Samedi 28 juillet
Rebonjour!
Après une nuit reposante et un déjeuner sommaire dans la salle
principale de la maison, on était fins prêts à découvrir Colombo!
On est donc partis à pied se perdre dans les rues remplies d’arbres de
Cinnamon Gardens, le quartier au nom poétique où on logeait et certainement
l’un des plus agréables de la capitale. Vous l’aurez deviné, des plantations de
canneliers occupaient à l’époque coloniale l’endroit où se trouve aujourd’hui
ce quartier prospère et plus chic. En sortant de l’allée pour entrer sur la
rue, on s’est retrouvés nez à nez avec une mosquée puis avec le « Eye
Hospital », un hôpital en briques à l’architecture coloniale un brin
psychédélique (qui n’était pas sans rappeler l’université de Tchernivtsi, en
Ukraine!)
Le voyageur qui débarque à Colombo ne met pas grand temps à réaliser
qu’il se trouve dans un pays du tiers-monde, ne serait-ce qu’en observant la
circulation plutôt chaotique! Les rues (où on circule à gauche, héritage
britannique oblige) sont encombrées de vieux autobus poussifs colorés et
surchargés, de camions polluants, de voitures étonnement moins déglinguées
qu’on pourrait le croire, de motobikes et – surtout – de tuk-tuks.
Attention : les conducteurs de ces derniers sont déterminés à vous prendre
à bord. Partout au Sri Lanka, ils arrêtent les touristes avec le même refrain
« Hello! Tuktuk? » en arborant un grand sourire (quel
contraste avec la Chine, où on ne sourit pas en public!). Au début, on
répondait poliment et gentiment qu’on n’était pas intéressés. Cela dit, à force
de se le faire demander sans cesse plusieurs dizaines de fois par jour, on a
fini par opter par un rapide « No thank you! »
On s’est baladés un peu dans le grand parc de Cinnamon
Gardens qui fait face à l’hôtel de ville, où batifolaient d’énormes corneilles
sous les grands arbres. Pas question de s’asseoir par contre : chaque banc
était occupé par de jeunes amoureux bien occupés à se conter fleurette par
cette belle journée ensoleillée! On a ensuite continué de découvrir Cinnamon
Gardens et ses belles villas, en passant notamment devant le musée national.
Après un moment, on a quitté Cinnamon Gardens pour aboutir à un lac verdâtre au milieu duquel se trouvait une petite île. Bien qu’il
s’agissait d’un bel endroit, les eaux dégageaient par moments un parfum un peu
écoeurant! (MP : François est encore une fois optimiste, l’odeur était épouvantable!)
De l’île, on voyait très bien les énormes bâtiments en construction du
centre-ville. Je vous disais tout à l’heure qu’on constate rapidement qu’on est
au Tiers-Monde au Sri Lanka. Cela dit, de multiples indices nous indiquent que
le pays ne s’en tire cependant pas trop mal, toutes proportions gardées, et
même que la prospérité semble augmenter. Outre les voitures neuves qu’on croise
dans les rues, le ballet des grues construisant des tours au centre-ville et
surtout l’énorme chantier de construction du port de Colombo montre que le pays
semble effectivement tirer les « dividendes de la paix ». En effet,
pour ceux qui l’ignorent, de 1983 à 2009, le Sri Lanka était en état de guerre
civile. Deux factions ethniques rivales s’opposaient : les Tamouls
hindous, minoritaires et habitant surtout au nord, affrontaient les Cinghalais
bouddhistes, majoritaires et habitant surtout le sud et le centre du pays. Le
conflit a fait des dizaines de milliers de victimes, rebutant évidemment les
visiteurs étrangers et plombant par ailleurs l’économie nationale. L’écrasement
de l’armée rebelle tamoule en 2009 par le gouvernement cinghalais, pour
violente et controversée qu’elle fût, vint néanmoins mettre un terme à plus
d’un quart de siècle de combats. La manne touristique a ensuite afflué au Sri
Lanka, un pays amical et exotique aux paysages magnifiques possédant un immense
potentiel à cet égard. D’abord timide, puis massif, le tourisme a enrichi au
passage un pays longtemps exsangue. D’où ces signes extérieurs de richesse
qu’on voit à Colombo!
