mardi 8 janvier 2019

Colombo


Samedi 28 juillet



Rebonjour!

Après une nuit reposante et un déjeuner sommaire dans la salle principale de la maison, on était fins prêts à découvrir Colombo!

On est donc partis à pied se perdre dans les rues remplies d’arbres de Cinnamon Gardens, le quartier au nom poétique où on logeait et certainement l’un des plus agréables de la capitale. Vous l’aurez deviné, des plantations de canneliers occupaient à l’époque coloniale l’endroit où se trouve aujourd’hui ce quartier prospère et plus chic. En sortant de l’allée pour entrer sur la rue, on s’est retrouvés nez à nez avec une mosquée puis avec le « Eye Hospital », un hôpital en briques à l’architecture coloniale un brin psychédélique (qui n’était pas sans rappeler l’université de Tchernivtsi, en Ukraine!)

Le voyageur qui débarque à Colombo ne met pas grand temps à réaliser qu’il se trouve dans un pays du tiers-monde, ne serait-ce qu’en observant la circulation plutôt chaotique! Les rues (où on circule à gauche, héritage britannique oblige) sont encombrées de vieux autobus poussifs colorés et surchargés, de camions polluants, de voitures étonnement moins déglinguées qu’on pourrait le croire, de motobikes et – surtout – de tuk-tuks. Attention : les conducteurs de ces derniers sont déterminés à vous prendre à bord. Partout au Sri Lanka, ils arrêtent les touristes avec le même refrain « Hello! Tuktuk? » en arborant un grand sourire (quel contraste avec la Chine, où on ne sourit pas en public!). Au début, on répondait poliment et gentiment qu’on n’était pas intéressés. Cela dit, à force de se le faire demander sans cesse plusieurs dizaines de fois par jour, on a fini par opter par un rapide « No thank you! »

On s’est baladés un peu dans le grand parc de Cinnamon Gardens qui fait face à l’hôtel de ville, où batifolaient d’énormes corneilles sous les grands arbres. Pas question de s’asseoir par contre : chaque banc était occupé par de jeunes amoureux bien occupés à se conter fleurette par cette belle journée ensoleillée! On a ensuite continué de découvrir Cinnamon Gardens et ses belles villas, en passant notamment devant le musée national.

Après un moment, on a quitté Cinnamon Gardens pour aboutir à un lac verdâtre au milieu duquel se trouvait une petite île. Bien qu’il s’agissait d’un bel endroit, les eaux dégageaient par moments un parfum un peu écoeurant! (MP : François est encore une fois optimiste, l’odeur était épouvantable!) De l’île, on voyait très bien les énormes bâtiments en construction du centre-ville. Je vous disais tout à l’heure qu’on constate rapidement qu’on est au Tiers-Monde au Sri Lanka. Cela dit, de multiples indices nous indiquent que le pays ne s’en tire cependant pas trop mal, toutes proportions gardées, et même que la prospérité semble augmenter. Outre les voitures neuves qu’on croise dans les rues, le ballet des grues construisant des tours au centre-ville et surtout l’énorme chantier de construction du port de Colombo montre que le pays semble effectivement tirer les « dividendes de la paix ». En effet, pour ceux qui l’ignorent, de 1983 à 2009, le Sri Lanka était en état de guerre civile. Deux factions ethniques rivales s’opposaient : les Tamouls hindous, minoritaires et habitant surtout au nord, affrontaient les Cinghalais bouddhistes, majoritaires et habitant surtout le sud et le centre du pays. Le conflit a fait des dizaines de milliers de victimes, rebutant évidemment les visiteurs étrangers et plombant par ailleurs l’économie nationale. L’écrasement de l’armée rebelle tamoule en 2009 par le gouvernement cinghalais, pour violente et controversée qu’elle fût, vint néanmoins mettre un terme à plus d’un quart de siècle de combats. La manne touristique a ensuite afflué au Sri Lanka, un pays amical et exotique aux paysages magnifiques possédant un immense potentiel à cet égard. D’abord timide, puis massif, le tourisme a enrichi au passage un pays longtemps exsangue. D’où ces signes extérieurs de richesse qu’on voit à Colombo!
   
