois plutôt
qu’une, les points de vue offerts par Little World’s End puis Big World’s End
présentaient un magnifique panorama sur la vallée et sur le sud du Sri Lanka.
Du haut de notre perchoir, on pouvait facilement distinguer le parc national
d’Uda Walawe où nous étions à peine quelques jours plus tôt, et on devinait
l’océan pas trop loin au sud. Disons que, vue d’ici, l’île ne semblait pas bien
grande! Évidemment, les touristes s’amusaient à prendre des photos témoignant
de leur témérité face à l’abîme… tout en faisant tout de même attention à ne
pas tomber dans la vallée, quelques centaines de mètres plus bas!
On a ensuite continué notre marche à travers de jolis
paysages d’altitude traversés par une rivière, tout en jasant de choses et d’autres
avec les Français, par ailleurs toujours aussi sympathiques. Peu de temps après
un arrêt pour admirer une cascade gargouillante, le sentier nous a ramené au
centre d’accueil, ce qui a mis fin à cette agréable balade matinale. On a
profité de notre passage au petit musée de l’accueil pour admirer ce qui
étaient probablement les pires animaux empaillés qui soient! Spécimens abîmés,
positions grotesques, ajout d’yeux en plastique et rapiéçage à la va-vite…
Pauvres bêtes! On se sentait presque mal pour eux de trouver ça drôle haha!
De retour dans la camionnette, on a vite réalisé que
certains des cerfs qui pullulaient dans les environs avaient bien compris quel
genre de manne les touristes pouvaient représenter. On a ainsi vu un cerf
engouffrer sa tête par la vitre ouverte de la voiture devant nous pour tenter
de trouver de la nourriture! Si c’était amusant à regarder, ça nous a fait
aussi réfléchir sur l’impact de l’activité humaine sur les animaux sauvages…
Le chauffeur nous a laissé à la gare toute proche de Pattipola,
une station perdue au milieu de nulle part sur la voie Ella-Colombo, et on a
dit adieu aux Français qui continuaient leur route. Curieux, je suis entré par
erreur dans le bureau du contrôleur pour observer de vieux instruments de
trafic ferroviaire, que je pensais être des pièces exposées en souvenir… avant
de me rendre compte qu’elles étaient encore en fonction! C’est incroyable que
ces vieux trucs, qui semblaient dater des années 50, servent encore! Heureusement,
le contrôleur n’avait pas l’air le moins du monde dérangé par mon intrusion
haha!
Le train est enfin arrivé et, miracle, cette fois on
avait des places assises! Heureusement, car ça nous a pris 5h pour nous rendre
jusqu’à Kandy, notre destination du jour. On ne peut pas se plaindre par
contre, car les magnifiques paysages ont rendu ce trajet particulièrement
agréable. Enfin, on est arrivés fin PM en ville, alors que le train était rendu
plein à craquer de passagers. On ne regrettait pas nos places assises rendu là!
La bizarrement nommée Kandy (personne ne trouve que ça
rappelle soit des sucreries, soit le nom de scène d’une effeuilleuse?) est la
plus grosse ville des Central Highlands et la capitale culturelle du Sri Lanka.
Il y faisait nettement plus chaud qu’ailleurs dans les montagnes (nous sommes
moins haut en altitude ici) et ça nous étonnait un peu de se retrouver comme ça
en pleine ville après avoir été dans de petits villages pendant plusieurs
jours! Cela dit, nos narines ont peut-être été celles qui ont été les plus durement
touchées par ce changement! Alors qu’on empruntait une rue derrière le marché
public pour rejoindre notre auberge, une horrible odeur de poubelles en
putréfaction nous a assailli. C’était dégueulasse au point de nous donner la
nausée! On est partis de là le plus vite possible, seulement pour tomber de
Charybde en Scylla et se faire aborder à un croisement de rue par un gars qui
voulait beaucoup nous aider à trouver un hôtel. (MP : Je sais pas pour
vous, mais je suis encore boguée à Charybde en Scylla, il sort ça d’où ces
expressions-là mon chum?!) Il était gentil malgré son insistance, et pourtant
il y avait quelque chose qui semblait clocher chez lui. Ce qui a déclenché
notre alerte à weirdos. Alors qu’on refusait poliment mais fermement son offre,
voilà qu’il est devenu frustré, pestant contre la mauvaise attitude de
touristes comme nous alors qu’il ne cherchait qu’à aider… Bon, super… Était-on
vraiment trop suspicieux, ou avions-nous raison de nous méfier? Les remises en
question qui ont suivi ce désagréable épisode nous ont accompagné alors qu’on
errait pour trouver notre auberge, nos gros sacs sur le dos, dans un coin un
peu trash de la ville. Coudonc, est-ce qu’on allait finir par arriver? Ma
relation avec Kandy commençait décidément sur de mauvaises bases, déjà qu’on
avait été prévenus de faire attention dans cette ville apparemment un tantinet
mal famée par endroits… On a finalement trouvé notre hébergement, sise dans un
creux de colline près d’une rue, sans aucune indication. Soupir… Ma mauvaise
humeur latente est finalement remontée à la surface quand, cerise sur le
sundae, on s’est rendus compte qu’il y avait un gros chien jappeur pas attaché
sur l’étroit escalier un peu ghetto qui menait à notre auberge. Je DÉTESTE les
chiens : les gens ne peuvent pas les garder chez eux, bien attachés,
plutôt que d’exposer les passants à leur imprévisibilité?? Heureusement,
Marie-Pascale a eu tôt fait de me calmer!