Du lac, on s’est rendus au boulevard bordant la mer,
où on était tout excités de voir l'océan indien! Jamais dans nos voyages on ne
s’était rendus dans un État riverain de cette étendue d’eau : check! Pour
Marie-Pascale, ça risque par contre de prendre du temps avec qu’elle puisse
rayer le prochain océan sur sa liste : il ne lui manque que l’océan
antarctique! On a eu un peu de misère à
sortir des roupies à la banque, puis on s’est dirigés vers Galle Face Green, un
lieu iconique de la ville. En lisant ce nom, vous vous imaginez peut-être une
belle pelouse à la britannique ou un parc. La réalité est moins
excitante : il y a peut-être eu de la pelouse à cet endroit un jour, mais
tellement de gens ont marché dessus depuis qu’il n’en reste aujourd’hui que de
la terre battue et de la poussière! Galle Face Green est en quelque sort le
boardwalk de Colombo, où les familles se rassemblent pour déambuler, faire
voler des cerfs-volants, grignoter des snacks de fruit de mer et jouer dans les
vagues de l’eau un peu sale du port de Colombo. Pas désagréable comme endroit
mais pas un coup de cœur non plus… Depuis Galle Face Green, on perçoit très
bien le chantier du port de Colombo, un projet pharaonique financé par des
capitaux chinois. Difficile d’imaginer que, sur ces terres sablonneuses prises
sur la mer où vrombissent une armada de camions, s’élèveront un jour des tours
hyper modernes et un terminal portuaire majeur.
De là, on s’est dirigés vers Fort, le quartier
colonial historique de Colombo. En chemin, on s’est fait aborder, l’un à la
suite de l’autre, par 2 individus louches par rapport à ce qui nous semblait un
scam tout droit sorti d’un manuel « comment arnaquer facilement un
touriste 101 ». On vous l’a déjà dit, à force de voyager, on a fini par
développer ce qu’on appelle une alerte à weirdos, et celle-ci a été clairement
déclenchée quand ces deux personnes ont commencé à nous parler! D’allure
bizarre et beaux parleurs, ils nous ont d’abord gentiment demandé d’où on
venait et depuis combien de temps on était au Sri Lanka (on ment toujours sur
ce dernier point : pas question d’avouer à un inconnu qu’on vient tout
juste de débarquer et qu’on est prêts à se faire avoir par le premier venu!). Après ça, pour nous mettre en confiance, les
deux nous ont dit qu’ils travaillaient dans une institution respectable de la
ville mais qu’ils étaient en congé aujourd’hui. Coïncidence bizarre : ils
prétendaient tous travailler au chic hôtel Kingsbury, l’un comme portier,
l’autre comme barman! Eh ben! Disons simplement qu’ils n’avaient pas vraiment
la tête de l’emploi, avec leurs cheveux hirsutes et leur barbe mal taillée...
C’est ensuite qu’ils ont commencé à tenter de nous embobiner en nous disant
qu’on avait de la chance car aujourd’hui était une grosse célébration
religieuse qui culminait par un défilé coloré dans les rues de la capitale avec
plusieurs éléphants! Comment? On n’avait pas lu les journaux? Vite, venez avec
moi, je vous accompagne, la cérémonie va bientôt commencer! Allez, allez, ce
n’est pas loin! Sauf que on n’avait pas souvenir d’un tel festival décrit dans
le guide. Avec le recul : ce festival existe bel et bien mais il a
cependant lieu en février et non en juillet. Du reste, on était bien en
présence de tous les éléments classiques d’une arnaque :
·
Évènement trop beau pour être vrai
·
Pression pour qu’on les accompagne
·
Rencontre dans le quartier le plus touristique
de la ville
·
Tentative d’établir un lien de confiance
·
Questions insidieuses sur notre (mé)connaissance
du pays
·
Incapacité de s’en débarrasser par les
politesses habituelles
Comment se sortir de ces deux guêpiers successifs? Il
faut être poli mais ferme, sans faire de scène (car qui sait comment ils
peuvent réagir?), dans un contexte où on se sent à la fois très vulnérable et
mal à l’aise… Pas évident! Pour le premier, on a juste beaucoup insisté sur
notre intention de découvrir la ville seuls, et après un moment, flairant qu’on
ne callait pas son bluff, notre arnaqueur a disparu aussi vite qu’il était
apparu en hélant un tuk-tuk… Pour l’autre, ce fut plus difficile et ça a pris
tout notre petit change pour trouver une excuse convenable tout en restant un
minimum poli. « Merci, mais on va aller manger avant. » « Non,
non, la cérémonie commence tout de suite, vous allez la manquer! »
« Mais on a vraiment faim! » « Ok, je connais un bon resto »
« Noooon! On va aller ici, merci! »
Lui aussi a aussi pris la poudre d’escampette en
tuk-tuk dès qu’il a vu que ses efforts resteraient vains. Autant vous dire
qu’on a vu nulle part trace de cette fameuse célébration dans les rues de la
ville cette journée-là!
Pour nous remettre de ces expériences pénibles, on est
entrés dans une minuscule gargotte pour luncher. Comme on dit, après la pluie,
le beau temps! On a été reçus à grands renforts de sourires chaleureux par le
patron et le serveur âgé! Ce fut notre premier contact avec le rice and curry,
LE plat typique de la cuisine sri lankaise! C’est, en gros, du riz basmati
accompagné de plusieurs plats : un curry végétarien, un curry de viande
(souvent du poulet), des dhals (lentilles), des papadums (des morceaux de
farine frite croustillants) et des sambals (des petits plats de chutney).