Du lac, on s’est rendus au boulevard bordant la mer, où on était tout excités de voir l'océan indien! Jamais dans nos voyages on ne s’était rendus dans un État riverain de cette étendue d’eau : check! Pour Marie-Pascale, ça risque par contre de prendre du temps avec qu’elle puisse rayer le prochain océan sur sa liste : il ne lui manque que l’océan antarctique!  On a eu un peu de misère à sortir des roupies à la banque, puis on s’est dirigés vers Galle Face Green, un lieu iconique de la ville. En lisant ce nom, vous vous imaginez peut-être une belle pelouse à la britannique ou un parc. La réalité est moins excitante : il y a peut-être eu de la pelouse à cet endroit un jour, mais tellement de gens ont marché dessus depuis qu’il n’en reste aujourd’hui que de la terre battue et de la poussière! Galle Face Green est en quelque sort le boardwalk de Colombo, où les familles se rassemblent pour déambuler, faire voler des cerfs-volants, grignoter des snacks de fruit de mer et jouer dans les vagues de l’eau un peu sale du port de Colombo. Pas désagréable comme endroit mais pas un coup de cœur non plus… Depuis Galle Face Green, on perçoit très bien le chantier du port de Colombo, un projet pharaonique financé par des capitaux chinois. Difficile d’imaginer que, sur ces terres sablonneuses prises sur la mer où vrombissent une armada de camions, s’élèveront un jour des tours hyper modernes et un terminal portuaire majeur.

De là, on s’est dirigés vers Fort, le quartier colonial historique de Colombo. En chemin, on s’est fait aborder, l’un à la suite de l’autre, par 2 individus louches par rapport à ce qui nous semblait un scam tout droit sorti d’un manuel « comment arnaquer facilement un touriste 101 ». On vous l’a déjà dit, à force de voyager, on a fini par développer ce qu’on appelle une alerte à weirdos, et celle-ci a été clairement déclenchée quand ces deux personnes ont commencé à nous parler! D’allure bizarre et beaux parleurs, ils nous ont d’abord gentiment demandé d’où on venait et depuis combien de temps on était au Sri Lanka (on ment toujours sur ce dernier point : pas question d’avouer à un inconnu qu’on vient tout juste de débarquer et qu’on est prêts à se faire avoir par le premier venu!).  Après ça, pour nous mettre en confiance, les deux nous ont dit qu’ils travaillaient dans une institution respectable de la ville mais qu’ils étaient en congé aujourd’hui. Coïncidence bizarre : ils prétendaient tous travailler au chic hôtel Kingsbury, l’un comme portier, l’autre comme barman! Eh ben! Disons simplement qu’ils n’avaient pas vraiment la tête de l’emploi, avec leurs cheveux hirsutes et leur barbe mal taillée... C’est ensuite qu’ils ont commencé à tenter de nous embobiner en nous disant qu’on avait de la chance car aujourd’hui était une grosse célébration religieuse qui culminait par un défilé coloré dans les rues de la capitale avec plusieurs éléphants! Comment? On n’avait pas lu les journaux? Vite, venez avec moi, je vous accompagne, la cérémonie va bientôt commencer! Allez, allez, ce n’est pas loin! Sauf que on n’avait pas souvenir d’un tel festival décrit dans le guide. Avec le recul : ce festival existe bel et bien mais il a cependant lieu en février et non en juillet. Du reste, on était bien en présence de tous les éléments classiques d’une arnaque :

·         Évènement trop beau pour être vrai
·         Pression pour qu’on les accompagne
·         Rencontre dans le quartier le plus touristique de la ville
·         Tentative d’établir un lien de confiance
·         Questions insidieuses sur notre (mé)connaissance du pays
·         Incapacité de s’en débarrasser par les politesses habituelles

Comment se sortir de ces deux guêpiers successifs? Il faut être poli mais ferme, sans faire de scène (car qui sait comment ils peuvent réagir?), dans un contexte où on se sent à la fois très vulnérable et mal à l’aise… Pas évident! Pour le premier, on a juste beaucoup insisté sur notre intention de découvrir la ville seuls, et après un moment, flairant qu’on ne callait pas son bluff, notre arnaqueur a disparu aussi vite qu’il était apparu en hélant un tuk-tuk… Pour l’autre, ce fut plus difficile et ça a pris tout notre petit change pour trouver une excuse convenable tout en restant un minimum poli. « Merci, mais on va aller manger avant. » « Non, non, la cérémonie commence tout de suite, vous allez la manquer! » « Mais on a vraiment faim! » « Ok, je connais un bon resto » « Noooon! On va aller ici, merci! »

Lui aussi a aussi pris la poudre d’escampette en tuk-tuk dès qu’il a vu que ses efforts resteraient vains. Autant vous dire qu’on a vu nulle part trace de cette fameuse célébration dans les rues de la ville cette journée-là!