Pour compenser ce mauvais karma, on avait une belle
chambre avec une jolie vue sur les différents versants montagneux qui composent
la périphérie de Kandy. De temps à autre, on entendait par contre des bruits
sourds mais effrénés sur le toit de tôle. La petite chienne de l’hôtel, une
moppe inoffensive celle-là (j’ignore comment elle pouvait voir tellement elle
avait de poils lui tombant sur les yeux), devenait alors folle et courait sur
les galeries de gauche à droite en aboyant à tout vent. Qu’est-ce qui se
passait donc? Et c’est là qu’on a vu bondir, du toit vers les arbres et
vice-versa… plein de petits singes! Sérieusement, il y en avait partout, et ils
s’en donnaient à cœur joie! Haha!
Bon, c’est pas tout, ça : on avait un spectacle
culturel à voir! En effet, le Lonely Planet disait que l’un des incontournables
de Kandy était d’assister à un spectacle de danse traditionnelle. Justement, il
y en avait un au centre musulman Mahanuware à deux pas de chez nous, dans 5
minutes!... On a donc couru pour arriver au petit théâtre sans prétention déjà
presque plein à craquer. Un couple de jeunes Français qu’on avait salué à
l’entrée nous a alors fait signe de les rejoindre, car ils nous avaient trouvé
des places à côté d’eux, près de la scène. Super!
Alors, la danse traditionnelle kandyenne? Euh, ben
c’est OK, mais ça ne nous a pas laissé une impression indélébile disons. Par
contre, le pamphlet qui décrivait les danses était, lui, bien amusant. La
traduction très approximative en français donnait des résultats boiteux
hilarants, qui n’étaient pas sans rappeler ce qu’on avait lu dans les brochures
du parc où on avait séjourné au Surinam! Des points pour l’effort, quand même!
À la fin du spectacle, alors que les artistes saluaient au son de la musique,
les touristes chinois qui composaient la moitié de la salle sont sortis en
trombe. Soupir, bis… On a compris pourquoi par contre : ils voulaient
avoir les meilleures places à l’extérieur pour regarder les acrobates marcher
sur les braises (une spécialité locale, apparemment). La foule nous a cependant
découragé d’y assister nous aussi, et le couple de Français nous a plutôt
suggéré de les accompagner dans la visite de l’attraction principale de
Kandy : le temple de la dent.
Bon, une autre affaire, un temple pour une dent, vous
dites-vous probablement. Eh oui. Sachez que ce temple est l’un des lieux les
plus sacrés du bouddhisme sri lankais et l’un des hauts lieux de l’identité
nationale. Il contiendrait une relique, une dent qui aurait appartenu au
Bouddha lui-même, cachée dans un écrin doré jalousement gardé. Nul ne sait avec
certitude si la dent, apparemment longue de 18 cm (!!!), aurait vraiment
appartenu au Bouddha, ni même si la dent est authentique. En effet, les
colonisateurs portugais, désireux de propager le christianisme et d’éliminer
les pratiques « païennes » locales, aurait détruit la dent lors d’une
cérémonie publique. Or, la légende veut que la dent sur laquelle les Portugais
avaient mis la main n’aurait été en réalité qu’une copie, un moine ayant emporté
et caché au préalable la véritable relique. Bien plus tard, la dent
soigneusement dissimulée pendant des décennies aurait été retrouvée et remise
sur son autel dans le temple, au départ des Britanniques. Morale de
l’histoire : on peut asservir le Sri Lanka, mais pas son honneur ni sa
culture. En définitive, ce n’est pas tellement important si la dent est celle
du Bouddha, si c’est la vraie ou pas, ou même si elle n’existe pas au final. Ce
qui importe, comme toujours, c’est le symbole!