Certains plats sont piquants, d’autres moins, mais tous sont divinement
parfumés de mille épices. ET C’EST DÉLICIEUX! En plus, à 100 roupies le plat
(1$!!!), on serait fous de s’en plaindre! Le serveur âgé était beaucoup trop content
quand on lui dit que c'était bon, et il s’est mis à branler la tête de gauche à
droite pour montrer qu’il était ravi! Ce geste est apparemment typique de la
culture indienne et est bien amusant à observer pour le visiteur étranger!
À la fin du repas, le serveur âgé n’a pas voulu qu’on paie, mais on a bien sûr
insisté. En tout cas, quel accueil! (MP : On pense que le monsieur n’était
pas habitué de voir des touristes arriver dans sa plus-que-sommaire-gargotte-à-l’hygiène-questionnable.
Par contre c’était super bon (et on n’a pas été malades)!)
Du resto, on s’est dirigés vers le quartier adjacent
de Pettah, le secteur marchand de la ville avec ses grands bazars. Comme on
partait le lendemain en train vers le sud de l’île, on s’est premièrement arrêtés
à la gare de Fort, la principale station de Colombo, pour voir comment y
acheter des billets. Il régnait une frénésie chaotique dans ce bâtiment tout
droit sorti du passé colonial de Colombo, et resté à peu près inchangé – ni
nettoyé – depuis. Sérieusement, un colon britannique du début du XXe siècle
n’aurait probablement eu aucun mal à s’y repérer s’il y avait été téléporté
aujourd’hui! En tout cas, ce que notre passage nous aura appris c’est que 1)
tous les billets en 1ère classe avaient déjà été vendus depuis belle
lurette et que 2) les billets de 2e et 3e classe ne
pouvaient être achetés que le jour même. Bon. Tant pis pour nos tentatives
d’être organisés un minimum d’avance (et au diable le confort)!
Le marché aux légumes de Pettah fait à peu près face à la gare. Ne
sachant pas trop à quoi s’attendre, on s’est engouffrés dans une petite allée
pour déboucher dans un autre univers : un monde ghetto et sale de
montagnes de débris végétaux partout, de bâtiments délabrés et sombres,
d’ouvriers chargeant et déchargeant du stock au gros soleil en s’haranguant en
cinghalais, de badauds qui errent sans but précis, de gens qui nous dévisagent
avec des yeux de merlans frits… En fait, ça donnait plus l’impression d’un
entrepôt crasseux en plein air plutôt que d’un marché cute! Au hasard d’une
ruelle couverte par des toiles de fortune, on découvrait une multitude de
petits étals au milieu desquels couraient enfants et poulets, parmi les
déchets, la chaleur et l’odeur que ce genre de place peut dégager. Tsé quand on
se sent vraiment ailleurs? Ben c’était pas mal ça! (MP : Je
ne suis habituellement pas sujette au choc culturel, mais là, sérieux, j’ai
trouvé ça intense… )
On a fait une petite pause au marché flottant, un
ensemble de boutiques situé sur un étang verdâtre. Profitable pour Mémé, dont
le moral était temporairement affecté par la fatigue, la chaleur et le
caractère un peu « overwhelming » de notre expérience à Pettah, cet
instant plus relax a été aussi un régal pour les fourmis rouges qui ont
entrepris de me mordiller les mollets! Ah, les tropiques et sa faune agréable!
Un épisode qui n’était pas sans rappeler notre séjour en Guyane française, où
on avait été attaqués par ces minuscules démons en cueillant des fruits! Une
fois remis, on s’est relancés dans l’exploration de Pettah. Au menu : de
nouveau marchés, mais moins intenses que le premier et beaucoup plus agréables!
Notamment, le 2e marché aux légumes – pas mal plus intéressant
celui-là – débordait de fruits et légumes exotiques colorés, présentés avec
soin! Et là encore, la gentillesse des marchands est à souligner : tous
nous saluaient en nous disant hello! Dans la section des choses pour se laver
et nettoyer, on a demandé à plusieurs vendeurs vraiment sympathiques où on
pouvait se procurer du Purell – non, Dre Harbec n’avait pas abandonné sa quête
– et ils nous ont gentiment référé à une pharmacie… où on a effectivement pu en
acheter! Yesss!!!
Au nord des marchés, les rues encombrées et populaires
de Pettah donnaient tout à fait l’image que l’on peut se faire d’une balade dans
une ville indienne (MP : ou du moins de ce qu’on s’en imagine). Cette
promenade nous donnait à découvrir des éléments surprenants pour nous. Ici, des
rues décorées de grandes feuilles de bananiers. Là, des temples hindous
multicolores à la façade décorée de milliers de statuettes. Là-bas, une rue
tranquille aux maisons biscornues et étroites peintes de couleurs vives.