Pour nous remettre de ces expériences pénibles, on est entrés dans une minuscule gargotte pour luncher. Comme on dit, après la pluie, le beau temps! On a été reçus à grands renforts de sourires chaleureux par le patron et le serveur âgé! Ce fut notre premier contact avec le rice and curry, LE plat typique de la cuisine sri lankaise! C’est, en gros, du riz basmati accompagné de plusieurs plats : un curry végétarien, un curry de viande (souvent du poulet), des dhals (lentilles), des papadums (des morceaux de farine frite croustillants) et des sambals (des petits plats de chutney). Certains plats sont piquants, d’autres moins, mais tous sont divinement parfumés de mille épices. ET C’EST DÉLICIEUX! En plus, à 100 roupies le plat (1$!!!), on serait fous de s’en plaindre! Le serveur âgé était beaucoup trop content quand on lui dit que c'était bon, et il s’est mis à branler la tête de gauche à droite pour montrer qu’il était ravi! Ce geste est apparemment typique de la culture indienne et est bien amusant à observer pour le visiteur étranger! À la fin du repas, le serveur âgé n’a pas voulu qu’on paie, mais on a bien sûr insisté. En tout cas, quel accueil! (MP : On pense que le monsieur n’était pas habitué de voir des touristes arriver dans sa plus-que-sommaire-gargotte-à-l’hygiène-questionnable. Par contre c’était super bon (et on n’a pas été malades)!)

Du resto, on s’est dirigés vers le quartier adjacent de Pettah, le secteur marchand de la ville avec ses grands bazars. Comme on partait le lendemain en train vers le sud de l’île, on s’est premièrement arrêtés à la gare de Fort, la principale station de Colombo, pour voir comment y acheter des billets. Il régnait une frénésie chaotique dans ce bâtiment tout droit sorti du passé colonial de Colombo, et resté à peu près inchangé – ni nettoyé – depuis. Sérieusement, un colon britannique du début du XXe siècle n’aurait probablement eu aucun mal à s’y repérer s’il y avait été téléporté aujourd’hui! En tout cas, ce que notre passage nous aura appris c’est que 1) tous les billets en 1ère classe avaient déjà été vendus depuis belle lurette et que 2) les billets de 2e et 3e classe ne pouvaient être achetés que le jour même. Bon. Tant pis pour nos tentatives d’être organisés un minimum d’avance (et au diable le confort)!

Le marché aux légumes de Pettah fait à peu près face à la gare. Ne sachant pas trop à quoi s’attendre, on s’est engouffrés dans une petite allée pour déboucher dans un autre univers : un monde ghetto et sale de montagnes de débris végétaux partout, de bâtiments délabrés et sombres, d’ouvriers chargeant et déchargeant du stock au gros soleil en s’haranguant en cinghalais, de badauds qui errent sans but précis, de gens qui nous dévisagent avec des yeux de merlans frits… En fait, ça donnait plus l’impression d’un entrepôt crasseux en plein air plutôt que d’un marché cute! Au hasard d’une ruelle couverte par des toiles de fortune, on découvrait une multitude de petits étals au milieu desquels couraient enfants et poulets, parmi les déchets, la chaleur et l’odeur que ce genre de place peut dégager. Tsé quand on se sent vraiment ailleurs? Ben c’était pas mal ça! (MP : Je ne suis habituellement pas sujette au choc culturel, mais là, sérieux, j’ai trouvé ça intense… )

On a fait une petite pause au marché flottant, un ensemble de boutiques situé sur un étang verdâtre. Profitable pour Mémé, dont le moral était temporairement affecté par la fatigue, la chaleur et le caractère un peu « overwhelming » de notre expérience à Pettah, cet instant plus relax a été aussi un régal pour les fourmis rouges qui ont entrepris de me mordiller les mollets! Ah, les tropiques et sa faune agréable! Un épisode qui n’était pas sans rappeler notre séjour en Guyane française, où on avait été attaqués par ces minuscules démons en cueillant des fruits! Une fois remis, on s’est relancés dans l’exploration de Pettah. Au menu : de nouveau marchés, mais moins intenses que le premier et beaucoup plus agréables! Notamment, le 2e marché aux légumes – pas mal plus intéressant celui-là – débordait de fruits et légumes exotiques colorés, présentés avec soin! Et là encore, la gentillesse des marchands est à souligner : tous nous saluaient en nous disant hello! Dans la section des choses pour se laver et nettoyer, on a demandé à plusieurs vendeurs vraiment sympathiques où on pouvait se procurer du Purell – non, Dre Harbec n’avait pas abandonné sa quête – et ils nous ont gentiment référé à une pharmacie… où on a effectivement pu en acheter! Yesss!!!