Et croyez-moi, c’est un
symbole très révéré ici!
Quelques fleurs pour Kandy : la ville est située
dans un très joli cadre. Au centre de Kandy se trouve un beau lac, et les
quartiers sont construits au flanc des collines verdoyantes qui le ceinturent.
Épicentre de la vie culturelle, le temple de la Dent est situé juste au bord du
lac. Le quartier où se trouvait notre hôtel était, lui, sur la rive opposée. Se
rendre au temple nous a donc permis de longer le lac et de se balader un peu
dans les plus belles rues de la ville, qui jouxtent le site.
N’entre pas qui veut dans le temple! D’abord, pas de
souliers : tout le monde se promène soit nus pied, soit en bas! Ensuite,
vos vêtements doivent au moins couvrir toutes vos cuisses, jusqu’aux genoux. Et
les gardes sont stricts là-dessus : ils ont bien vérifié la longueur de
mes shorts!
Une fois à l’intérieur, il avait beau être près de
19h, c’était noir de monde, et tous les visiteurs se suivaient à la queue leu
leu! Les lieux étaient superbes par contre. Les murs blanchis à la chaux
étaient ornés de magnifiques peintures colorées et dorées. Au bout d’un
couloir, on pénétrait dans la salle du rez-de-chaussée où des moines jouaient
de la musique nasillarde sur une genre
de flûte. On a ensuite fait la file dans l’escalier pour monter au 2e
étage, qui était archi-bondé. Normal : c’est là qu’est exposée la fameuse
dent sacrée! Or, elle est généralement cachée et n’est exposée que pendant un
temps limité, pour des raisons probablement complexes qui nous échappent. Au
bout d’un moment, les gardes ont ouvert une porte pour montrer la sculpture en
or qui contient la dent. C’était alors la folie : les gens se pressaient
tous pour voir! Enfin, pas tous : une ligne spéciale avait visiblement été
créée pour les groupes de touristes qui avaient le privilège de circuler plus
près de l’objet en question sans bousculade. Ce qu’on a d’ailleurs trouvé un
peu indécent : c’est le joyau et la fierté des Sri Lankais, mais les
meilleures places pour l’admirer sont réservées à des étrangers en vacances qui
n’ont aucun sentiment particulier pour cette relique sacrée. Je comprends la
logique de bien traiter les visiteurs, mais quand même. En tout cas nous on préférait
être dans la cohue avec les gens du coin, ça nous gênait moins…
On a enfin terminé notre tour du temple en visitant
les salles attenantes et la cour extérieure, où se trouvait notamment une
grande verrière pleine de chandelles allumées (probablement pour les prières).
En sortant, il se faisait tard et on n’avait pas
encore mangé, alors on s’est dirigés avec le couple de Français vers un resto
pas trop loin. Attablés autour d’un kottu rotti et d’une ginger beer, on a pris
notre mal en patience… C’est que, rapidement, on s’est rendus compte qu’ils
étaient assez lourds. Le gars avait une suffisance qui tombait vite sur les
nerfs : il se trouvait visiblement beau et surtout faisait des
généralisations à l’emporte-pièce appuyées au mieux sur des sophismes, des
approximations ou des expériences anecdotiques. De son côté, sa blonde ne
faisait guère mieux. Quand la conversation a dévié vers la politique puis la
santé, disons simplement que leurs élucubrations étaient particulièrement
pénibles à gérer. On a pris congé sans regrets après le souper. On en rencontre
de toutes sortes en voyage, et parfois ça clique moins!
De retour à l’auberge, on a
sombré dans les bras de Morphée alors que les singes s’étaient visiblement
calmés : plus de vacarme sur le toit!
À bientôt!
Parlons guenilles. Je pensais qu'il n'y avait que ma mère à vouloir que j'apporte mes serviettes de bain en visite ou en voyage, à moins que MP n'ait pas voulu rebrousser chemin pour son oubli??? Quant à François, quand as-tu changé de combine à bermuda?
RépondreEffacerOuais, ben t'sé MP, je serais toi, pis je m'inquiéterais plus de l'effeuilleuse et de la nymphette d'Instagram que de Charybde et Scylla.
RépondreEffacerKandy... grosse dent...concept, man!
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