Partout, beaucoup de monde et de manière générale un joyeux bordel en termes de
circulation et d’organisation. Et plus loin, une grande église où on a fait une
pause-ombre bien méritée!
On a continué à explorer le quartier, passant devant
une autre église coloniale sur une petite butte avant de revenir vers le centre.
Sur le chemin, une petite fille bavarde et souriante est rapidement devenue
amie avec Marie-Pascale J Ce moment de bonheur a fait
suite à une urgence incendie, quand les falafels que j’ai achetés comme
collation devant le vieil hôtel de ville se sont révélés être très piquants (du
moins trop pour la moumoune de l’épicé qui me sert de blonde)! À grands
renforts d’eau, ces mauvais moments ne furent bientôt qu’un souvenir, alors
qu’on quittait l’animation de Pettah (en passant devant une magnifique vieille
mosquée) pour revenir dans le quartier colonial de Fort. La gentillesse des Sri
Lankais s’est à nouveau fait sentir quand des gens se sont arrêtés pour nous
aider à nous retrouver!
Un monde sépare Pettah l’hyperactive à Fort la solennelle.
La vieille architecture coloniale – passablement déglinguée par endroits - était certes agréable mais la relative absence
de gens dans les rues rendait le tout un peu glauque. Pourtant, on est ici à un
jet de pierre des grands hôtels et du Parlement… Enfin. Quoi de mieux pour se
reposer alors que de faire un arrêt à T House by Dilmah, une
magnifique maison de thé? Crème glacée au thé noir, thé glacé à la cannelle,
gaufre aux légumes et thé noir à la vanille, le tout à l’air climatisé :
impossible de demander mieux! Après cette pause rafraichissante, on est passés
au travers des cours du Old Dutch Hospital, un ancien hôpital colonial
transformé en complexe pour restos trendy. Finalement, on a terminé notre
visite du quartier au soleil couchant en se promenant sur
ce qui était anciennement le bord de mer, en visitant le vieux phare et sa vue
sur le chantier de construction du nouveau port (où batifolaient des meutes de
chiens errants en folie).
Pour souper, on a profité du festival de bouffe de rue
de Colombo, tout près du Old Dutch Hospital, pour se régaler de poulet indien
et de shish taouk, dans une ambiance bon enfant. Une belle manière de finir la
journée! Comme il était tard, on est ensuite revenus à l’hôtel en tuk tuk avec
le chauffeur le plus affable du monde, un Tamoul des collines du centre du pays
qui avait du mal à s’adapter à la chaleur et à la promiscuité de Colombo (et
qui avait évidemment de la famille à Toronto, comme chaque être humain de tous
les pays de cette planète).
Une fois de retour, on s’est laissés porter par la
nonchalance sri lankaise (« Pas besoin de payer la chambre maintenant,
faites-le demain matin! »), ce qui allait avoir des répercussions
désagréables le lendemain… Et on a aussi géré notre nouveau pensionnaire, un
grosse coquerelle qui avait élu domicile dans notre salle de bain (évidemment,
l’absence de moustiquaires aux fenêtres est une invitation à ce que ce genre de
rencontre humain-insecte se produise sans cesse). Mais bon, ce n’était pas
vraiment stressant, c’est la réalité tropicale, il faut s’y faire! (MP : Cette
dernière phrase est fausse haha Vite comme ça on a l’air super à l’aise avec
cette coquerelle mais la scène était moins chic en vrai. Moi qui prend ma
douche en ne lâchant pas la coquerelle des yeux, qui crie quand elle menace de
venir près de moi puis qui tente de la faire descendre de la porte pour que je
puisse sortir de la salle de bain. François qui entre à son tour pour prendre
sa douche alors que je barricade la salle de bain avec un tapis pour qu’elle ne
passe pas dans la craque sous la porte. François qui décide d’arroser la pauvre
bête qui ne quittait pas la porte. Moi qui entre pour voir que la coquerelle
est sur le dos toute mouillée, qui dit à François qu’il n’aurait jamais dû
faire ça, que là elle va mourir à cause de nous. François, à ma demande, qui
tente de la remettre sur le dos pour qu’elle survive. Nous qui barricadons la
porte pour qu’elle ne passe pas de notre côté pendant la nuit et se faufile
dans nos sacs... Tout ça pour dire qu’elle n’était plus dans la salle de bain
le lendemain matin 😊 )
La suite sous peu!
Du thé... impossible de demander mieux. Je vous cite et vous remercie.
RépondreEffacerTu vas être choyée dans ce blog!
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