Au nord des marchés, les rues encombrées et populaires de Pettah donnaient tout à fait l’image que l’on peut se faire d’une balade dans une ville indienne (MP : ou du moins de ce qu’on s’en imagine). Cette promenade nous donnait à découvrir des éléments surprenants pour nous. Ici, des rues décorées de grandes feuilles de bananiers. Là, des temples hindous multicolores à la façade décorée de milliers de statuettes. Là-bas, une rue tranquille aux maisons biscornues et étroites peintes de couleurs vives. Partout, beaucoup de monde et de manière générale un joyeux bordel en termes de circulation et d’organisation. Et plus loin, une grande église où on a fait une pause-ombre bien méritée!

On a continué à explorer le quartier, passant devant une autre église coloniale sur une petite butte avant de revenir vers le centre. Sur le chemin, une petite fille bavarde et souriante est rapidement devenue amie avec Marie-Pascale J Ce moment de bonheur a fait suite à une urgence incendie, quand les falafels que j’ai achetés comme collation devant le vieil hôtel de ville se sont révélés être très piquants (du moins trop pour la moumoune de l’épicé qui me sert de blonde)! À grands renforts d’eau, ces mauvais moments ne furent bientôt qu’un souvenir, alors qu’on quittait l’animation de Pettah (en passant devant une magnifique vieille mosquée) pour revenir dans le quartier colonial de Fort. La gentillesse des Sri Lankais s’est à nouveau fait sentir quand des gens se sont arrêtés pour nous aider à nous retrouver!

Un monde sépare Pettah l’hyperactive à Fort la solennelle. La vieille architecture coloniale – passablement déglinguée par endroits -  était certes agréable mais la relative absence de gens dans les rues rendait le tout un peu glauque. Pourtant, on est ici à un jet de pierre des grands hôtels et du Parlement… Enfin. Quoi de mieux pour se reposer alors que de faire un arrêt à T House by Dilmah, une magnifique maison de thé? Crème glacée au thé noir, thé glacé à la cannelle, gaufre aux légumes et thé noir à la vanille, le tout à l’air climatisé : impossible de demander mieux! Après cette pause rafraichissante, on est passés au travers des cours du Old Dutch Hospital, un ancien hôpital colonial transformé en complexe pour restos trendy. Finalement, on a terminé notre visite du quartier au soleil couchant en se promenant sur ce qui était anciennement le bord de mer, en visitant le vieux phare et sa vue sur le chantier de construction du nouveau port (où batifolaient des meutes de chiens errants en folie).

Pour souper, on a profité du festival de bouffe de rue de Colombo, tout près du Old Dutch Hospital, pour se régaler de poulet indien et de shish taouk, dans une ambiance bon enfant. Une belle manière de finir la journée! Comme il était tard, on est ensuite revenus à l’hôtel en tuk tuk avec le chauffeur le plus affable du monde, un Tamoul des collines du centre du pays qui avait du mal à s’adapter à la chaleur et à la promiscuité de Colombo (et qui avait évidemment de la famille à Toronto, comme chaque être humain de tous les pays de cette planète).

Une fois de retour, on s’est laissés porter par la nonchalance sri lankaise (« Pas besoin de payer la chambre maintenant, faites-le demain matin! »), ce qui allait avoir des répercussions désagréables le lendemain… Et on a aussi géré notre nouveau pensionnaire, un grosse coquerelle qui avait élu domicile dans notre salle de bain (évidemment, l’absence de moustiquaires aux fenêtres est une invitation à ce que ce genre de rencontre humain-insecte se produise sans cesse). Mais bon, ce n’était pas vraiment stressant, c’est la réalité tropicale, il faut s’y faire! (MP : Cette dernière phrase est fausse haha Vite comme ça on a l’air super à l’aise avec cette coquerelle mais la scène était moins chic en vrai. Moi qui prend ma douche en ne lâchant pas la coquerelle des yeux, qui crie quand elle menace de venir près de moi puis qui tente de la faire descendre de la porte pour que je puisse sortir de la salle de bain. François qui entre à son tour pour prendre sa douche alors que je barricade la salle de bain avec un tapis pour qu’elle ne passe pas dans la craque sous la porte. François qui décide d’arroser la pauvre bête qui ne quittait pas la porte. Moi qui entre pour voir que la coquerelle est sur le dos toute mouillée, qui dit à François qu’il n’aurait jamais dû faire ça, que là elle va mourir à cause de nous. François, à ma demande, qui tente de la remettre sur le dos pour qu’elle survive. Nous qui barricadons la porte pour qu’elle ne passe pas de notre côté pendant la nuit et se faufile dans nos sacs... Tout ça pour dire qu’elle n’était plus dans la salle de bain le lendemain matin 😊 )

La suite sous peu!

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